Acte 2

L'un est l'autreAvignon 2021

la pièce

C’est l’histoire d’un homme et d’une femme. Ils sont en train de se séparer. Et puis, un matin, chacun se réveille dans le corps de l’autre.
Pour une séparation c’est raté.

Qu’est-ce que ça fait de se retrouver tout d’un coup couverte de poils, d’avoir une peau qui sent l’autre, de respirer comme un fumeur, ou de se retrouver face aux regards des hommes ? Qu’est-ce qu’on ressent quand on est condamné à vivre dans le corps de celui qui a été notre âme sœur mais que nous avons pourtant aujourd’hui tant de mal à aimer ? Qu’est-ce que c’est que de se mettre vraiment à la place de l’autre ? Qu’est-ce qui définit notre identité ? Est-ce notre corps ? Notre rapport au monde ?

Confrontés à cette expérience violente, vertigineuse, à la fois séduisante (car qui n’a jamais rêvé d’être un autre ?) et effrayante (car prisonniers d’un corps qu’ils voulaient ne plus voir !), les deux personnages vont aller à la rencontre de l’autre, mais aussi d’eux- mêmes dans une épopée onirique tragicomique.




Marine Montaut et Benjamin Boyer sont excellents provoquant l’hilarité du public d’un bout à l’autre du spectacle. Ce spectacle burlesque, quelque peu provocateur, en nous proposant d’ouvrir « le champ des impossibles » surfe à la fois sur un fantasme inavoué et sur une effrayante réalité. Une expérience théâtrale à vivre !

Theatre.com


une pièce de Régis De Sà Moreira
librement adaptée du roman Mari et Femme paru aux éditions Au Diable Vauvert

avec Benjamin Boyer, Marine Montaut

mise en scène Éric Verdin

lumières Denis Schlepp
son Philippe Timmerman
scénographie Capucine Grou-Radenez musique Jean-Baptiste Sabiani
chorégraphie Tchavdar Pentchev
assistante mise en scène Camile Timmermann et la voix de Barbara Tissier

production Mothers in Trouble, Isabelle Gaudin Art Ciné, Collectif Fractal, Coq Héron Productions


Galerie photos

L'Huma

Dans L’un est l’autre, un couple en rupture est bouleversé par un changement de sexe imprévu.

Après quelques années de mariage, leur couple prend l’eau, et même le gaz et l’électricité. Elle, dort dans la chambre depuis des mois, et lui, dans le salon. Mais voilà qu’un matin, sans qu’on sache à aucun moment le comment du pourquoi, l’épouse a pris les traits du mari, la voix de fumeur, les poils sur la poitrine et un sexe entre les jambes, tandis que lui a perdu sa barbe au profit de longs cheveux, d’une poitrine (presque) généreuse, etc.

Forcément, tout est chamboulé dans la vie des deux personnages, qui, s’ils ont changé d’apparence, savent très bien qui ils sont au départ. Adapté du roman de Régis de Sa Moreira, Mari et femme, publié en 2008 au Diable Vauvert, présenté lors du festival Phénix à Paris en juin, l’Un est l’autre fait partie des spectacles qui étaient partants pour le off de l’an dernier.

Mis en scène par Eric Verdin, Marine Montaut et Benjamin Boyer s’affrontent sur la scène. Les propos sonnent juste et on s’amuse beaucoup. Les bruitages sont parfaits et les propos en voix off (Barbara Tissier), savoureux. Le décor est aussi gaiement surréaliste ; la plupart des scènes s’articulant autour de la baignoire dont le pommeau de douche devient un téléphone. Mais, au-delà du gag, les trois complices qui ont signé cette adaptation posent la question du genre, du respect et de la compréhension de l’autre, et de l’amour aussi.


La Provence

L’idée est pour le moins originale. Madame se réveille dans le corps de Monsieur et vice-versa. Dès lors, tout s’inverse et les habitudes de chacun s’en trouvent bouleversées.
La question du changement, non seulement d’identité mais aussi de sexe, est au cœur de la pièce. C’est alors le monde entier qui se questionne et qui vraisemblablement ne sait pas trop quoi répondre. C’est là d’ailleurs toute l’intelligence du texte. Ne pas apporter de réponse à cette question somme toute farfelue, mas qui s’impose de plus en plus dans l’actualité.

Que ressent-on quand on est une femme dans un corps d’homme ? Quel regard porte-t-on sur les femmes ou les hommes quand on parvient à changer de sexe en une nuit ?

Tous ces sujets et ceux qui en découlent composent une œuvre hors norme, traitée avec tact et pudeur par Éric Verdin, auteur et metteur en scène de la pièce. Bien sûr, chacun a eu un jour envie d’être un autre (et n’est-ce pas le propre des comédiens par ailleurs ?). Mais la pièce va plus loin que la simple lubie ou rêverie en mettant en scène une expérience à la fois trouble et vertigineuse qui interroge le public sur son identité.

La mise en espace détourne les objets du quotidien de leur fonction première pour leur donner là encore un autre rôle, une autre identité. On s’amuse de ces changements qui nous permettent d’approfondir notre réflexion. Entre vie privée et représentation publique, chacun se cherche et tente de s’approprier un nouveau genre. Ce sont évidemment les deux comédiens Benjamin Boyer et Marine Montaut qui offrent une prestation des plus remarquables, si bien qu’on finit par croire vraiment qu’elle est lui et que lui est elle. Avec beaucoup de précision dans leur jeu et de personnalité, ils parviennent à incarner ces personnages tellement particuliers. Grâce leur en soit ici rendue.

Le spectacle remplit pleinement son rôle d’ouverture d’esprit avec « L’un est l’autre », et ce n’est pas le moindre de ses attraits.


Bulles de culture

Dès les premières minutes de L’un est l’autre, nous sommes conquis et on ne peut s’empêcher de rire du comique de situation proposé. Ce conte contemporain est bien sûr avant tout destiné à nous distraire, mais aussi à nous édifier.

Il offre en effet une réflexion sur la féminité et la masculinité. Il porte en lui une force émotionnelle et nous invite à réfléchir sur l’évolution des mœurs et de la condition de la femme et de l’homme dans nos démocraties modernes.

Mais tout est humour et dérision, la pièce faisant souvent référence aux vieux clichés, dont certains ont encore parfois la dent dure.

Avec la pièce L’un est l’autre, on est parfois perdu. On ne sait plus très bien qui travaille à domicile, qui va au bureau, qui alimente le budget du couple, qui va à la blanchisserie et se fait draguer pendant que la machine à laver fait son travail…

En fait, peu importe, car l’un est l’autre et que l’autre est l’une.

Cela entraine des scènes cocasses dans la pièce de théâtre L’un est l’autre : quand l’homme devenu femme est obligé de supporter l’odeur de la personne opposée (au sens propre comme au figuré). Très amusant aussi est le trouble de l’homme (devenu femme) lorsqu’il doit faire face à ses premières règles au bureau.

Comme une partie de ping-pong, la femme devenue homme est, elle aussi, confrontée à des problèmes du même ordre : une érection dans un lieu public, la raideur de son nouveau corps d’homme quand elle prend sa douche…

Le décor est à l’image de la pièce, saugrenu, inattendu, burlesque : des toilettes en guise de chaise, une baignoire qui fait office de bureau…

Notre avis ?

L’un est l’autre nous offre un spectacle d’une grande vivacité, 1h15 de vrai bonheur, avec quelques scènes suggestives, émoustillantes, mais très décentes, de nature à amuser tous les spectateurs de 16 à 77 ans.


L'Oeil d'Olivier

Gros coup de cœur pour cette histoire d’amour pas comme les autres.

Ils ne s’aiment plus ! Au bord de la rupture, l’un dort sur le canapé et l’autre dans le lit. Voilà, dit ainsi, cela ressemble à une histoire d’amour qui finit mal ! Sur le canapé, c’est elle et lorsqu’elle ouvre les yeux, elle semble tout étonnée de découvrir son corps ! Alors sa voix intérieure se fait entendre et c’est une voix d’homme. Dans le lit, c’est lui et lorsqu’il ouvre les yeux, il semble tout étonné de découvrir son corps ! Alors sa voix intérieure se fait entendre et c’est une voix de femme ! Elle est devenue lui, il est devenu elle ! Ils vont passer par l’effarement, la panique, puis, bien obligés faire avec. Ils vont apprivoiser ce nouvel état, apprendre à être de l’autre sexe, assimiler comment cela fonctionne, découvrir la perception des autres, appréhender la société différemment. En étant dans la peau de l’autre, ils vont enfin se comprendre, se retrouver et faire la paix.

Une adaptation augmentée. 

Benjamin Boyer, Marine Montaut et Éric Verdin sont partis du roman, Mari et Femme, de Régis de Sà Moreira, dans lequel seul l’homme avait le droit à la parole ! Pour la scène, ils ont élargi le propos en imaginant ce que la femme pouvait vivre ! Ils ont gardé le style de l’auteur, qui à travers des monologues intérieurs, faisait parler son personnage à la deuxième personne du singulier. Ils y ont rajouté des échanges entre le couple sur les petites choses du quotidien, et des personnages extérieurs. Cela fonctionne très bien. C’est drôle mais également fort poétique ! 

Une mise en scène rythmée.

Tout nous a séduit dans ce spectacle, sa facture, sa conception et son interprétation. La mise en scène d’Éric Verdin est des plus efficaces. C’est rythmé et rempli de trouvailles scéniques. S’appuyant sur la scénographie de Capucine Grou-Radenez, il installe deux espaces, celui de leur monde intérieur et celui de l’extérieur. A nous de nous amuser à en comprendre les codes et à l’accepter très vite. Marine Montaut et Benjamin Boyer incarnent merveilleusement ce changement de corps et d’identité, faisant bien ressentir les vertiges qu’éprouvent leur personnage qui vont se dépasser pour accepter les changements et prendre la vie d’une toute autre manière. Le spectacle, qui n’a rien de mièvre, nous renvoie en reflet, bien des émotions et surtout des questionnements. On en sort avec une pêche d’enfer, ce qui ne fait jamais de mal !

Théâtral magazine

Un homme et une femme se réveillent après un week-end conflictuel au terme duquel ils ont décidé de se séparer. Sauf que chacun se réveille dans la peau de l’autre. Sans reprendre véritablement leurs esprits, ils décident d’assumer leurs journées respectives comme s’il ne s’était rien passé. Ainsi, lui se rend au bureau d’elle où il doit recevoir un auteur dont sa femme édite le livre. Et elle se rend à la laverie pour effectuer les tâches ménagères de son mari au chômage… L’intrigue leur permet de se mettre à la place de l’autre et de découvrir dans leur chair ce qu’il vit.
Autour d’eux, tous les éléments semblent aussi avoir basculé dans une dimension surréaliste : le bureau ressemble à une baignoire, les lits sont verticaux… Si l’intelligence des astuces de mise en scène émerveille le spectateur au risque de le détourner du propos, le jeu des comédiens ramène sans cesse l’intrigue au centre de la pièce en questionnant au-delà du couple celle de l’autre. Une réussite.


Théâtre.com

Le Phénix Festival se poursuit avec un spectacle étonnant, L’un est l’autre, librement adapté du roman Mari et Femme de Régis de sà Moreira. Le propos inédit favorise la réflexion tout en stigmatisant l’angoisse de se retrouver dans le corps de son conjoint ! Expérience effrayante et/ou séduisante, Eric Verdin s’emploie avec talent à assoir cette situation cataclysmique pour notre plus grand plaisir. Marine et Benjamin, au bord de la rupture, continuent de cohabiter ensemble dans leur appartement. Mais le destin, quelque peu farceur, va leur donner une seconde chance. Celle-ci se présentera sous une forme totalement inattendue, voire vertigineuse. Benjamin, qui dort habituellement dans le salon, se réveille dans le lit traditionnellement occupé par Marine. Au réveil, la surprise est de taille, il vit dans le corps de Marine ! Parallèlement Marine se retrouve dans le salon dans le corps de Benjamin ! Passée la stupeur, les récriminations repartent de plus belle mais cette fois il convient de faire front devant ce coup du sort inattendu et angoissant. Comment appréhender ce nouveau corps avec un sexe nouveau ? Un corps qui réagit sans que l’esprit de l’un ou de l’autre puisse intervenir ou le contrôler. Comment s’habille-t-on ? En changeant d’aspect extérieur, leur rapport au monde va complètement se modifier les poussant vers des rivages inconnus. La frontière est fine entre l’épouvante et le fantasme d’être autre.
La mise en scène d’Eric Verdin a su tirer parti d’objets incongrus répondant aux actes de la vie quotidienne. Mais tout se tient dans cette histoire loufoque. La contribution narrative de chacun emprisonné dans le corps de l’autre est proprement désopilante. Les trouvailles décalées de mise en scène sont en raccord avec la scénographie très originale proposée par Capucine Grou-Radenez. Marine Montaut et Benjamin Boyer sont excellents provoquant l’hilarité du public d’un bout à l’autre du spectacle. Ce spectacle burlesque, quelque peu provocateur, en nous proposant d’ouvrir « le champ des impossibles » surfe à la fois sur un fantasme inavoué et sur une effrayante réalité. Une expérience théâtrale à vivre !
« Tu as passé l’après-midi à la fenêtre du bureau de ta femme en te demandant lequel de vous deux mourrait si tu sautais. » Laurent Schteiner

Hottello
L’un est l’autre, adapté librement du roman Mari et femme de Régis de Sà Moreira ( Au diable Vauvert) par Benjamin Boyer, Marine Montaut et Eric Verdin, mise en scène d’Eric Verdin.

L’un est l’autre, adapté librement du roman Mari et femme de Régis de Sà Moreira ( Au diable Vauvert) par Benjamin Boyer, Marine Montaut et Eric Verdin, mise en scène d’Eric Verdin.

L’un est l’autre est l’histoire singulière d’un couple qui vient de se séparer et qui, au lendemain de cette séparation, vit une expérience « fantastique » : se réveiller, enfermé dans le corps de l’autre. 

Esprit cocasse et loufoque, une métamorphose à résonance comique pour le spectateur et davantage dramatique pour les deux intéressés qui se demandent s’ils ne sont pas devenus fous.

Se sentir dépossédé de son corps – une partie de soi incarnée dans la vie – est une aventure troublante. L’expérience s’annonce d’autant plus étrange, qu’à la place de son propre corps, on est prisonnier d’un corps qui n’est que celui avec lequel on vivait et qu’on avait décidé de quitter. Drôle de stratagème et calcul grotesque de probabilités, un hasard qui évitera la séparation envisagée.

Ce corps aimé d’abord, connu dans une proximité tant formelle qu’intime, corps devenu étranger et insupportable, dont on voulait s’éloigner, incarne un territoire, un horizon, plutôt un emprisonnement. Il reste à ré-apprendre ce corps nouveau pour le faire sien – l’autre en soi et ses réactions -, entre doutes, hésitations et réticences. Se familiariser avec des mains, des jambes et un sexe qui ne sont pas siens : «  Être une sorte de nouveau-né découvrant la gravité, les gravités, ayant à apprivoiser un corps dont on ignore tout, mais qui conditionne désormais notre survie ».

L’acteur fait oeuvre d’art à travers une habileté physique qui montre deux corps, d’abord non maîtrisés, maladroits; puis, la lente exploration conduit l’un à s’épanouir dans le corps de l’autre. :

 « Tu te rends compte qu’à part votre chat personne n’a de doute sur le fait que tu es ton mari ou que ton mari est toi. Tu te sens parfois si gauche dans ce corps que tu te demandes comment les autres peuvent avaler ça mais la plupart des gens semblent considérer qu’une enveloppe corporelle est sûre à cent pour cent. Toi-même tu ne t’étais jamais demandé qui pouvait bien se cacher chaque matin derrière la barbe du vigile de l’accueil, ou à qui tu avais réellement affaire quand tu saluais ta voisine. Aujourd’hui tu ne peux pas t’en empêcher. » 

Le roman est écrit à la deuxième personne du singulier – un monologue intérieur : le héros raconte ce qu’il est devenu, ce qu’il vit dans le corps de sa femme. Dans l’adaptation du roman sont écrites et ajoutées des séquences pour Elle, également – la femme prise dans le corps de l’homme -, imaginant une figure féminine qui vivrait elle aussi cette expérience, en gardant volontairement ce tutoiement. De même, sont convoquées les paroles de la femme dans le corps de l’homme.

Aussi, sur la scène, deux chemins sont-ils privilégiés, à la fois personnels et entremêlés. Chacun des deux dira « tu ». Il se le dira, le dira à l’autre, mais le dira aussi au public. Ce « tu » intime devient sur scène un « tu » plus universel. Ce qui advient aux héros arrive à soi, et ces interpellations multiples accentuent encore les sensations de vertige consubstantielles à l’être. 

Benjamin Boyer – le rôle de Elle dans son corps à Lui et de l’auteur à succès – et Marine Montaut – le rôle de Lui dans son corps à Elle et de la mère célibataire, sous la direction de jeu d’Eric Verdin, n’y vont pas par quatre chemins. Pour la vie professionnelle, l’interprète féminine reçoit l’auteur à succès, remplaçant ainsi son mari éditeur, Lui, captif d’un corps féminin non montrable à l’auteur. Simultanément, l’interprète masculin – l’apparence d’une femme – fréquente la laverie automatique et rencontre les connaissances de son épouse dont une est intéressée par le/la nouvel/le venue.

Qui est qui ? Là est la question qui s’inscrit davantage dans le fort intérieur de chacun que dans les représentations sociales et mondaines qui n’on rien à voir avec toute vérité existentielle

Une fois qu’ils ont quitté leur couche respective – le salon pour Lui et la chambre pour Elle -, tous deux se retrouvent dans la salle de bain – lieu intime et commun où le locataire reste soi, sans mensonges ni métamorphoses ni travestissements, assis sur un siège de toilettes ou au bord de la baignoire. Une scénographie inédite, entre mobilier de salle de bain et lits installés verticalement, que Capucine Grou-Radenez rend ludique et divertissante, la douche faisant office de téléphone.

Avec de beaux draps blancs, signes de repos nocturne et d’accessoires d’accouchement car Elle et Lui attendent un enfant qui naît fils/fille, identité indistincte pour l’heure qui se résoudra plus tard.

Facéties et malices, la voix des interprètes est toujours juste et de belle résonance transgressive qui ne fait qu’amuser le public, invité à sourire et même à rire d’une situation humaine inattendue.


à 18h15 au Girasole
relâches 12, 19 et 26 juillet
L'un est l'autre