Acte 2

Les récits de Monsieur KafkaSaison 2020-2021

la pièce

Ce spectacle est construit autour de douze récits de Franz Kafka, tous présentés pour la première fois au théâtre. Tout le génie de Kafka est contenu dans ces récits étonnants où on retrouve son imagination débordante, sa profonde singularité mais aussi son humour. Mais Kafka ne vécut jamais de la littérature et travailla toute sa vie dans une compagnie d’assurances à Prague. Les lettres qu’il adressa à la compagnie jusqu’à sa mort en 1924 constituent, à travers des scènes entre le directeur et sa secrétaire, un fil rouge chronologique formant un cadre à tous les récits.

Entre vraie vie et fiction se révèle la personnalité si particulière et si touchante de Kafka.

note d’intention de Sylvie Blotnikas, adaptatrice, metteuse en scène et comédienne

La force, la beauté, la drôlerie de ces courts récits m’a tout de suite donné l’envie d’en faire un spectacle. Kafka est tellement unique que la profonde empreinte de sa personnalité s’exerce dès les premiers mots. Ses sources d’inspiration sont si variées qu’il ne cesse de nous surprendre, étant toujours là où on ne l’attend pas. J’ai ensuite découvert les lettres que Kafka a envoyées à la Compagnie d’assurances dans laquelle il travaillait, lettres étonnantes, totalement “kafkaïennes” mais aussi touchantes et intimes au fur et à mesure de la progression de sa maladie des poumons. J’ai eu alors l’idée, pour encadrer les récits, de courtes scènes entre le directeur de la Compagnie d’assurances et sa secrétaire, celle-ci lui lisant ces lettres puis ensuite confiant au public ses impressions sur cet étrange collègue de bureau, “Monsieur Kafka”. À travers cette confrontation entre son imaginaire et sa “vraie vie”, j’ai voulu rendre hommage à la personnalité si attachante de Franz Kafka.

note d’intention de Julien Rochefort, metteur en scène et comédien

Il y a eu tout d’abord l’envie de “dire” du Kafka. Ce style si particulier fait d’une logique implacable (Kafka était docteur en droit) combinée à une sorte de doute permanent, de remise en cause de la réalité... Ensuite, il y a eu la découverte de tous ces textes courts qui contiennent souvent en germe ses plus grandes œuvres, en détiennent en quelque sorte la « substantifique moëlle ». Ils constituent véritablement un voyage dans ce qu’il appelait « ce monde prodigieux que j’ai dans la tête ». À travers eux, on peut vraiment constater à quel point Kafka, tout en étant si personnel, parvient à être universel. Et, enfin, il y a eu cette idée de Sylvie de nous montrer en filigrane, à travers ses lettres professionnelles, cette face peu connue mais tellement révélatrice de la personnalité de Kafka, perpétuellement déchiré entre la littérature et le bureau. 
« À tout prix continuer à écrire, il faut que cela soit possible, en dépit de l’insomnie et du bureau. » (Kafka).

 

 


d'après Franz Kafka

mise en scène et avec
Sylvie Blotnikas, Julien Rochefort

lumière Laurent Béal

production La petite compagnie
coréalisation Le Lucernaire
partenaire Acte 2

Le Figaroscope
Kafka a toujours passionné les hommes et femmes de théâtre. En sa courte vie, il aurait composé une seule pièce, mais elle fut brûlée, à sa demande, par une femme qui l’accompagna jusqu’à son dernier soupir, en juin 1924, Dora Diamant. A presque 41 ans, il avait un peu publié, beaucoup écrit et laissé à son ami Max Brod des instructions sévères : que tout disparaisse, les textes, les lettres, les notes. On le sait, celui qui le connaissait depuis plus de vingt ans et comprenait la valeur de l’oeuvre, n’en fit rien et, exilé en Palestine en 1939, emporta les manuscrits de son ami. Pas de théâtre, mais de nombreuses adaptations au cinéma comme sur scène. On se souvient du Kafka théâtre complet par André Engel dans les grandes années du Théâtre national de Strasbourg, en 1979, on se souvient de La Métamorphose par le britannique Steven Berkoff, en 1988, une adaptation de Yasmina Reza, une mise en scène de Roman Polanski. On se souvient de la très belle version du Procès par Dominique Pitoiset, à Avignon, en 1996. C’est à partir de ce même livre que le grand maître polonais Krystian Lupa a élaboré l’un de ses plus puissants spectacles. Il avait entamé les répétitions au Théâtre Polski de Wroclaw au printemps 2015 et connu des empêchements avec la nomination à la tête de l’institution d’un fantoche décidé à interrompre le travail de la troupe. Mais Lupa et ses comédiens ont triomphé et ce Procèsest l’un des plus puissants spectacles que l’on ait pu voir ces dernières saisons.

Loin de ce grand déploiement, mais avec autant d’intelligence et de pertinence, Sylvie Blotnikas, signe l’adaptation, la mise en scène, joue en compagnie du subtil Julien Rochefort Les récits de Monsieur Kafka.

Il faut grimper jusqu’au « Paradis » du Lucernaire pour les découvrir. Un décor léger : un petit coin qui évoque le travail, avec son bureau de bois et son meuble de rangement. Cela leur suffit, avec un peu de lumière par Laurent Béal, pour nous conduire sur le double chemin de l’écrivain. Sylvie Blotnikas a choisi certains textes de fiction qu’elle fait alterner avec de très étonnantes et touchantes lettres, celles que l’employé d’une compagnie d’assurances destinait à ses supérieurs hiérarchiques, notamment pour demander des congés, car la tuberculose l’attaquait et il lui fallait séjourner longuement dans les sanatoriums. On le comprenait. On le respectait.

Avec sa rigueur, sa finesse, Sylvie Blotnikas, incarne une secrétaire attentive, et les personnages imaginaires. Julien Rochefort passe d’un personnage à l’autre avec fluidité et profondeur. Un moment simple, beau, drôle parfois, comme l’était Kafka.


Le journal d'Armelle Héliot

Franz Kafka, entre imagination et quotidien

Sylvie Blotnikas signe la traduction, l’adaptation de textes et de lettres de l’écrivain. Elle joue, au côté de Julien Rochefort, ce spectacle intéressant et touchant.

Il faut grimper jusqu’au Paradis, la petite salle, le grenier du Lucernaire. Dans la proximité des comédiens. Un décor simple de bureau, dans un coin. On connaît bien Sylvie Blotnikas et Julien Rochefort et on apprécie beaucoup leurs travaux. Ils ont su se frayer un chemin singulier avec des spectacles très plaisants tels Antoine et Catherine, Strictement amical, entre autres. Ils se sentent bien, également, au cœur de la littérature française ou étrangère. Ils proposent des moments de théâtre d’une grande sensibilité, d’une probité profonde. Après le remarquable Victor Hugo : Pyrénées ou le voyage de l’été 1843, qui était la première adaptation signée de Sylvie Blotnikas et dans lequel Julien Rochefort était bouleversant, voici donc Les Récits de Monsieur Kafka.

Une traversée qui nous conduit en un va-et-vient très éloquent, des nouvelles de l’écrivain, à sa vie quotidienne, sa vie de bureau. Sa vie d’employé modèle, mais qui ne craint pas de proposer, avec une exquise politesse, mais une fermeté certaine, des changements dans son parcours. Il demande également des congés car la tuberculose rend sa vie très difficile et il faut souvent qu’il séjourne, parfois longuement, au sanatorium.

On ne connaissait pas cette partie-là des lettres de Franz Kafka, et c’est vraiment bien intéressant. La compagnie d’assurances où il gagnait sa vie semble le respecter. Jusqu’à sa mort, en 1924, il adressa à ses supérieurs ces courriers très étonnants car ils dévoilent quelque chose du « vrai » Kafka, même si, on le sait, il est plus « vrai » dans l’écriture... Le montage est très pertinent et les parties des nouvelles sont également bien mises en lumière. Il y a douze « récits », tous étonnants, avec toujours la touche de fantastique dans les notations les plus simples, le regard sur le réel. Et beaucoup d’humour, d’esprit. On sourit, on rit. La mise en scène est simple, sobre. Evidemment, Julien Rochefort représente, « est » Franz Kafka. Mais pas seulement. Il est aussi le supérieur hiérarchique qui dit oui aux demandes du singulier employé. Sylvie Blotnikas a trouvé sa juste place dans la représentation.

Ils sont fins, très bien accordés et ce bref moment est un vrai et grand moment qui donne envie de retrouver Kafka de plus près ! Car on le relit sans cesse et sans jamais se lasser...en pensant que son ami Max Brod lui désobéit et ne détruisit pas ses livres, ses écrits ...« A tout prix continuer à écrire, il faut que cela soit possible, en dépit de l’insomnie et du bureau », avait-il écrit. Julien Rochefort le cite...


Webthéâtre Gilles Costaz

Une scène le plus souvent coupée en deux. Un côté qui respire le bureau ciré et sinistre, un autre tout à fait nu qu’on peut imaginer comme une rue, une place, un salon, selon ce que viennent y dire les interprètes. La pièce saute d’un lieu à l’autre comme l’adaptation des textes de Kafka qu’a faite Sylvie Blotnikas. L’actrice et co-metteur en scène (avec Julien Rochefort) fait alterner les courtes fictions de Kafka et les lettres que l’écrivain écrivit à sa hiérarchie quand il était employé dans une compagnie d’assurances et qu’il dut aller soigner sa maladie des poumons (dont il allait mourir à l’âge de 41 ans). Du coup, en se succédant, les textes se contaminent et les lettres, prosaïques et polies, deviennent kafkaïenne.

Abandonnant pour un temps leur registre sentimental (où ils furent si remarquables), Julien Rochefort et Sylvie Blotnikas créent là un théâtre de chambre littéraire et fantastique, à base d’histoires suspendues et de détails incongrus. L’air à la fois égaré et concentré (ce qui n’est pas banal, ce qui relève même de l’exploit), Julien Rochefort incarne à la fois des passants éphémères et le directeur de la compagnie d’assurances. Il intériorise toujours sa voix et atteint à un magnifique degré de complexité rêveuse. Sylvie Blotnikas joue la quotidienneté, la présence terrienne et fonctionnelle sur terre mais en faisant passer dans l’atmosphère toutes sortes d’émotions souterraines. Ainsi s’oppose-t-elle parfaitement à son partenaire pour, au bout du compte, le rejoindre dans une parfaite harmonie.

Ce très délicat spectacle pose l’éternelle question sur Kafka. Faut-il rire sans détour, comme il le souhaitait lui-même ? Ou faut-il apprécier dans un maintien sérieux cette littérature qui s’écartèle entre la drôlerie et l’angoisse ? Le spectateur fera comme il voudra. Sylvie Blotnikas et Julien Rochefort cultivent savamment ces ambiguïtés de la comédie kafkaïenne.


Au balcon

Ce spectacle est construit autour de douze récits de Franz Kafka présentés pour la première fois au théâtre. Tout son génie est contenu dans ces récits étonnants où l’on retrouve son imagination débordante, sa profonde singularité mais aussi son humour. Kafka ne vécut jamais de la littérature et travailla toute sa vie dans une compagnie d’assurances à Prague. Les lettres qu’il adressa à son employeur jusqu’à sa mort en 1924 (demandes d’augmentation, de congés maladie…) constituent un fil rouge chronologique formant un cadre à tous les récits. Entre vraie vie et fiction se révèle la personnalité si particulière et si touchante de Kafka !

La Terrasse

Grâce à un habile montage de textes qu’ils interprètent eux-mêmes, Sylvie Blotnikas et Julien Rochefort offrent une belle traversée dans l’univers de Franz Kafka. Entre nouvelles et scènes de bureau.

En marge de sa célèbre Métamorphose (1915) et de ses deux romans inachevés, Le Procès (1925) et Le Château(1926), l’écrivain autrichien Franz Kafka a tout au long de sa vie écrit des nouvelles que l’on peut découvrir dans le premier tome de ses Œuvres complètes publiées dans la Pléiade. Il a aussi entretenu une riche correspondance avec des personnes diverses, parmi lesquelles le directeur de l’Institution d’assurance pour les accidents des travailleurs du royaume de Bohême où il a travaillé de 1908 à 1922. Ce sont ces deux pans d’une riche production littéraire que Sylvie Blotnikas et Julien Rochefort ont décidé de réunir dans Les récits de Monsieur Kafka. Signant ensemble la mise en scène du montage de textes réalisé par Sylvie Blotnikas, ils poursuivent avec cette pièce une collaboration de longue date. Avec bonheur, car en portant pour la première fois sur scène douze courts récits de Kafka ainsi que plusieurs lettres, ils nous permettent d’approcher au plus près ce que fut et ce que vécut cet homme singulier. En toute simplicité, ils partagent leur fine et sensible lecture de textes saisissants dans leur mélange d’étrangeté et de prosaïque, de quotidien. En mettant sur un même plan l’écriture à visée professionnelle et la fiction, ils offrent aussi une clé de relecture des chefs-d’œuvre d’un auteur qui figure parmi les plus grands du XXème siècle.

Comme pour dire la difficulté d’aborder un monument littéraire, Sylvie Blotnikas et Julien Rochefort commencent par planter un cadre réaliste, à partir duquel ils peuvent ensuite pénétrer dans l’univers absurde des nouvelles. Dans les rôles du directeur de la Compagnie d’Assurances et de sa secrétaire, ils abordent le grand Kafka par la petite lorgnette d’un travail de bureau qu’il a toujours prétendu détester. Mais qu’il effectuait avec un sérieux et une gentillesse appréciée de tous. Lisant à son patron une lettre par laquelle « Monsieur Kafka » demande une augmentation, la secrétaire révèle chez celui-ci une connaissance méticuleuse des lois et de l’administration. L’entrée dans son monde littéraire n’en est que plus troublant. Elle se fait par l’histoire très courte d’un homme écrasé moralement par une pluie qui, dit-il, ne tombe qu’à l’intérieur et dont il est impossible de se protéger. Suivent d’autres aventures où l’insolite, l’inquiétant, surgit de l’ordinaire. On y rencontre l’Odradek, être qui « à première vue, ressemble à une bobine de fil plate en forme d’étoile » mais qui est doué de parole. On y croise de nombreux personnages perdus, paralysés par des phénomènes dont on ne sait jamais s’ils sont réels ou s’ils n’existent que dans leur esprit effrayé par le monde. Comme celui de Kafka sans doute, dont les lettres qui ponctuent l’ensemble de la pièce nous apprennent la longue maladie, et le retrait d’une société dont la modernité naissante annonce en bien des points la nôtre.


Spectacle sélection

De Franz Kafka, on connaît évidemment La Métamorphose, Le Château, Le Procès. On connaît

moins le bureaucrate pointilleux qu’il a été, pendant dix-sept années, dans une compagnie d’assurances de Prague, avant de finir sa courte vie dans la maladie pulmonaire à répétition. Nombre de lettres montrent cet employé modèle et casanier, qui réclame courtoisement son dû, une augmentation, une promotion, un congé à prolonger. Ces lettres, répétitives dans les termes, composent la trame d’un duo où s’entremêlent les missives adressées au directeur et lues par sa secrétaire avec les courts récits que Franz envoie à ce chef de service.

Des histoires teintées de fantastique, en lien avec la mort, le système judiciaire, l’asphyxie, le chien loquace, la maladie, l’improbable ressemblance, le bourreau inexorable. Les deux comédiens jouent alternativement ces personnages, leur conférant, par le ton neutre et sans affect qu’ils emploient pour les raconter, une étrangeté plus dérangeante encore, parce qu’on voit se dessiner en filigrane la vie même de Kafka, homme et écrivain.

Un moment vraiment intéressant à tous points de vue.


Le quotidien du médecin 

Sylvie Blotnikas a adapté certains brefs textes de Franz Kafka et puisé dans sa correspondance administrative. Elle met en scène au Lucernaire et joue, avec l’ultrasensible Julien Rochefort, « Les récits de Monsieur Kafka ». C’est touchant, très bien joué avec finesse et cette juste distance d’ironie qui doit même conduire au rire, car Kafka avait l’humour des êtres trop lucides.


Théâtres

Qui était vraiment Franz Kafka, cet écrivain génial, obscur employé d’une compagnie d’assurances ? Sylvie Blotnikas a souhaité rendre hommage à cet homme pétri de talent et d’humilité à travers ce spectacle qui combine agréablement des moments drôles et des passages émouvants. La mise en scène alerte de Sylvie Blotnikas et de Julien Rochefort assure une belle harmonie entre ces partages d’émotions.

Ce spectacle nous présente deux personnages de cette compagnie d’assurances, son directeur et son assistante. Cette dernière est le relais essentiel des échanges épistolaires entre Monsieur Kafka et son directeur. Kafka, absent de la scène, est paradoxalement omniprésent. La correspondance de Kafka tient lieu de biographie tant elle s’avère précise et émouvante. Le merveilleux travail d’adaptation de Sylvie Blotnikas assure un rendu rempli d’émotions. La pièce alterne les scènes réunissant les deux protagonistes et les plans où ils incarnent indifféremment des personnages tirés de textes courts et fort drôles de Kafka. Cette alternance du réalisme et de l’imaginaire crée une sensation particulière présente dans toute l’œuvre de Franz Kafka.

Contraint de quitter la compagnie d’assurances compte tenu de sa santé souffreteuse, il s’exilera à Berlin où il finira sa vie. A travers ce spectacle, l’humilité, la bienveillance et son sens de la justice ressortent à plus d’un titre.

Rendons hommage à ces deux comédiens qui ont su mettre en valeur toute la saveur de ces lettres qui touchent à l’intime et incarner avec drôlerie ces courts textes décalés. Au sortir d’un tel spectacle, on n’a qu’une envie : se replonger dans l’œuvre de Kafka ! Et c’est là le plus bel hommage à rendre à ce spectacle !


Culture juive

Il faut en finir avec la légende noire autour de Kafka, celle de l’auteur torturé et torturant. C’est ce à quoi s’applique ce magnifique spectacle.

Dans une adaptation brillante, Sylvie Blotnikas a mêlé douze très courts récits de l’auteur de La métamorphose aux lettres qu’il adressait à son supérieur hiérarchique. Si Kafka lui-même n’est jamais présent sur scène, le spectacle donne une sorte de portrait en creux de celui qui était, le jour, rédacteur d’une compagnie d’assurances et, la nuit, auteur d’une œuvre sombre et forte. Très vite, on découvre l’exact parallélisme entre la rigueur glacée des missives officielles – pour demander une promotion ou réclamer un prolongement d’arrêt maladie -, et les histoires courtes que Kafka élabore dans le secret de sa chambre. Et ce parallélisme, c’est le style !

Le style est le même, précis, froid, ordonné, riche de détails, maniant la digression et la précision avec un tempérament d’orfèvre. L’une des caractéristiques majeures du récit kafkaïen est, précisément, d’avoir été rédigé à la manière d’un procès-verbal de cour d’assises.

Aux demandes réitérées du fonctionnaire zélé, le supérieur hiérarchique répond toujours de façon positive. Presque jusqu’à la fin, presque jusqu’à la mort. Et il pourrait répondre de même aux récits que le subordonné lui envoie, tant la logique est la même, malgré le fond.

Les douze récits sont éblouissants : tour à tour, Kafka s’y révèle onirique, fantastique, drôle, cocasse, absurde, nostalgique, sentimental… et observateur fin des travers de l’Humanité. Qu’il étudie la logique paranoïaque du raisonnement clanique dans son histoire du groupe de cinq refusant d’intégrer un sixième, ou bien la docilité psychologique de l’esclave dans son récit à la première personne du chien qui s’est évadé, à chaque fois il touche un élément secret de la personnalité, quelque clé des cœurs qui fait vaciller les apparences. Dans ses écrits, tout autant que dans la compagnie d’assurances dont il était considéré comme un pilier essentiel. « Sans Monsieur Kafka, tout s’écroulerait ».

Sylvie Blotnikas et Julien Rochefort virevoltent avec aisance d’un récit à l’autre, et puis du récit aux rôles de l’employée (admiratrice du collègue Kafka) et du supérieur hiérarchique (obligé de constater que son employé est plus ou moins indispensable à la bonne marche de l’entreprise). Ils laissent Kafka percer au milieu d’eux, et, dans le décor sobre où ils évoluent, une toute simple bonbonnière de porcelaine, un peu désuète, figure une sorte de microcosme des petits récits délicieux que leur a offert l’absent : tous les deux piochent dedans avec une gourmandise coupable. Kafka, nous dit ce spectacle, n’est un auteur ni savant ni abscons : il rit de nos défauts et de nos absurdités. Franz Kafka n’était que l’humble traducteur des errances d’une société en crise, puis en guerre, puis en récession, et qui veut, malgré tout, continuer à faire perdurer ses valeurs.

On ne saurait être plus actuel…

Théâtre Clau

Éloquent, Réjouissant, Captivant.

Dans l’intimité du Paradis au Lucernaire, Monsieur Kafka vous attend...

Côté jardin : un petit bureau, une chaise, un meuble pour ranger les dossiers. Nous sommes au secrétariat de la compagnie d’assurance où Kafka travailla 17ans.

Sylvie Blotnikas et Julien Rochefort nous mènent avec grand brio à la rencontre de Kafka rédacteur. A travers des lettres adressées à son directeur, nous découvrons sa vie de tous les jours, ses désirs de promotions, ses soucis de santé ,.. Côté cour un espace vide où Sylvie Blotnikas et Julien Rochefort nous conteront 12 récits de Kafka tous plus drolatiques, extravagants, loufoques, inquiétants les uns que les autres mais tous empreints d’une vérité profonde.

Gracchus qui navigue sur une vieille barque depuis 1500 ans.

Les cinq qui refusent d’être six,

L’homme emprisonné dans un buisson d’épines,

Poséidon absorbé dans ses comptes
,

Le condamné à mort et le bourreau
...

Sylvie Blotnikas et Julien Rochefort nous transportent d’un univers à l’autre, de la vraie vie à l’imaginaire avec aisance et éloquence et grand talent. Ils nous émeuvent, nous réjouissent et nous enchantent.

C’est un vrai régal.

Verso Hebdo

Raconter toute une vie, c'est impossible... Et la biographie, l'autobiographie restent des genres historiques et/ou littéraires variant selon les époques, les aires culturelles, et leurs valeurs dominantes. Si l'on souhaite évoquer une vie au théâtre, on doit encore plus renoncer à quelque exhaustivité que ce soit : on n'y dispose en effet que d'un temps et de moyens réduits. Il convient alors d'inventer une forme théâtrale permettant au spectateur de percevoir les linéaments significatifs de cette vie - en général celle d'une personnalité et en même temps d'être ravi par un spectacle où les émotions, sentiments et situations exposés le concernent peu ou prou, d'une façon ou d'une -, illustre autre...

C'est un petit joyau théâtral que nous ont offert Sylvie Blotnikas (adaptation, mise en scène et interprétation) et Julien Rochefort (interprétation) avec Les récits de monsieur Kafka (jusqu'au 1er mars au Lucernaire), entremêlant douze récits courts, admirables, et des lettres que Franz Kafka a envoyées à l'« Institution Bohême », d'assurance pour les accidents des travailleurs du royaume de où il accomplissait sa tâche en juriste consciencieux et apprécié de son employeur.

Le va-et-vient entre d'un côté la précision, la politesse de son courrier administratif, mentionnant divers aspects de sa carrière puis la progression de sa tuberculose fatale et, de l'autre côté, la symbolique et l'humour de ses textes littéraires très bien sélectionnés par Sylvie Blotnikas (on y retrouve le rapport à la Loi, le devenir-animal, l'inadaptation radicale, etc.) nous éclaire sur la divergence, mais aussi une curieuse convergence, entre vie professionnelle et artistique. « À travers cette confrontation entre son imaginaire et sa « vraie vie », j'ai voulu rendre hommage à la personnalité si attachante de Franz Kafka », écrit Sylvie Blotnikas. Mais c'est également comme si l'on entrevoyait ici cette existence courte prise entre la journée, que structure un réel administratif, et la nuit où le procédural se transmue en cauchemar gelé, en « inquiétante étrangeté ».

Dans cette existence, le discret monsieur Kafka semblait faire de son mieux pour cacher son effrayant génie !

Actualité Juive

La petite compagnie présente un spectacle de grande qualité autour des textes de Kafka parmi les moins connus.

Un pari audacieux et réussi sur l’œuvre unique de ce génie littéraire où se mêlent absurde, dérision et réalisme.

Montés, adaptés et interprétés pour la première fois au théâtre par Sylvie Blotnikas et Julien Rochefort, ces douze petits récits témoignent d’une confrontation entre son imaginaire et sa vraie vie.

On y apprend d’abord que Kafka, pour assurer son indépendance financière tout en écrivant ses récits publiés dans des revues, a été employé modèle dans une compagnie d’assurances, ponctuel et zélé, et très apprécié par sa direction. Ces manuscrits destinés à disparaître selon le souhait de Kafka seront conservés par son meilleur ami Max Brod qu’il publiera après sa mort, en 1924, à l’âge de 40 ans.

Il ressort de ses textes insolites à la langue superbe, une liberté de ton, une ironie mordante une intelligence et une beauté aux sources d’inspiration multiples et variés. Seront lu sur scène, entre autres, des lettres officielles, que ce soit pour demander une augmentation ou une prolongation de congés maladie, écrites à la Direction et relayées par une secrétaire admirative. Ces demandes recevront toujours les mêmes réponses, tout au long des années : « Répondez positivement ».

Redécouvrez les textes de l’un des auteurs majeurs du XXème siècle admirablement montés et interprétés avec fantaisie, sensibilité et drôlerie.

Au théâtre et ailleurs

On le sait, Franz Kafka, qui avait fait des études de droit, était employé dans une compagnie d’assurances, à Prague, où il était chargé de l’indemnisation des accidents du travail. Il a occupé cet emploi toute sa vie, si l’on excepte ses absences pour cause de maladie et ses séjours au sanatorium. Il consacrait le reste de son temps à son activité d’écrivain, mais il devait travailler car « il faut bien gagner sa tombe ». Pour donner à voir ces deux aspects de la vie de Kafka, les metteurs en scène à l’origine du projet, Sylvie Blotnikas et Julien Rochefort, ont entrecroisé douze récits écrits par Kafka (adaptés pour la première fois au théâtre par Sylvie Blotnikas) et des lettres adressées à son employeur. Sur la scène, un petit bureau, une chaise et un classeur en bois suffisent à situer l’époque. Le directeur de la compagnie d’assurances écoute sa secrétaire lui lire une lettre de demande d’augmentation que lui a adressée Kafka. « Répondez positivement », lui intime-t-il. Il en sera de même à chaque demande. Entrecoupées des récits, les scènes de bureau sont le fil conducteur du spectacle. Toujours lues par sa secrétaire, le directeur prend connaissance des lettres dans lesquelles Kafka sollicite une augmentation, une promotion, des congés, ... jusqu’à cette lettre de juin 1922 où il demande une retraite anticipée. Il n’a plus que deux ans à vivre. A sa mort, en 1924, Milena parlera de lui comme d’« un être insolite et profond ».

Délicatesse et rigueur

Classicisme du style, écriture précise, imagination, chimères, on retrouve dans la variété des récits, habités d’inquiétude et d’angoisses, mais aussi d’un humour caustique, les obsessions de l’écrivain : un homme accablé sous la pluie ; un autre pris dans un buisson d’épines - « vieil obstacle sur ton chemin, si tu veux avancer, il doit prendre feu » - ; ou bien à la recherche d’un défenseur dans les couloirs d’un tribunal, mais est-ce un tribunal ? ; au pied d’un escalier dont les marches ne finissent pas ; ou encore cet homme face à une jeune fille, mais des lances à l’intérieur de son corps l’empêchent d’aller vers elle (« il ne m’est possible d’aimer que si je place l’objet au-dessus de moi si haut qu’il devient inaccessible »). Cette confrontation entre la vie réelle de l’écrivain et son imaginaire imprime une dynamique au texte et jette une lumière autre sur sa personnalité et son œuvre. Comme à chacun des spectacles signés du duo Sylvie Blotnikas et Julien Rochefort, celui-ci associe délicatesse et rigueur, subtilité et profondeur. Justesse du ton, clarté de la diction, ils cernent la personnalité attachante de l’auteur, font pénétrer son univers. Un hommage très prenant.

 





Galerie photos


du 15 janvier au 1er mars
au Lucernaire
du mardi au samedi à 19h00
matinée le dimanche à 15h00
en tournée saison 2020-2021
Les récits de Monsieur Kafka