Acte 2

Mademoiselle JulieAvignon 2021

 

extraits de presse

Un spectacle brûlant et brillant comme les feux de la Saint-Jean.

Sarah Biasini est exceptionnelle dans ce rôle, avec une grâce et une sincérité telles que l’on ne peut que s’attacher à son personnage. Christophe Lidon a su nous toucher. Sa scénographie, est d’une grande finesse et de toute beauté.

L'Œil d'Olivier

 

Christophe Lidon met en place une géométrie de l'inéluctable. 

Sarah Biasini crée une Julie dense, tout sauf superficielle, tentatrice mais aussi et surtout victime.
La Revue du spectacle

Les comédiens sont excellents et traduisent bien cette lecture originale de Christophe Lidon. Cette oeuvre désormais classique nous interpelle toujours par sa modernité et sa persistance à proposer un autre modèle.
Théâtre.com

 

Ces lignes tantôt sinueuses, tantôt brisées, les deux interprètes les dessinent avec beaucoup d’intelligence et de personnalité.

Web Théâtre Gilles Costaz





d'August Strindberg
mise en scène et scénographie Christophe Lidon

avec Yannis Baraban, Sarah Biasini, Déborah Grall

adaptation scénique Michael Stampe
costumes Chouchane Abello-Tcherpachian
images Léonard
lumières Cyril Manetta
musique Cyril Giroux
assistante à la mise en scène Valentine Galey

chorégraphie du bal Maud Le Pladec, directrice du Centre chorégraphique national d’Orléans

avec le soutien de la Ville de Saint-Maurice - Théâtre du Val d'Osne

création du Cado,
Centre National de Création, Orléans – Loiret


la pièce

Mademoiselle Julie est un texte mythique qui a donné envie aux plus illustres artistes de raconter cette histoire d'amour et de manipulation, de violence et de fièvre, durant la nuit de la Saint Jean. La demoiselle de la maison va provoquer et séduire le valet de son père, transgression la plus ultime pour cette « fille à papa » qui va tout faire pour rendre cette nuit la plus courte de l’année, la plus électrique, la plus intense, la plus définitive. La puissance de ce grand texte de théâtre réside dans la force de l’affrontement qui traverse les décennies sans que soit affaiblie pour autant la structure psychologique des personnages qui s’aiment et se combattent. De cette situation chauffée à blanc, les trois acteurs s’empareront avec le talent que nous leur connaissons et enflammeront le plateau du théâtre.

Afin d'être au plus près de l'intensité du jeu d’acteur, des moyens techniques rendus invisibles permettront de saisir en gros plan et en direct, comme une empreinte de leurs âmes, les conflits intérieurs de Julie, Christine et Jean... comme si la demeure elle-même témoignait de l'énergie destructrice de ces personnages emplis de contradictions et de certitudes, toutes prêtes à voler en éclats aux premiers rayons de l'aurore.

Christophe Lidon


Galerie photos

Le Figaro
C’est au chef-d’œuvre de Strindberg, où se consume sur scène le dérèglement d’une personnalité, que Sarah Biasini se frotte. Sous la direction de Christophe Lidon, Mademoiselle Julie prend une singulière dimension car le metteur en scène a choisi de mettre en avant les racines familiales de « l’héroïne ». Yannis Baraban, dans le rôle de Jean, valet du père de Julie, est parfait. Rustre, revanchard, sûr de lui, il n’a qu’un désir : s’extraire de sa condition. Quant à Christine, la cuisinière dévote, pliée aux désirs de ses maîtres, elle est interprétée par la discrète Deborah Grall. Il faudra surtout se souvenir de l’interprétation de Sarah Biasini, de son merveilleux sourire, de son visage sur lequel glisse en un éclair mille émotions. Cette actrice talentueuse passe de l’espièglerie au désespoir avec un naturel déconcertant. Cela s’appelle la grâce, n’est-ce pas ?

 

La Provence

Mademoiselle Julie : un voyage au bout de la nuit d'une extraordinaire puissance dramatique

Quelle chance que nous soit proposée cette version, pertinente et innovante, du chef d’œuvre de Strindberg ! La pièce du grand dramaturge suédois est en elle-même captivante.

La nuit de la saint Jean, où toutes sortes de dérèglements deviennent la règle, l'euphorie de la danse et de l'alcool aidant, Mademoiselle Julie, la fille d'un comte, se donne au domestique de son père, Jean. Mais ce duo qu'a formé le désir laisse bientôt la place à un duel qui peu à peu nous plonge dans un thriller haletant sur fond de lutte des classes autant que de guerre des sexes.

La scénographie de Christophe Lidon valorise la triple dimension, réaliste, symbolique et résolument moderne de l’œuvre. Le décor reconstitue une cuisine de l'époque, la grandeur de la table reflétant celle du château. Les bottes que cire le valet, à l'avant-scène, suggèrent le rôle essentiel que joue le châtelain, père de Julie, même absent. La table renversée met en évidence la transgression que représente la relation sexuelle des deux protagonistes principaux. Enfin, les grands panneaux blancs sur lesquels s'inscrivent des images et des vidéos géantes donnent plusieurs éclairages sur le comportement de Julie, notamment en évoquant sa jeunesse. D'autre part, ils l'enferment, annonçant d'emblée et soulignant sa situation sans issue.

L'interprétation des comédiens est à la hauteur de la complexité des personnages. Sarah Biasini est habitée par Julie, cette jeune femme sensuelle, effrontée, féroce, mais aussi fragile, pétrie de contradictions, perdue qu'elle est encore entre les influences discordantes qu'elle a reçues, entre une mère féministe et un père exigeant le respect des convenances, et bonnes manières de son milieu. Yannis Baraban campe avec talent un valet tour à tour manipulé et manipulateur et Déborah Grall incarne avec justesse sa fiancée, une femme du peuple à tous égards en complet décalage avec le couple central.


L'Oeil d'Olivier

Mademoiselle Julie de Strindberg est un classique du théâtre contemporain. Montée par divers metteurs en scène, l’année 2020 a été son année. On croit connaître l’œuvre, mais chaque nouvelle lecture nous prouve qu’il y a toujours quelque chose à découvrir. En explorant les méandres du mal-être d’une jeune femme perdue dans un monde où elle ne trouve pas sa place, Christophe Lidon et Michael Stampe, qui signent une excellente adaptation, mettent le

prisme sur les failles de Julie. Qu’est-ce qui fait qu’elle se comporte ainsi ? Doutant sur son présent et surtout son avenir, prise en étaux entre les visions de la vie, totalement opposées de ses parents, elle ne sait pas qui elle est et ce qu’elle désire vraiment. Dans cette nuit chaude et spéciale de la Saint-Jean, totalement perdue, elle va s’égarer, jusqu’à l’acte ultime.

Épatante Sarah Biasini.

Ici, Julie n’est pas uniquement une petite fille riche capricieuse et tourmentée par la chair, c’est un être fragilisé par un univers déséquilibré. Au premier acte, elle croit dominer, cherche à déséquilibrer le monde qui l’entoure, celui des maîtres et des valets. Elle est alors lumineuse. Puis, prise dans son jeu du chat et la souris, elle va se troubler pour finalement chuter. Sarah Biasini est exceptionnelle dans ce rôle, jouant sur tous les registres, avec une grâce et une sincérité telles que l’on ne peut que s’attacher à son personnage. Dans une précision raffinée, elle en dévoile toutes les fragilités, les troubles et les faiblesses.

Yannis Baraban, monstrueusement humain.

Le personnage de Jean prend également une ampleur différente. Il a des rêves, dont le principal et celui de sortir de sa condition. Scrupuleux, il prévient Julie qu’il est dangereux de jouer avec le feu, car il n’est pas de bois. Il aime donner des leçons, manipuler. Usant de ces charmes et de sa force, il va mettre la jeune femme plus bas que terre. Son seul scrupule, déplaire à Monsieur le Comte. Comme pour le personnage de Julie, celui de Jean va crescendo dans ses sentiments et ses actes. Yannis Baraban, formidable, incarne la sensualité et la dureté de cet homme, qui, le temps d’une nuit, va, comme une revanche sur sa condition, s’offrir la fille du maître.

Déborah Grall, en toute austérité.

Le personnage de Christine gagne beaucoup dans ce spectacle. Elle est celle qui demeure droite dans ses bottes et ses principes. Vêtue de noir, en opposition à la robe blanche de Julie, comme une vieille dame avant l’âge, Christine sait que chacun doit rester à sa place. Déborah Grall est parfaite dans ce rôle, austère mais si pleine de bon sens et d’appétit de vivre.

Une mise en scène de belle facture.

On aime les mises en scène de Christophe Lidon depuis bien longtemps. Ses spectacles, toujours d’une belle facture, sont de véritables enchantements de théâtre. Une fois encore, il a su nous toucher. Sa scénographie, comme toujours, est d’une grande finesse et de toute beauté. J’ose le dire, il m’a réconciliée avec Mademoiselle Julie. Merci.

Théâtral magazine
Tout est blanc. Le sol, le plafond et les murs de cette cuisine minimaliste. Au centre, entre un buffet et une malle, une immense table de bois. Sous la direction de Christophe Lidon, la pièce de Strindberg déploie toute sa charge d’humanité blessée, ses règles sociales perverties, et les assauts manipulateurs de ses protagonistes. Le metteur en scène l’a rendue limpide. "Elle est folle", dit ce domestique en parlant de Julie lors d’une nuit où brillent les feux de la Saint Jean. La jeune femme de bonne naissance ne tente-t-elle pas de se jeter à sa tête au mépris des conventions ? S’ensuit un jeu de chat et de souris pervers et fiévreux où la prise d’ascendant de l’un sur l’autre change sans cesse. Sarah Biasini est une Julie dévergondée, jouisseuse, allumeuse, repentante. Son interprétation est belle, sobre, tout à fait juste et convaincante. Yannis Baraban est Jean, son valet, à la présence forte. Il charpente son jeu avec habileté. Il y a autant de violence contenue qu’exprimée entre eux, à laquelle la cuisinière (Déborah Grall) en austère retenue assiste atterrée. Le trio met particulièrement bien en exergue les rêves, les aspirations et déceptions de chacun. Entourée par intermittence d’une scénographie vidéo intéressante, cette nuit blanche tachée de sang plonge dans une noirceur inouïe. Vaincus, on se rend à l’évidence fatale de la dramaturgie. Et l’on applaudit… beaucoup.

L'Art vues

Flamboyante Julie, belle et rebelle, interprétée par Sarah Biasini qui incarne à merveille la fragilité et la folie de l’héroïne mythique de Strindberg. On connaît l’histoire : Julie séduit Jean, le valet de son aristo de père, la nuit de la Saint-Jean, profitant de cet instant cathartique pour se libérer du carcan des conventions et des tabous familiaux au terme d’une plongée brutale dans les abysses de sa condition sociale et de sa psyché qu’elle paiera au prix de sa vie.

Là où on ne pourrait voir qu’hystérie tapageuse, le metteur en scène Christophe Lidon opte pour une approche plus psychologique, éclairant le comportement de Julie par son histoire familiale, jamais loin de la critique sociale. Plusieurs Julie cohabitent ici : la provocante et séductrice, petite bourgeoise capricieuse et délurée, manipulatrice à son tour manipulée par son esclave qui devient son bourreau ; la jeune fille éduquée par une mère féministe, issue du peuple, et un père agrippé aux traditions de son rang aristocratique. Schizophrénie dont Julie est le symptôme, tout en pulsions et émotions, s’abandonnant à une transe qui l’entraîne au bout de la nuit, le tout consumé et consommé en une heure et demie de spectacle.

Le décor, une grande table de cuisine, sans doute celle des conventions sociales qui finit renversée, intègre le déploiement justifié de la vidéo, trop souvent accessoire inutile dans d’autres spectacles, mais ici parfaitement adapté à la dramaturgie. De grand panneaux qui s’ouvrent et se referment, sur lesquels sont projetées des images de danseurs, participent à la tension dramatique à laquelle s’additionne la pulsation d’une excellente partition musicale. Le dispositif scénique semble figurer une boîte contenant des existences vouées à leurs passions, qui s’ouvre et se referme selon la fantaisie d’un démiurge tirant les ficelles d’un drame annoncé.

La belle sensualité des interprètes qui baigne la pièce et la justesse du jeu des trois excellent comédiens nous emportent dans le tourbillon de cette Mademoiselle Julie, « où tous les trolls sont de sortie ».


Destimed

Sarah Biasini et Yannis Baraban magnifiques dans Mademoiselle Julie mis en scène par Christophe Lidon.

Alors que bien souvent est proposée une vision assez pesante de l’œuvre avec une traduction un peu empesée, l’ensemble est ici solaire, lisible par tous et la pièce brille ainsi d’un éclat nouveau. Le mérite en revient d’abord à Michael Stampe, adaptateur de génie de pièces étrangères qui magnifie en amont le travail de son complice Christophe Lidon.

Travail de fond concernant Goldoni, Zweig, ou Calderon, auteur lui-même (« L’art de Suzanne Brut », « L’échafaudage ») Michael Stampe veille à donner, sans les trahir une vision contemporaine des textes présentés. C’est de plus tellement beau à entendre qu’on se surprend à penser que Michael Stampe est aussi doué encore que ses brillants devanciers. Le deuxième mérite en revient bien entendu à Christophe Lidon lui-même qui loin d’avoir un ego propre à poser sur les œuvres une vision monolithique du théâtre, réussit à servir les textes sans se servir d’eux.

La scénographie magnifique de « Mademoiselle Julie » choisit de mettre en avant les racines du mal de vivre de Julie et de son univers déséquilibré là où explique Christophe Lidon : « Les fantômes des parents hantent la vie de leur enfant. » C’est donc du côté de la psychologie de la jeune femme que se tourne en priorité la pièce. Tiraillée entre deux éducations qu’elle a reçues : une mère féministe qui ne l’a pas voulue, et qui lui a proposé toutes les armes d’une éducation masculine, et son père qui l’a enfermé dans le carcan d’une éducation féminine bourgeoise Julie qui séduit le valet de son père le temps d’une nuit de solstice d’été, aspire à la transgression.

Christophe Lidon la présente avec empathie, résilience et un réalisme un rien désenchanté. « Tu n’es que ce que mon père a fait de toi  », lance-t-elle au valet qu’elle déstabilise, affronte, malmène, étrille elle qui déclare ne jamais devenir l’esclave d’un homme. Un écran sur la scène, une musique aux accents contrastés, orchestrent cette danse de mort à laquelle nous assistons.

Le troisième mérite du spectacle (non des moindres) demeure la prestation bouleversante de Sarah Biasini, exceptionnelle de densité, qui dans le rôle de Julie fait bouger les lignes habituelles du théâtre. Magnifique, tragique et sobre, la comédienne qui a une solide habitude de travailler avec Christophe Lidon excelle à montrer sans démontrer. Nous qui l’avions applaudie au Pasino d’Aix dans la pièce de Cabello Reyes et Bénabar intitulée « Je vous écoute » nous la redécouvrons en femme libre de corps et d’esprit. A ses côtés Yannis Baraban campe un valet pas du tout victime se battant pour faire triompher son honneur mais qui (lutte des classes oblige) échouera... avec panache. Deborah Grall dans la peau de la gouvernante-cuisinière tire elle aussi les larmes . Si bien que l’on savoure cette guerre de fauves au crépuscule d’une façon pleine et entière. Et que l’on sort de « Mademoiselle Julie » submergés d’émotion.


La lettre du SNES

La pièce d'August Strindberg a été montée plusieurs fois la saison passée, pourtant on a l'impression de la redécouvrir chaque fois au gré des adaptations et des interprétations, tant elle est riche et permet des lectures multiples. 

Dans la nuit de la Saint Jean, propice à toutes les transgressions, Mademoiselle Julie,  la fille de Monsieur le Comte, grisée par la danse, se laisse aller au feu du désir pour Jean le valet. Mais l'histoire n'est pas aussi simple. Julie apparaît dominatrice, sûre de sa position sociale et pourtant elle rêve de transgression mais en révélant ses failles elle va donner à Jean les armes de sa défaite. Jean rêve aussi d'une autre vie, il est prêt à se laisser séduire, mais il a trop le sens des réalités pour aller au bout de la transgression.

Christophe Lidon met en scène cette Mademoiselle Julie avec la finesse qu'on lui connaît. Il présente une Julie tiraillée entre l'éducation d'un père, qui lui a appris les règles de sa caste et de son sexe, et celle d'une mère, qui la voulait libre et sachant tout ce qu'un garçon doit savoir. Il est aussi l'auteur de la scénographie très réussie. Une immense table est au centre de la cuisine, lieu à la fois des affrontements et des opérations de séduction. Julie s'y allonge, semble se soumettre à Jean pour mieux le dominer ensuite. La vidéo et la musique permettent d'entrer dans cette nuit de la Saint Jean avec les couples qui tournoient, les corps qui se prennent et se déprennent et Mademoiselle Julie qui se détache de l'image et apparaît sur scène.

Sarah Biasini incarne toute la complexité de Julie. Riant et parlant fort, sûre d'elle, indifférente aux commérages des villageois qui l'ont vue s'afficher dansant avec le garde-forestier. Arrogante, elle provoque Jean sous le regard de sa fiancée, le regard d'un valet ne compte pas bien sûr. Elle s'allonge sur la table, lui demande de baiser sa chaussure, elle ordonne. Elle rêve de transgression et ira au bout de son désir. Mais au petit matin elle révèle sa fragilité. Sarah Biasini se transforme, elle apparaît désemparée, plus du tout sûre de ses choix et, en se confessant, elle se livre à Jean. Le retour à la réalité sera terrible pour elle.

Yannis Baraban a la force et la virilité de Jean. Il est homme et ne peut qu'être troublé par le jeu de séduction de Julie, mais il a un projet clair. Il veut sortir de sa condition et des deux, c'est lui qui va être le plus dur. Au matin il fait le bilan, il a possédé la fille de Monsieur le Comte, mais dans sa conception du monde, ce n'est pas ainsi que les choses doivent se passer. Quand Julie lui dit « Un valet reste un valet », il lui répond avec une dureté terrible « Une putain reste une putain ». Et c'est lui qui favorisera le drame final.

Deborah Grall donne force au personnage de Christine, souvent laissé dans l'ombre. Vêtue de noir, semblant austère mais attachée à Jean, pleine de bon sens elle campe sur sa foi et ses principes.

Tous trois font vibrer cette Mademoiselle Julie.


La Revue du spectacle
Aussi bien dans le décor qu'il a créé que dans les trajectoires des personnages, Christophe Lidon met en place une géométrie de l'inéluctable. Quatre immenses panneaux blancs encadrent l'espace de jeu : la cuisine de la maison où va se dérouler toute l'action. Sur ces panneaux, les projections successives créées par Léonard vont imager les différents extérieurs, et faire évoluer l'ambiance. À noter les très belles chorégraphies de Maud Le Pladec que le travail de vidéaste de Léonard transcende. On y voit dès les premières secondes du spectacle, le "bal" de la Saint-Jean où les couples s'attisent, où les corps se dissolvent dans la chaleur de cette nuit lunaire.
La cuisine, un peu à l'écart de cette fête sensuelle où le petit peuple s'affranchit de tout, est comme un îlot de calme, les coulisses d'un spectacle. C'est aussi le domaine de Christine, la cuisinière, la promise de Jean. Avec Julie, ce sont les deux seuls personnages de la pièce. Un triangle qu'on ne peut pas dire amoureux, point de romantisme ni dans le couple formé par Christine et Jean, ni dans le rapport qui fait l'action de la pièce entre Julie et Jean. Les échanges de ces deux derniers se teintent en permanence de force, de pouvoir, d'humiliation.
On pourrait croire en surface que la trame de "Mademoiselle Julie" est cette séduction croisée teintée d'ivresse et d'une forme de harcèlement. Sans en repousser cet aspect, Christophe Lidon en fait une autre lecture. Il met en avant le passé des protagonistes dont les aveux parsèment le texte, en faisant paraître en filigrane ces lignes géométriques que sont les fils des vies. C'est ainsi que le passé de Julie et de Jean éclaire les mots qui vont les mener à cette étreinte échangée dans la froideur violente du désir. Jusqu'à ce réveil dans la crudité des règles sociales qui les soumet : elle, fille de notables en mal d'émancipation, lui, serviteur rêvant d'un avenir libre et sans maître.
Les trois interprètes se glissent dans leurs personnages avec une totale conviction et beaucoup de réalisme. Sarah Biasini crée une Julie dense, tout sauf superficielle, imprégnée de sa propre histoire, son éducation réprimée, tentatrice mais aussi et surtout victime. Yannis Baraban impose un Jean terrien, carré, sans trop de doutes, qui prend parfois le visage implacable du destin face aux deux figures féminines. Deborah Grall incarne une Christine fragile et sensible, mais dotée d'une énergie vitale farouche.
L'épilogue à cette nuit de fête (la fête de Jean) sonne comme la condamnation de ceux qui veulent changer le cours de leur vie dans un monde sclérosé où les rôles et les places sont imposés par l'ordre ancien, celui du père, du comte, du maître dont l'ombre rode sans cesse sur les esprits de tous, et qui clôt cette nuit de son pas lourd, implacable comme la morale.

Le Dauphiné

Le tempo est donné dès le début du spectacle. Une scénographie moderne avec vidéo-projection sublime l’imaginaire du spectateur entraîné dans une fiévreuse, tourbillonnante et vertigineuse valse des corps. La tragédie naturaliste de l’écrivain August Strindberg dans la nouvelle version scénique de Michael Stampe, trouve un nouveau souffle avec le metteur en scène Christophe Lidon. Un buffet, une immense table, deux chaises, la scène s’ouvre sur la cuisine de Mademoiselle Julie, jeune aristocrate qui va séduire le valet de son père la nuit du solstice d’été.

Présent, passé, on découvre Melle Julie enfant. Ce regard novateur sur la pièce qui s’attache aux racines des personnages les rend d’autant plus attachants. Les comédiens sont bouleversants de sincérité. Sarah Biasini offre aux spectateurs un jeu naturel et nuancé laissant échapper l’âme de Melle Julie, ses forces et ses faiblesses, ses espoirs et son désespoir. Yannis Baraban dans le rôle de Jean et Deborah Grall dans le rôle de Kristin, dans un jeu sensible et droit, font entendre magnifiquement le texte, dans sa force et sa vérité. La vertigineuse histoire de “Mademoiselle Julie” n’a pas fini de faire battre les cœurs.

Théâtres.com

La fête de la St Jean le 30 juin bat son plein et revêt des vertus particulières pour Mademoiselle Julie qui y participe. Une fête où elle recherche l’oubli d’elle-même, ressentant lourdement le poids familial et notamment celui de son père, le Comte. Christophe Lidon s’est attaché à mettre en évidence les racines familiales de Julie dont elle secoue le joug désespérément jusqu’à la transgression.

Cette oeuvre très riche a la particularité de se décliner sous des registres sociaux et psychologiques indifférenciés. Ainsi Julie ressent avec amertume le poids de son milieu familial dont elle souhaiterait s’affranchir. Elle opère, lors de cette fête, sa propre révolution. Un changement où elle tente d’abolir les frontières sociales avec Jean, son valet. Inverser les rôles constitue la seule solution pour exister pleinement en dehors de son environnement social confortable et pesant. Un rapport singulier s’installe entre eux où chacun devient tour à tour dominant et dominé. Julie séduit Jean en le détournant de sa fiancée Christine. Cette double victoire alimente sa rage d’exister en instillant sa perversité et ses fantasmes. Julie, en parfaite rupture de ban, se retrouve à la recherche insensée d’un destin. Son dessein inspire à Jean l’ivresse d’une vie inespérée lui permettant de gravir les échelons de l’échelle sociale. Mais le maintien des frontières sociales s’avère davantage rassurant et confortable. C’est le constat cynique et amer que Strindberg nous assène réduisant à néant toute forme de transgression sociale.

Les comédiens sont excellents et traduisent bien cette lecture originale de Christophe Lidon. Cette oeuvre désormais classique nous interpelle toujours par sa modernité et sa persistance à proposer un autre modèle. Et si…mais non !


Webthéâtre

A la fin du XIXe siècle, Mademoiselle Julie horrifiait les spectateurs de 1889 et des années qui suivirent. Une jeune aristocrate qui allume le désir d’un domestique, va jusqu’au bout de l’étreinte dans la nuit brûlante de la Saint-Jean et succombe à ce qu’on appelait le déshonneur, c’était révoltant. Mais, aujourd’hui, une fois le parfum de scandale dissipé (ce qui prit des décennies), la pièce de Strindberg, nous plaît par sa puissance extraordinaire mais aussi pour sa violence originelle : cela reste troublant, cette attraction folle de deux êtres que tout sépare, qui accomplissent leur désir en se méprisant, envisagent un instant une vie commune et choisissent, du moins pour l’héroïne, de payer le prix de la tragédie.
Christophe Lidon, après beaucoup d’autres (car on ne cesse de voir Mademoiselle Julie !), monte à son tour la pièce, dans une adaptation de Michaël Stampe précise dans le naturalisme brûlant des mots et des situations. Trois larges panneaux blancs encadrent le lieu de l’action où une longue table, qui sera renversée dans la fougue d’un amour empli de cruauté, prolonge une cuisine juste suggérée. Les panneaux accueillent des vidéos : images noir et blanc de l’actrice Sarah Biasini dans une gestuelle symbolique, danse par un groupe de danseurs, images symboliques traduisant le climat de la rencontre et le mental des personnages. Cette partie filmée n’est pas sans qualités mais elle se déroule en étapes, ce qui rompt quelque peu l’unité de la soirée. Est-ce que la pièce n’est pas davantage une course sauvage et inéluctable qu’il ne faut pas interrompre ?
Course sauvage. Notre terme doit être nuancé car – et cela, la mise en scène finement pointilliste de Lidon, qui privilégie à juste titre le moment sensuel et se moque du contexte historique, le détaille très bien – il y a dans l’attitude des deux amants des allers et retours, des piétinements, du sur-place, des contradictions, des affolements, du brûlant et du glacial. Ces lignes tantôt sinueuses, tantôt brisées, les deux interprètes les dessinent avec beaucoup d’intelligence et de personnalité. Sarah Biasini donne à Julie une jeunesse adolescente qui a un double poids de passion et de désinvolture et où l’âpreté est feutrée. On est habitué, face à ce rôle, à plus de violence mais l’actrice prend le parti d’une composition plus intériorisée et songeuse, où s’inscrivent en ricochets les gouffres du personnage. Yannis Baraban joue Jean, le valet, dans une concentration puissante et parfaite : ce Jean est ignoble mais, sous la veulerie et l’opportunisme, Baraban fait apparaître un juste besoin de revanche et l’exact désarroi d’un homme qui joue la partie la plus difficile et la plus excitante de sa vie. Assurant la partition brève mais capitale de la cuisinière, Deborah Grall apporte une note heureuse de rugosité matinée de tendresse. Le spectacle est profond, en quête pourtant d’une intimité qui, dans la scénographie actuelle, sur un grand plateau, n’a pas encore toute son intensité.



 

 

 


à 16h30 au Théâtre des Halles
relâches 13, 20 et 27 juillet
Mademoiselle Julie