Acte 2

La Contrebassesaison 2023-2024

la pièce

Peu avant le succès mondial de son roman «Le Parfum», Patrick Süskind écrit cette pièce au rayonnement universel. Un musicien anonyme, contrebassiste dans un orchestre, attend la représentation, seul avec son instrument, ses rêves, sa mauvaise foi, ses frustrations artistiques et amoureuses, amplifiées par la pratique de la musique.

Chef d’œuvre d’humour grinçant, « La Contrebasse » est le portrait saisissant d’un être humain dans ses grandeurs et ses petitesses, aux prises avec la machinerie sociale ici représentée par la hiérarchie de l’orchestre, lié à son instrument par une intime relation faite d’amour et de haine.

C’est cette relation unique qui au travers de la musique, parvient à le relier au monde. Jean-Jacques Vanier donne à ce personnage toutes les émotions plurielles qui en constituent la profondeur et l’humanité.


extrait

Vous avez entendu, là...?
Ça va y être... Là !
Vous entendez ça ?
Là, maintenant, vous entendez ?
Ça va revenir une seconde fois, le même passage, attendez.
Là ! Là ! Vous entendez ? Les basses, les contrebasses...
C’est moi, enfin c’est nous. Mes collègues et moi, Orchestre National. La deuxième de Brahms. Impressionnant, hein ?

[Il relève le bras de la platine, la musique s’arrête.]

On était six. Effectif moyen, vitesse de croisière, au total on est huit. Des fois, on nous envoie du renfort et on se retrouve à dix. Même douze, ça s’est déjà vu. Alors là, j’aime autant vous dire que ça fait du bruit. Beaucoup de bruit, parce que douze contrebasses, si elles veulent vraiment s’y mettre, vous ne pouvez pas leur damer le pion, même avec l’orchestre au grand complet. Ne serait-ce qu’en décibels, les autres n’ont plus qu’à aller se rhabiller. Seulement, si on n’est pas là, rien ne va plus. Il y a déséquilibre. N’importe quel musicien un peu honnête vous le dira : un orchestre peut à la rigueur se passer de son chef, jamais de la contrebasse.

 



note du metteur en scène

Lorsque nous avons monté, il y a deux ans, avec Jean Jacques Vanier le texte COLERES, durant les répétitions, j’ai très vite, imaginé ce même acteur dans la Contrebasse de Patrick Süskind. En effet cette colère primaire qu’avait exprimée François Rollin dans ce puissant monologue, prenait une autre « couleur » avec Jean Jacques. Il émanait de son interpréta- tion et de son côté aérien, une candeur, une impuissance mâtinée de poésie qui faisait de ce texte brut une tragi-comédie pleine d’émotions. Je lui soumettais donc cette idée de monter La Contrebasse. En en discutant ensemble, nous avons très vite senti que ce texte nous permettrait de pousser encore plus loin le travail d’incarnation à partir de ce personnage, prisonnier de son instrument, et d’aborder ensemble ce seul en scène avec comme exigence le plaisir de la théâtralité.

Ce contrebassiste, musicien fonctionnaire, qui vit seul avec son instrument - dont il se fait une très haute idée de sa fonction au sein de l’orchestre – est un naufragé de l’existence. Cette contrebasse est à la fois son alliée et son ennemie. Elle a visiblement dévoré sa vie. Elle est bien plus qu’un instrument. Tour à tour femme aimée, mère, geôlière... Cette contrebasse est aussi un exutoire contre lequel l’homme déverse sa colère. Cet homme qui se confie au public dans une sorte de psychanalyse à « ciel ouvert » va petit à petit tout au long de son monologue (entrecoupé de grandes lampées de bière) changer de ton en nous faisant part de ses difficultés de la vie quotidienne, de son rapport avec la musique et les compositeurs de renom, de sa déception amoureuse ou de sa position de véritable « prolé- taire » de l’orchestre. En effet, s’il fait bien partie d’un Orchestre National, il n’en demeure pas moins qu’il y est remisé à un rang qu’il estime ne pas être le sien. Notre homme souffre d’une grande et très profonde solitude. D’une sorte de sentiment d’injustice aussi.

Pour jouer cet anti-héros gagné peu à peu par une douce folie...Cet artiste dans l’âme empêché d’être exceptionnel - comme l’est un premier violon ou un soliste...Ce timide qui n’osera jamais déclaré sa flamme à la jeune mezzo-soprano dont il est amoureux...Qui mieux aujourd’hui (après l’interprétation géniale de Jacques Villeret) que Jean Jacques Vanier pour porter avec délicatesse, humour et humanité, les frustrations et les rancœurs de ce person- nage dont la vie quotidienne restera toujours encombrée par cette imposante Contrebasse... En tout cas c’est mon sentiment profond.

Sur scène, évidemment une contrebasse qui trône comme un totem. Un tourne-disque et une pile de vinyles... Peut-être une collection d’étuis d’instrument vides recelant, certaines des bouteilles de bière, des accessoires ou même de la lumière. Quelques pupitres vides en laiton comme autant de squelettes d’un orchestre absent. Pour le son, les œuvres citées par le personnage : Mozart, Wagner, Brahms...et sûrement un travail de sound design ambiant pour accompagner cet huis-clos dans un appartement que le personnage a prudemment insonorisé.

Gil Galliot


de Patrick Süskind

mise en scène Gil Galliot

avec Jean-Jacques Vanier

traduction Bernard Lortholary
lumières Nicolas Priouzeau

production François Volard, Acte 2
avec le soutien de la Ville de Saint-Maurice
et la Guérétoise de Spectacle

Stage rights dy Diogenes Verlag AG Zurich
©Editions Fayard, 1986 pour la traduction en langue française
Galerie photos


Midi Libre

La contrebasse, texte de Patrick Süskind, mise entre les mains du comédien Jean-Jacques Vanier, c’est la drôlerie assurée. Ce ne sont pas ses mots, mais bel et bien son esprit : comique et sensible. Le pitch : un musicien d’orchestre aime son instrument autant qu’il le déteste. « On dirait une bonne grosse femme », s’énerve-t-il en montrant sa contrebasse, lui qui fantasme sur une belle soprano. Le musicien noie sa tristesse dans la bière. Ça pourrait être triste à pleurer. C’est à pisser de rire.


L'Œil d'Olivier

Ce monologue tragique et drôle du romancier Patrick Süskind, se joue dans le monde entier de puis plus le début des années 1980. Après Jacques Villeret et Clovis Cornillac, c’est au tour de Jean-Jacques Vanier de s’emparer de ce texte génial.

La première chose qui saisit lorsque l’on assiste au spectacle, c’est ce sentiment que le texte a été écrit spécialement pour lui. C’est d’ailleurs pour cette raison que le metteur en scène Gil Galliot a été le chercher ! C’est une évidence et tous ceux qui connaissent l’univers de l’artiste, si bien exprimé dans À part ça la vie est belle et L’envol du pingouin, ne vont pas nous contredire.

Il faut l’entendre nous expliquer pourquoi il ne faut jamais minimiser l’importance de la contrebasse dans la musique classique. Après cet éloge pompeux et grandiloquent, il va nous expliquer tout son contraire. Derrière les frustrations et les rancœurs du musicien, on aperçoit celles d’un homme timide et solitaire qui n’a jamais su trouver sa place dans la société. Orchestré, avec la précision des grands chefs, par Gil Galliot, le comédien s’est approprié ce texte, le faisant vibrer, résonner dans une grande symphonie de sentiments qui nous a enchantés.

Radio J

Un spectacle très original, un spectacle formidable, et interprété par Jean-Jacques Vanier. Merveilleusement interprété, et mis en scène par Gilles Galliot. 
C’est l’histoire d’un contrebassiste anonyme dans un orchestre, il a des relations passionnelles avec sa contrebasse qui finit par revêtir à nos yeux une apparence humaine et transforme ce seul en scène en un duo. Cette contrebasse c’est à la fois sa mère, sa femme, son amie, son ennemie. Il se met en colère contre elle, il la déteste, il l’adore.

C’est drôle, touchant, bouleversant. On en ressort enchantés, Jean-Jacques Vanier est exceptionnel et bravo à la mise en scène de Gilles Galliot à la fois sobre et astucieuse.

 


La Contrebasse