Acte 2

Hitchcock & Mary Rosesaison 2027-2028

 

Un thriller haletant, magistral.  

Le Parisien  

La pièce est portée par un trio de comédiens capables des plus belles joies comme des peurs les plus surnaturelles.
Telerama TT

Christophe Lidon ne fait rien pour sauver le célèbre metteur en scène pris dans les rets de la création et son obsession. Certaines scènes créent un malaise. On comprend vite les états d’âme du cinéaste à une époque où son comportement ne posait pas de problèmes (Avant MeToo). Le grand atout du spectacle est sa distribution. En particulier, la performance d’Eric Prat. 
Le Figaro


Christophe Lidon a fait de la belle ouvrage.
Le Canard Enchainé   

Christophe Lidon met en scène ce spectacle à la fois captivant et véridique, servi par des comédiens épatants : Eric Prat, tout en ambiguïté dérangeante, Mélanie Page, fragile mais tenace, et Marjorie Frantz, supporter fidèle et pragmatique de son « Hitch ».
Le Figaro Magazine

Éric Prat est formidable, presque attachant un instant, prédateur glaçant le suivant. Marjorie Frantz campe une Jay Presson Allen vive et piquante. Mélanie Page rayonne. Sa Tippi Hedren conserve l'élégance impeccable de l'héroïne hitchcockienne.
Challenge

Remarquable et Hitchcockien !
Vaucluse Matin

Puissant et inattendu, on a adoré.
La Provence
 

L'excellent travail de mise en scène donne du relief à ce jeu du chat et de la souris.
Femme Actuelle

Un spectacle fascinant et d'une tension ininterrompue.
Froggy's Deligt  

Une pièce stupéfiante. Sensationnel ! 
Théâtral Magazine

Un enchantement esthétique.
Coup d'oeil

C'est jubilatoire en tout !
Tatouvu

C'est totalement captivant.
L'Affiche 


La mise en scène de Christophe Lidon est subtile. 
Les comédiens brillent par l’excellence de leur interprétation.
Sur les planches 


Une pièce raffinée, intelligente, émouvante pour un hommage réussi au maître du suspense.
Le billet de Bruno

Christophe Lidon signe ici une mise en scène créative, ludique et pleine de suspense, digne du maître du genre.
Culture Tops 



La face cachée du Maître du suspense


Alfred Hitchcock réunit la scénariste JP Allen et la comédienne vedette Tippi Hedren, juste avant le tournage de "Pas de printemps pour Marnie", pour leur faire découvrir un projet mystérieux :
un scénario inspiré de l’histoire fantastique de Mary Rose, par l’auteur de Peter Pan.

La lecture privée de ce scénario ouvre des portes sur la psyché tourmentée du maestro...

Pourquoi a-t-il choisi cette œuvre ?
Quel est le lien puissant qui le relie à Mary Rose ?

Comment Tippi Hedren, sa star devenue la proie d’une libido inassouvie, va-t-elle réagir face à l’emprise d’Alfred ?

Le duel va se jouer à fleurets non mouchetés.


de Michael Sadler

mise en scène et scénographie Christophe Lidon

avec
Melanie Page
Eric Prat
Marjorie Frantz


lumières Cyril Manetta
musique Cyril Giroux
vidéo Léonard
costumes Jean-Daniel Vuillermoz
assistante à la mise en scène Mia Koumpan

production François Volard Acte 2
Création CADO Orléans Centre national de création Orléans - Loiret


Galerie photos


Le Figaro

Incarné avec brio par Eric Prat, le maître du suspense en prend pour son grade dans la pièce de Michael Sadler. 

Comme l’indique l’image en fond de scène, nous sommes dans une suite du Château Marmont, mythique hôtel californien. Alfred Hitchcock (impressionnant Eric Prat) reçoit « J.P. », Jay Presson Allen (fantastique Marjorie Frantz). Le maître du suspense tente de convaincre la scénariste de Pas de printemps pour Marnie dont le tournage a été repoussé d’adapter au cinéma, Mary Rose, la pièce de James Matthew Barrie qu’il a découverte plus jeune. Elle raconte l’histoire d’une enfant qui disparaît et semble avoir perdu la mémoire lorsqu’elle est retrouvée.

Les deux personnalités attendent Tippi Hedren devenue célèbre depuis que le réalisateur britannique l’a dirigée dans Les Oiseaux (1963). Christophe Lidon qui signe par ailleurs le décor s’est passionné pour l’histoire de Hitchcock & Mary Rose, une pièce inspirée de faits réels de Michael Sadler. Il pose le sujet avec force détail, exploite jusqu’à l’excès le procédé de mise en abyme par le biais des vidéos en couleurs et en noir et blanc (Cyril Manetta) et des sons (Cyril Giroux).

Il présente ses trois protagonistes, puis s’attarde sur la personnalité monstrueuse du réalisateur décédé en 1980. Entre réalité ; les répétitions de la pièce pour le futur long-métrage, et les cauchemars, il dresse de lui un portrait négatif sans nuances : un prédateur sexuel, imbu de lui-même, narcissique, répugnant enfin. Michael Sadler avait sans doute lu Tippi : A memoir, la biographie de Tippi Hedren parue en 2016. Aujourd’hui âgée de 96 ans, la comédienne affirmait qu’Hitchcock avait essayé de l’embrasser à l’arrière de sa limousine et l’avait harcelée lors du tournage des Oiseaux.

Le grand atout du spectacle est sa distribution. En particulier, la performance d’Eric Prat. L’acteur sue à grosses gouttes dans le costume du personnage salace qui harcèle l’actrice. Mélanie Page qui sera également Mère Ubu en septembre au théâtre de Paris prête son visage d’ange à l’actrice blonde avec finesse. Le réalisateur s’empare du moindre prétexte pour l’humilier. Il lui rappelle notamment qu’il l’a repérée dans des publicités. Sur le plateau, l’objet de son désir se défend comme il peut. J.P. intervient pour protéger la « blonde masochiste », mais plutôt mollement. Hitchcock lui a demandé d’actionner une clochette pour le rappeler à l’ordre dès qu’il donne des signes ...d’excitation.

Christophe Lidon ne fait rien pour sauver le célèbre metteur en scène pris dans les rets de la création et son obsession. Certaines scènes créent un malaise. On comprend vite les états d’âme du cinéaste à une époque où son comportement ne posait pas de problèmes (Avant MeToo). Il ne fera pas le film dont il rêvait depuis trente ans, tant mieux pour Tippi Hedren. Quant à nous, on ne regardera plus ses films de la même façon.


Challenge

Mêlant fiction et réalité, l'histoire de l'emprise du cinéaste sur une actrice résonne avec notre époque.

Une porte, un canapé, une table. Quelques meubles suffisent à faire surgir le Château Marmont, à Hollywood. Alfred Hitchcock y retrouve sa scénariste Jay Presson Allen et sa muse, Tippi Hedren. Le tournage des Oiseaux, qui ont fait de la comédienne une star, vient de s'achever et celui de Pas de printemps pour Marnie est retardé. Le cinéaste met ce temps suspendu à profit pour ressortir Mary Rose, étrange pièce fantastique de J. M. Barrie qu'il rêve d'adapter. Une séance de travail s'organise. Très vite, le huis clos déraille.

Hitchcock a de l'appétit et Tippi Hedren est à son goût. Il charme, insiste. Elle esquive, menace de partir, revient, lui tient tête. Le maître n'aime guère qu'on lui dise non. Maintenue sous contrat mais sans emploi, l'actrice verra sa carrière brutalement freinée. Michael Sadler tient là une matière en or. Si son texte manque parfois de relief et malgré quelques longueurs, il fait tomber le masque. Derrière la légende surgit un ogre obsédé par son désir, habitué à ce que tout lui cède et prêt à user de son pouvoir lorsqu'une femme lui résiste.

La mise en scène de Christophe Lindon éclaire les rapports de force. Fiction, fantastique et réalité se télescopent. Éric Prat est formidable, presque attachant un instant, prédateur glaçant le suivant. Marjorie Frantz campe une Jay Presson Allen vive et piquante. Mélanie Page rayonne. Sa Tippi Hedren conserve l'élégance impeccable de l'héroïne hitchcockienne. La muse s'efface derrière une femme qui refuse de céder. Soixante ans plus tard, l'histoire n'a rien d'une anecdote. Le maître du suspense savait instaurer la peur. Mais face à une femme qui lui tient tête, le voilà réduit à son sexisme le plus brutal.


Télérama TT
Deux histoires enchâssées qui se rejoignent subtilement. Le grand réalisateur Alfred Hitchcock a du temps à tuer avant son prochain tournage et s'intéresse à un étrange scénario : sur une île écossaise, une mystérieuse femme, Mary Rose, disparaît par deux fois, semblant defer le temps et ses effets. Dans sa suite de l'hôtel Château Marmont, à Hollywood, le cinéaste convoque sa scénariste fétiche, JP Allen, et une comédienne en vue, Tippi Hedren, pour préparer son rendez-vous du lendemain avec son agent. Il veut le convaincre de faire le film. Mais l'œuvre semble le dévorer ; à mesure que la lecture progresse, ses vues libidineuses sur Tippi Hedren/ Mary Rose deviennent matière à effroi... La pièce de Michael Sadler, que met ici en scène Christophe Lidon est portée par un joli trio de comédiens capables des plus belles joies comme des peurs les plus surnaturelles.

 

Le Parisien

Hitchcock & Mary Rose : la part d’ombre du maître

Dans une chambre d’hôtel, le vieux maître du suspense reçoit Tippi Hedren, la star des « Oiseaux » et de « Pas de printemps pour Marnie », sa star à qui il tente d’imposer un nouveau film. Elle n’en peut plus des avances répétées et des assauts du réalisateur qu’on découvre ici sous un autre jour. Mais elle est sous contrat et semble vouloir lui laisser une dernière chance.

À la lecture du récit, « Mary Rose », qu’il entend tourner, le parallèle avec les relations troubles qu’il entretient avec l’actrice est criant. Au fil de la lecture, incarnée, puissante, on comprend l’emprise qu’il tente de maintenir et l’obsession qui est la sienne pour la jeune femme. Dans cette chambre, un huis clos presque horrifique se met en place où fantasmes et réalité se mêlent dans un thriller haletant porté par Mélanie Page, Marjorie Frantz et Éric Prat, magistral.

Le Canard enchainé

Éric Prat n’est pas allé jusqu'à s’empiffrer exagérément pour s'avantager d'une aussi vaste bedaine que celle du maître, mais la sienne est confortable, et, avec le pantalon remonté au-dessus du nombril, le tour est joué : voilà bien Hitchcock en majesté. Ajoutez une perpétuelle lippe d'enfant boudeur, une voix de gorge profonde s'attardant sur les graves, des lenteurs d'éléphant, des reparties goguenardes et une misogynie épaisse... Ne manque que le cigare, mais qui ose encore fumer sur un plateau ?

Signée du très parisien auteur anglais Michael Sadler, la pièce repose sur des faits réels. Au début des années 1960, Hitchcock a vraiment cherché à tourner avec Tippi Hedren un scénario tiré de « Mary Rose », de J. M. Barrie (le créateur de Peter Pan), un livre qui le hantait. Mais Universal trouva son projet trop « perturbant ».

Un soldat entre dans une maison vide. Flash-back, nous voilà trente ans en arrière, dans la même pièce, meublée cette fois, où vit une famille composée de Mary Rose et de ses parents. Un lieutenant de marine vient demander la main de la jeune femme. Les parents la lui accordent mais lui confient en secret que, à l'âge de 10 ans, lors de vacances sur une île écossaise, Mary Rose a disparu quatre jours, puis a réapparu, sans s 'être apparemment rendu compte de quoi que ce soit…

Absence mystérieuse, jeu avec le temps, suspense étrange, visite d'un fantôme, méditation sur la jeunesse éternelle… « Ce n'est pas vraiment un "Hitchcock"! » riait le maître en en parlant avec Truffaut, lors de leurs fameux entretiens.

Aux côtés d'Eric Prat, deux actrices. Mélanie Page compose une très exacte et résolue Tippi Hedren, et Mariorie Frantz la futée scénariste J.P. Allen. La pièce commence ainsi : Hitch a convié les deux femmes dans un très chic manoir pour lire et jouer quelques scènes du scénario tiré de « Mary Rose ». On change alors sans cesse de personnage, de lieu et de décor, avec un juste dosage d’incrustations vidéo et les trois acteurs en harmonie ; à la mise en scène et à la scénographie, Christophe Lidon a fait de la belle ouvrage.

La tension, ici, n’est pas policière mais érotique et métaphysique. Hitchcock est un frustré compliqué qui joue lourdement de sa position dominante. La blonde de rêve qu'il croit tenir en son pouvoir lui résiste. Le scénario qui le hante révèle ses propres obsessions…

S’il avait vu le jour, « Mary Rose » aurait été un drôle de film. Derrière tout cela, expliquait le cinéaste, « il y a cette idée exposée flegmatiquement que, si les morts revenaient, on ne saurait absolument pas quoi faire d’eux ». Après les applaudissements, l’actrice Mélanie Page nous rappelle que, depuis, #MeToo est passé par là. Hitchcock lui-même serait un rien encombrant…


Le Figaro Magazine

Il en rêvait depuis toujours ; adapter au cinéma une pièce de l’Écossais J. M. Barrie, l'auteur de Peter Pan. Alfred Hitchcock voit en Mary Rose, héroïne fantastique à tous les sens du terme, un rôle sur mesure pour Tippi Hedren qui vient de tourner dans Les Oiseaux.

Mais la relation entre l'actrice et le réalisateur n'est pas au beau fixe. N’a-t-il pas essayé de l'embrasser de force ? Tippi, d'abord réticente, accepte de répéter avec son mentor et J.P. Allen, la scénariste de ce projet.

C’est une idée originale qu’a eue Michael Sadler. Il raconte un affrontement, une fascination maladive pour une comédienne et pour le personnage qu'elle doit incarner.

Christophe Lidon met en scène ce spectacle à la fois captivant et véridique, servi par des comédiens épatants : Eric Prat, tout en ambiguïté dérangeante, Mélanie Page, fragile mais tenace, et Marjorie Frantz, supporter fidèle et pragmatique de son « Hitch ». Grâce aussi aux effets visuels très réussis, le spectateur découvre non seulement une œuvre oubliée, mais la complexité des jeux de pouvoir. Car en refusant les avances de la légende du 7e art, la star en devenir verra sa carrière détruite. Quant au film, il ne se fera pas...

France Net Info

Avant le tournage de Pas de printemps pour Marnie, Alfred Hitchcock réunit la scénariste Jay Presson Allen et la comédienne Tippi Hedren à l’hôtel Chateau Marmont. Il souhaite faire la lecture d’un nouveau projet, inspiré de la pièce de théâtre Mary Rose de James Matthew Barrie, l’auteur de Peter Pan.

Hitchcock et Mary Rose se vit comme un film du maître du suspens. Une histoire effrayante et bouleversante qui tient en haleine, grâce à un trio de comédiens investis et à la superbe mise en scène de Christophe Lidon. Un bijou esthétique entre une muse apeurée, un ogre manipulateur et une femme de caractère.

La prestation d’Éric Prat est magistrale. Il sublime les tourments obsessionnels d’un Hitchcock acculé dans une perversité créative, sans jamais sombrer dans la caricature. Mélanie Page brille tout autant de justesse, en alternant la fébrilité combattive de Tippi et l’éternelle innocence de Mary Rose. Un duel malsain, au cours duquel Marjorie Frantz s’impose avec une ironie froide pour tempérer les ardeurs de cette lecture. 

Une histoire vraie d’un réalisateur au sommet de sa gloire et d’une île mystérieuse qui restera à jamais un fantasme. Universal Pictures refusa le projet, considérant le sujet comme trop intellectuel. Un échec créatif qui confronte Hitchcock à ses propres démons. « Dieu a inventé les blondes pour être des victimes », mais tel Icare, le maître du suspens chute devant la foi mercantile d’Hollywood. 

JP Allen perçoit cette fuite en avant et se moque de ce scénario fantastique. Pour autant, elle se délecte de la part d’ombre d’Hitchcock. Persuadée d’être la seule capable de pousser le génie dans ses retranchements et de protéger Tippie des griffes de l’ogre. Chacun pense dominer l’autre. Cette ambiguïté perverse du pouvoir trouble les motifs de ce projet avorté. Hitchcock & Mary Rose est un thriller psychologique qui va vous hanter.

Froggy's delight

En 1963, Alfred Hitchcock, alors au faîte de sa gloire, a donné rendez-vous dans un hôtel luxueux à sa scénariste JP Allen et à la vedette montante Tippi Hedren en vue de préparer l'audition devant le chef des studios de son nouveau projet : Mary Rose, l'adaptation d'un texte fantastique de James Matthew Barrie, l'auteur de Peter Pan.

Le trio se lance alors dans la lecture du scénario, Hitchcock incarnant les personnages masculins. Mais le comportement d'Hitchcock avec la jeune comédienne (qui s'apprête à tourner "Pas de printemps pour Marnie" avec lui) et les éléments du scénario, qui rejoignent les obsessions et fantasmes du réalisateur, donnent à la séance une ambiance électrique que JP Allen tente de désamorcer.

Christophe Lidon orchestre avec maestria cette rencontre particulière où la fiction rencontre la réalité dans une ambiance aussi pesante qu'onirique, servie par le beau travail vidéo de Léonard dont les images s'intègrent à la scénographie splendide du metteur en scène ainsi que par les lumières soignées de Cyril Manetta.

Le texte de l'auteur britannique Michael Sadler, inspiré de sa propre expérience, immerge le spectateur au plus près du "Maître du Suspense" dont il n'occulte pas la face sombre. "Hitchcock & Mary Rose" sonne à l'heure de MeToo comme un témoignage édifiant sur les mœurs de l'industrie du cinéma au vingtième siècle chez quelques puissants.

Les trois comédiens excellent à distiller toutes les failles et les ambiguïtés de leurs personnages, rendant ce huis-clos hautement captivant à la manière d'un film du réalisateur.

Eric Prat est un Hitchcock magistral qui impose sa présence imprévisible tout au long de la pièce. Mélanie Page, très convaincante, joue Tippi Hedren avec beaucoup de complexité et de nuances. Enfin, Marjorie Frantzest parfaite en scénariste rodée aux usages d'Hollywood.

Un spectacle fascinant et d'une tension ininterrompue.


Femme Actuelle

La face cachée d'Hitchcock

Souvent, voire toujours, une œuvre aide l'artiste à sublimer ses névroses. Mais il arrive que l'œuvre alimente, entretienne les névroses dans un cercle vicieux. Cette pièce l'illustre à travers la relation tordue d'Alfred Hitchcock avec les femmes, spécialement ses actrices, et parmi elles Tippi Hedren (révélée par Les Oiseaux). Ensemble, ils lisent le scénario d'un film qui ne se fera pas. Il essaie de coincer Tippi, il la tourmente, elle ne se laisse pas faire. L'excellent travail de mise en scène (éclairages, projections...) donne du relief à ce jeu du chat et de la souris, où Éric Prat et Mélanie Page s'affrontent sous l'œil de Marjorie Frantz.

 

Théâtral Magazine

Un trio d’acteurs au sommet pour une pièce fascinante sur l’emprise.

Peu de temps avant le tournage de son chef-d’œuvre Pas de printemps pour Marnie, le réalisateur Alfred Hitchcock (Éric Prat) réunit sa scénariste JP Allen (Marjorie Frantz) et la comédienne Tippi Hedren (Mélanie Page), avec qui il vient de tourner Les Oiseaux. Le réalisateur souhaite leur présenter son nouveau projet auquel il semble très attaché, à savoir un scénario inspiré de l’histoire de Mary Rose, par l’auteur de Peter Pan. Très vite, la curiosité laisse place à l’angoisse, notamment du côté de Tippi Hedren, devenue la proie d’Alfred Hitchcock. Petit à petit, l’emprise du réalisateur se resserre sur son actrice…
Présentée lors de la dernière édition du Festival d’Avignon, Hitchcock et Mary Rose est une pièce stupéfiante. La mise en scène immersive de Christophe Lidon plonge les comédiens, mais aussi les spectateurs, dans un cauchemar de plus en plus oppressant. À l’ère post #MeToo, l’emprise d’Alfred Hitchcock (interprété par un Éric Prat bluffant) sur Tippi Hedren prend un tout autre sens. L’une des autres bonnes surprises de ce spectacle reste le personnage de la scénariste JP Allen, personnage méconnu de ce troublant jeu de massacres qui, hélas, n’avait rien d’un film. Sensationnel ! 


R42 culture gourmande !

Derrière la légende, il y a toujours un homme. C’est précisément ce que nous rappelle cette pièce signée Michael Sadler et mise en scène par Christophe Lidon : non pas le cinéaste adulé dont les œuvres jalonnent l’histoire du septième art, mais un vieillissant despote aux pulsions incontrôlables, rattrapé par ses propres démons. 
Hitchcock et Mary Rose s’avère être bien davantage qu’une simple évocation nostalgique du Hollywood doré des années soixante, c’est une plongée vertigineuse dans les mécanismes de l’emprise et de la domination. Il y a une résonnance certaines avec les scandales qui ont secoué l’industrie du divertissement des décennies plus tard.

Nous sommes en 1964. Dans la suite feutrée du Château Marmont, le cinéaste au faîte de sa notoriété réunit la scénariste Jay Presson Allen et sa protégée du moment, Tippi Hedren. Le but est de préparer la présentation du projet Mary Rose, adaptation d’une œuvre de J.M. Barrie, le père de Peter Pan, devant le tout-puissant Lew Wasserman. La répétition va déraper et virer au cauchemar pour Tippi Hendren.
Le dispositif dramaturgique imaginé par Sadler est habile : La répétition à huis clos devient le théâtre d’une double narration : les scènes du film s’entremêlent à la réalité de plus en plus oppressante de la chambre d’hôtel, créant un jeu de miroirs saisissant entre la fiction et les agissements du réalisateur. Les thèmes du scénario (la disparition, le temps suspendu, la possession) éclairent les dérives du cinéaste.
Christophe Lidon signe une mise en scène élégante visuellement et fluide. Tout concourt à immerger le public dans une atmosphère résolument cinématographique. Le trio de comédiens constitue sans conteste le cœur battant du spectacle. Éric Prat compose un Hitchcock d’une troublante crédibilité : silhouette imposante, regard oscillant entre la prédation et une fausse naïveté, il restitue avec une précision saisissante les contradictions d’un génie aux pieds d’argile. Mélanie Page incarne Tippi Hedren avec justesse : d’abord soumise aux injonctions du maître, elle se révèle dans les instants de rébellion, traduisant avec intensité la détresse d’une femme acculée qui choisit finalement de résister. Marjorie Frantz, en scénariste aguerrie naviguant entre ironie cinglante et solidarité féminine, apporte à l’ensemble une respiration bienvenue et un contrepoint savoureux.

Théâtre & moi

Il est de ces personnages que l’on ne présente plus. Pourtant, une fois sortis, vous aurez l’impression de mieux le connaître. Entre génie et zones d’ombre, cette pièce vous racontera Alfred Hitchcock comme vous ne l’avez jamais vu. Une œuvre fine et captivante qui ne manquera pas d’éveiller votre curiosité !

Rares sont les pièces permettant de combiner récit d’une histoire, d’un homme et d’une époque : Hitchcock et Mary Rose en fait partie. Le spectateur est plongé aux côtés du maître du suspense et de sa muse : Tippi Hedren pour assister à la conception d’un nouveau film : Mary Rose. Confronté au génie d’Hitchcock, il est aussi mis face à sa part sombre, notamment lorsqu’il s’agit de la relation dérangeante entre le réalisateur et son actrice.

L’œuvre nous transporte dans l’univers hollywoodien, et les projections vidéo aux murs nous font osciller entre le monde du théâtre et celui du cinéma. Comme dans un film, nous découvrons l’histoire de Mary Rose, reprise du roman de James Matthew Barrie (auteur de Peter-Pan), puis nous revenons à la scène, au personnage d’Alfred Hitchcock ; à ses interactions avec Tippi Hedren et ses écarts incontrôlés.

Le spectateur est autant saisi par la complexité d’un génie qu’il est troublé par les insupportables tolérances du Hollywood des années 60. La pièce avance, l’histoire suit et la fiction se confond avec la réalité. Hitchcock déraille mais il persiste pour présenter son film à Lew Wasserman, directeur d’Hollywood. Alors, un refus et tout bascule. Le réalisateur-roi est désavoué car son projet est abandonné.

L’occasion de revenir sur l’héritage cinématographique d’Alfred Hitchcock. Y aurait-t-il un avant et un après Mary Rose ? Quel avenir pour Tippi Hedren ?

L’œuvre est éblouissante par sa clarté, elle retrace fidèlement les inspirations d’un immense réalisateur et les répliques d’une actrice qui sait tout devoir à un homme sans pour autant céder à ses pulsions. L’interprétation de Tippi Hedren par Mélanie Page, d’Hitchcock par Eric Prat et de JP Allen par Marjorie Frantz est réussie tant les acteurs incarnent physiquement leurs personnages. Enfin, le texte est beau et les questions qui s’en dégagent sont, c’est le cas de le dire, très contemporaines…


Les Boomeuses

Et si, derrière le génie Hitchcock, se cachait un homme beaucoup moins fascinant que ses films ? C’est tout le sel de Hitchcock et Mary Rose, la pièce de Michael Sadler mise en scène avec une redoutable efficacité par Christophe Lidon au théâtre de l’Oeuvre.

Nous sommes en 1964, dans une suite du mythique Château Marmont. Alfred Hitchcock vient de tourner Les Oiseaux et prépare Pas de printemps pour Marnie. Mais, dans sa tête, une autre obsession revient : Mary Rose, une œuvre fantastique de J. M. Barrie, l’auteur de Peter Pan, qu’il rêve d’adapter au cinéma depuis des années.
Pour travailler sur ce projet, il convoque sa scénariste, Jay Presson Allen, et Tippi Hedren, sa nouvelle blonde hitchcockienne. Et c’est là que le joli vernis hollywoodien commence sérieusement à se craqueler.

Hitchcock et Mary Rose raconte moins la naissance d’un film que celle d’un malaise

Le cinéaste veut tout contrôler : le scénario, les images, les corps, les personnages… et surtout la femme qui les incarne. Tippi Hedren devient peu à peu autre chose qu’une actrice : une créature qu’il entend façonner, posséder, diriger jusque dans son intimité.

Le génie devient alors prédateur

Et c’est précisément là que la pièce trouve sa force : elle ne cherche pas à déboulonner Hitchcock en bloc. Elle nous oblige à regarder ensemble les deux faces du personnage. D’un côté, le cinéaste immense, celui qui a inventé une grammaire du suspense et fait du cinéma un art de la manipulation du regard. De l’autre, un homme prisonnier de ses propres fantasmes, incapable de comprendre que l’actrice qui se trouve devant lui n’est pas un personnage de film.

Christophe Lidon a eu la bonne idée de ne pas enfermer la pièce dans un simple face-à-face psychologique. Sa mise en scène joue avec les codes du cinéma hitchcockien : projections immersives, lumières superbes, musique envoûtante, apparitions, changements de réalité. La scène devient tour à tour plateau de tournage, salle de projection, chambre mentale et terrain de chasse.

Le théâtre se met à faire du Hitchcock. Et c’est terriblement réjouissant, d’autant que le spectacle bénéficie d’un trio d’acteurs particulièrement convaincant.

Un trio d’acteurs particulièrement convaincant

Éric Prat compose un Hitchcock inquiétant sans tomber dans l’imitation caricaturale. Il en restitue la silhouette, le poids, la gourmandise, mais surtout cette façon délicieusement perverse de transformer une conversation banale en piège. Il y a chez lui quelque chose d’enfantin et de monstrueux à la fois : un homme habitué à ce que le monde entier se plie à son imaginaire et qui découvre, avec une certaine stupeur, qu’une femme peut lui dire non.
Face à lui, Mélanie Page donne à Tippi Hedren une fragilité qui n’est jamais faiblesse. Son personnage commence par entrer dans le jeu du maître, avant de comprendre progressivement qu’elle en est devenue le sujet. Ses silences, ses regards, ses résistances racontent parfois davantage que les mots. Et puis il y a Marjorie Frantz, formidable Jay Presson Allen, qui apporte à ce duel une troisième voix. Elle observe, comprend, intervient. Elle n’est pas seulement la scénariste : elle est presque notre double sur scène, celle qui voit ce que le spectateur commence à comprendre.

Mary Rose est aussi un étrange miroir

Cette histoire de femme qui disparaît, revient, semble échapper au temps et demeure mystérieusement liée à son enfance, fait résonner les obsessions d’Hitchcock. Comme si le réalisateur avait trouvé dans l’œuvre de Barrie une histoire qui lui permettait de poursuivre ses propres fantômes : la jeunesse, le désir, la disparition, la femme idéalisée… et le temps qui passe.

Le projet de film devient ainsi le théâtre des obsessions du cinéaste. Et c’est probablement ce qui rend la pièce plus intéressante qu’une simple chronique d’un épisode méconnu de la carrière d’Hitchcock. Elle parle évidemment de cinéma, mais aussi de pouvoir. Du rapport entre un créateur et sa créature. De cette frontière dangereuse où la direction artistique devient emprise.

Un sujet qui résonne fortement aujourd’hui

Mais la pièce ne se contente pas d’appliquer rétrospectivement nos lunettes contemporaines sur Hollywood. Elle laisse surtout apparaître, derrière la légende, un homme qui supporte mal de ne plus maîtriser son propre scénario. Et voilà peut-être le plus beau clin d’œil de la soirée : le maître du suspense se retrouve lui-même pris dans un scénario qu’il ne contrôle plus.

Avec Hitchcock et Mary Rose, Christophe Lidon signe  un spectacle élégant, cinématographique et troublant, qui réussit le pari délicat de nous faire entrer dans la tête d’un génie tout en nous donnant quelques bonnes raisons d’en sortir.

On y retrouve Hitchcock, ses blondes, ses obsessions, ses silences et son humour noir. Mais cette fois, la caméra est braquée sur lui. Et le voilà, pour une fois, confronté à un scénario qu’il ne maîtrise pas tout à fait.
Comme quoi, même Hitchcock pouvait se faire surprendre.


Regard en coulisse

Alfred Hitchcock réunit la scénariste Jay Presson Allen et la comédienne vedette Tippi Hedren, juste avant le tournage de Pas de printemps pour Marnie, pour leur faire découvrir un projet mystérieux : un scénario inspiré de l’histoire fantastique de Mary Rose, par l’auteur de Peter Pan.

La séance de travail ouvre des portes sur la psyché tourmentée du maestro... Pourquoi a-t-il choisi cette œuvre ? Quel est le lien puissant qui le relie à Mary Rose ? Comment Tippi Hedren, sa star devenue la proie d’une libido inassouvie, va-t-elle réagir face à l’emprise d’Alfred ? Le duel va se jouer à fleurets non mouchetés.

Le réalisateur Alfred Hitchcock, désœuvré en attendant le tournage de son prochain film Pas de printemps pour Marnie, a imaginé un projet qui pourrait déboucher sur un futur long-métrage. Il convoque dans la suite de son hôtel à Hollywood sa scénariste fétiche Jay Presson Allen ainsi que la comédienne Tippi Hedren, avec laquelle il avait tourné Les Oiseaux.

La lecture censée convaincre l'actrice d'accepter le rôle s'avère assez effrayante : dans ce réalisme saisissant, deviendrait-elle la victime d'un prédateur sexuel ? Bien avant l'heure de #MeToo, le voile se lève sur un sujet tabou, impensable à évoquer dans ces années (nous sommes en 1964) au risque de briser une carrière.

Nous assistons à la progression de cette journée entre curiosité et effroi, partagée par des protagonistes pris au piège d'un despote bien déterminé à arriver à ses fins... L'histoire fantastique de Mary Rose saura-t-elle finalement convaincre la comédienne à envisager le rôle ?

Jolie découverte du Festival Off d'Avignon, le spectacle trouve parfaitement sa place dans la salle intime du Théâtre de l'Œuvre qui l'accueille cet automne.

L'intrigue peut sembler trop légère pour alimenter la soirée et tenir suffisamment le spectateur en haleine. Le contrat s'avère néanmoins parfaitement rempli grâce à une mise en scène vive et précise – quasiment cinématographique –, orchestrée par Christophe Lidon qui dirige ses acteurs avec un respect total pour leur personnalité et de leur emploi (Darrieux, Brasseur, Lebrun, Hirsch et bien d'autres ont fait les beaux soirs de mémorables spectacles depuis plus de trente ans).

La Provence

Puissant et inattendu. On a adoré.

C'est une histoire méconnue du grand public dont Michael Sadler a tiré une pièce mise en scène aujourd'hui dans sa version française par Christophe Lidon. Une des affaires MeToo du cinéma hollywoodien cachée aux yeux du monde qui incrimine Alfred Hitchcock qui harcela sa comédienne vedette Tippi Hedren, dont il brisa la carrière après qu'elle ait refusé ses avances.

Nous sommes juste avant le tournage de "Pas de printemps pour Marny" et Hitchcock a réuni la scénariste JP Allen et sa comédienne fétiche pour leur présenter un scénario inspiré de la pièce "Mary Rose" de James Matthew Barrie, l'auteur de Peter Pan.

Sur le plateau Hitchcock est incarné par Eric Prat surpuissant, dont la ressemblance physique avec Hitchcock est ici frappante. Marjorie Frantz se glisse dans la peau de JP Allen avec une énergie toute féline.

Bouleversante Melanie Page donne à Tippi Hedren toute sa dimension tragique. Se jouant de la chronologie, dans des décors rappelant les grands récits de l'enfance, Christophe Lidon en maître artificier du suspense théâtral dévoile, par scènes courtes dont beaucoup liées aux cauchemars du créateur, les faits et les gestes d'un homme sans scrupules dont le combat à fleurets mouchetés avec sa victime est digne justement d'un film hitchcockien.

La Terrasse
Une histoire d’emprise, un #Meetoo avant l’heure, mais également le portrait d’un homme torturé confronté à ses échecs et à sa finitude : voilà tout ce qui tient dans Hitchcock et Mary Rose. Fort bien écrite par Michaël Sadler et mise en scène avec efficacité par Christophe Lidon, la pièce est servie par une distribution superbe.

C’est Hitchcock comme on n’a pas l’habitude de le voir : pas le génie qui enchaîne les chefs-d’œuvre, mais le vieux réalisateur au soir de sa gloire, l’homme tourmenté derrière le mythe, le pervers qui tente d’abuser de son pouvoir. Et une histoire qu’on n’a pas l’habitude d’entendre : la façon dont il tenta de mettre sous son emprise l’actrice du film Les Oiseaux, Tippi Hedren, qui refusa ses avances et dont il brisa la carrière en représailles. C’est cet épisode glaçant que montre Hitchcock et Mary Rose, un titre qui semble indiquer que le sujet de la pièce est le réalisateur, mais dont l’héroïne se révèle être plutôt l’actrice. Mary Rose, d’après le film qu’Hitchcock voulut tourner après Marniemais qui ne vit jamais le jour, et dont le scénario offre un aperçu dérangeant des obsessions qui animaient l’homme. La pièce, redoutablement bien écrite, fonctionne sur le principe du récit dans le récit : le huis clos d’une répétition dans une chambre d’hôtel permet de traverser un florilège de scènes de Mary Rose. La prédation sexuelle qu’Alfred inflige à Tippi se trouve ainsi mise en abîme avec le scénario du film, tiré d’une pièce écrite par J. M. Barrie, l’auteur de Peter Pan, à la fois fantastique et sombre.

Associer le vieux prédateur à l’artiste

La distribution est épatante. Éric Prat campe un Hitchcock complètement crédible, dévoré par d’étranges obsessions, inquiétant. Marjorie Frantz joue J.P. Allen avec finesse, une scénariste qui vient désamorcer la tension en maniant le second degré comme un scalpel. Melanie Page, qu’on a un peu de mal à trouver crédible en jeune ingénue, impressionne quand elle campe une Tippi Hedren acculée au désespoir, qui trouve la ressource pour échapper à l’emprise du vieux réalisateur. La mise en scène, d’un grand classicisme, a indubitablement quelque chose de cinématographique, entre les couleurs saturées dignes d’un film colorisé et les lumières qui serrent habilement sur les personnages. Mais quel dommage d’avoir cédé à la tentation de projeter en fond de scène des images de synthèse, probablement faites avec une IA générative, qui viennent inutilement illustrer ce que le texte permet déjà d’imaginer. Cela tranche avec la scénographie sobre et élégante qui sert très bien ce texte intelligent qui mérite qu’on lui accorde toute son attention. À part ce faux pas, une pièce avec du fond, très bien interprétée, parfaitement recommandable.


Vaucluse Matin

Hitchcock & Mary Rose, spectacle mis en scène par Christophe Lidon d'après l'œuvre de l'auteur anglais Michael Sadler, plongé le public dans l'univers d'Hitchcock.

Ce dernier s'est entouré de la scénariste Jay Presson Allen et l'actrice Tippi Hedren. Pour leur faire découvrir un projet mystérieux : un scénario inspiré de l'histoire fantastique de Mary Rose.

La lecture privée de ce scénario va révéler la face cachée du maitre du suspense en mettant en lumière son comportement déviant et abusif, ses obsessions et ses fantasmes. Éric Prat est excellent

dans le rôle d'Hitchcock qui harcèle l'actrice. Melanie Page dans la peau de Tippi amène sa fraicheur, sa grâce et le tempérament de la femme qui résiste face aux assauts du réalisateur, Marjorie Frantz met en lumière celle qui voit tout mais qui se garde bien d'intervenir. Remarquable et Hitchcockien !


Coups d'Œil

Le metteur en scène Christophe Lidon nous plonge dans un univers résolument hitchcockien, donnant à entendre les obsessions du maître du suspense : sa fascination pour Tippi Hedren et son désir inassouvi d’adapter la pièce Mary Rose de James Matthew Barrie, qui explore le thème de la jeunesse éternelle face au temps qui passe.

L’auteur anglais Michael Sadler (Brexit sentimental) s’est inspiré d’une authentique histoire pour tisser la trame de sa pièce. En 1964, Alfred Hitchcock est au sommet de sa gloire. Il vient d’achever le film Les oiseaux. Sa prochaine réalisation, Pas de printemps pour Marnie, a été repoussée. Il profite de cette pause forcée pour remettre à l’ordre du jour ce projet qui lui tient à cœur, Mary Rose, une pièce du père de Peter Pan, qu’il a découverte dans sa jeunesse lors de sa création en Angleterre.

Le passé ne meurt pas

L’action se déroule dans la suite du Château Marmont, le mythique hôtel d’Hollywood. Hitchcock a convoqué la scénariste Jay Presson Allen et sa comédienne fétiche du moment, Tippi Hedren. Tous les trois vont préparer la lecture qu’ils doivent faire le lendemain devant Lew Wasserman, le légendaire magnat du cinéma hollywoodien.

Pour bien comprendre le contexte de la pièce, l’auteur ouvre son récit par des dialogues un peu trop explicatifs. Une fois ce passage obligé franchi, la dramaturgie prend toute son ampleur. L’intrigue se déploie sur deux plans : d’un côté, la lecture de Mary Rose, la pièce alors inédite en français ; de l’autre, la relation ambiguë qu’entretient le maître avec sa comédienne. Empêché de réaliser ce film, jugé trop intellectuel par les studios, et incapable de posséder cette femme sublime qui finit par se rebeller, le cinéaste tout puissant se heurte à ses propres limites. L’auteur brosse ainsi le portrait d’un Hitchcock confronté à l’échec, tant sur le plan artistique que personnel.

Un enchantement esthétique

Entouré de son équipe technique habituelle, Christophe Lidon signe un objet théâtral remarquable. Il entraîne le spectateur sur plusieurs plans à la fois : dans l’esprit du maître du suspense et au cœur des images suscitées par la lecture de Mary Rose.  Le voyage en train, l’île mystérieuse des Hébrides, la maison des parents traversant le temps, surgissent en une succession de fondus enchaînés. Lorsque l’action revient à la réalité, dans la suite du palace, l’esthétique demeure celle d’un cinémascope aux couleurs somptueuses. Tout concourt à recréer l’univers des films d’Alfred Hitchcock.

Un trio d’experts

Silhouette massive, regard de prédateur ou d’enfant capricieux, Éric Prat possède les nuances nécessaires pour incarner le réalisateur. Sa prestation de cet ogre aux pieds d’argile est marquante. Brindille blonde et fragile, Melanie Page est très convaincante en Tippi Hedren. Ses regards apeurés ou plein d’incompréhension expriment admirablement les tourments que lui fait subir le réalisateur. Docile lorsqu’elle suit ses indications pour le personnage de Mary Rose, elle n’hésite pas à se rebeller quand il s’attaque à sa personne.

Dans le rôle de la scénariste qui connaît les rouages du métier, Marjorie Frantz impressionne par son sens de la rupture et la richesse de sa palette de jeu. Cette femme de caractère n’hésite pas à rabrouer le maître, tout en prenant la défense de la « blonde masochiste ». Formant un ensemble parfait, tous font entendre la partition de cette pièce qui, à l’image d’une musique de film hitchcockienne, accompagne la comédie du pouvoir, l’élan de la création et le drame de l’emprise.

Culture Tops

Une histoire méconnue du cinéma américain sur un film réalisé par le maître du suspense.

L'histoire de l'emprise du monstre du cinéma sur une actrice fragile soumise au dictat d'une légende qui sut la première dénoncer ses abus.
Ici trois interprètes formidables donnent vie à des personnages troubles dont la connivence n'est que de façade mais toute imprégnée d'enjeux personnels souvent peu avouables. Compromission, manipulation, révolte craquèlent le vernis d'un Hollywood au vernis clinquant. Le voile se lève sur l'image plus obscure d'un réalisateur à l'aura incontesté mais aux méthodes plus que contestables mais qui va vivre la plus grande humiliation de sa vie.
Dans le rôle du maître, Eric Prat est tout simplement prodigieux de machiavélisme sadique, usant tour à tour de perversité et d'humour, incarnant sans singer un Hitchcock plus vraie que nature, Marjorie Frantz est la parfaite incarnation d'une femme aussi ambitieuse que vigilante mais consciente des limites de son action et Melanie Page donne à son rôle de Tippi Hedren, la fragilité et la force de celle qui sut incarner la première lanceuse d'alerte sur l'emprise abusive des réalisateurs sur les actrices.

Christophe Lidon signe ici une mise en scène créative, ludique et pleine de suspense, digne du maître du genre.


Tatouvu

Hitchcock/Lidon ou la rencontres de deux maîtres incontestés.
Quand deux monstres sacrés se rencontrent, qu'est-ce qu'ils se racontent... ? Vous imaginez la suite.
Du haut de Sa Suffisance, le Grand Alfred ne se serait pas forcément penché sur le cas Lidon. En revanche, le Grand Christophe Lidon l'a fait. Et bien fait. Entre théâtre et cinéma, vous allez plonger dans la psyché de ce « deus ex machina » de Hollywood.
Et c'est juste... jubilatoire !

Ça vous dirait de découvrir une lecture privée d'un scénario mis sous le boisseau depuis des lustres ?
Ce n'est pas hollywoodien, cela n'a rien à voir avec « Les dix Commandements ». Ici, pas de tralala, de décors grandioses, tout est simple : ambiance cosy-chic d'un grand hôtel, joli canapé, petit bureau, fauteuil, une porte qui s'ouvre sur un grand écran en fond de scène, des éléments sonores et visuels. Non, de commandements, il n'y en a qu'un : celui du Maître, interrompu parfois par une clochette qu'agite la scénariste-maison J.P. Allen, la seule qui reste et supporte, juste en maugréant, les travers (de porc ?) du réalisateur libidineux. Cette clochette a valeur symbolique d'avertissement. Ne pas dépasser la ligne blanche.
Bon, Ça vous dit ? Moi aussi. En anglais. Me too. Et voilà, nous y sommes ! Cher public, que vous soyez féministe ou non, vous allez assister au premier « Me-too » de l'histoire du cinéma américain. Sous couvert de lire un scénario inspiré de l'histoire de « Mary Rose », écrite par l'auteur de Peter Pan, le vénéneux et habile Hitchcock va s'appuyer pour le jeu de la méthode (« The Method »), celle développée par Stanislavski, reprise à l'Actor's Studio par Strasberg, pour assouvir ses propres fantasmes. Pour faire court, il ne s'agira pas pour sa blonde - comme diraient nos cousins Québécois - de faire semblant, mais de jouer vraiment, d'incarner le personnage.
On connait tous son fantasme pour les blondes (pas les cigarettes, bien que l'ogre pourrait les consommer aussi vite), de Kim Novak à Grace Kelly en passant par Eva-Marie-Saint sans oublier celle qui nous intéresse aujourd'hui : Tippi Hedren, Tippi la fondeuse, celle qui osera se refuser à lui, jusqu'au bout, celle dont le machiavélique Alfred finira par briser sa carrière.
En somme, Hitchcock préfigurait les Weinstein, Epstein d'aujourd'hui, ces hommes auréolés d'un pouvoir absolu, qui généraient des recettes faramineuses et devenaient de fait « intouchables ». Toucher, en revanche, était leur moteur, c'est donc sournoisement qu'en interprétant les différents personnages du scénario il essaie de voler, qui un baiser, qui une étreinte qui...Le tout, sous le regard de connivence, à peine marri, de la scénariste. Il n'est qu'à relire les archives pour attester la mysoginie - d'aucun diront, mâtinée d'humour - du réalisateur : « Dieu a créé les blondes pour en faire des victimes » ou encore « Irresponsable et infantile, vous avez tout pour faire une excellente comédienne ». Même devenue spectre dans la pièce, Tippi Hedren alias Mary Rose subira les derniers assauts du Maître du suspense. Chant du cygne pour ce dernier qui, en voulant tourner cette œuvre très « personnelle » se verra refuser son scénario. Fin de l'emprise, l'armure se fend, le mythe est déboulonné.
C'est jubilatoire en tout ! Par la scénographie qui nous plonge entre théâtre et cinéma, par la bande sonore et le travail sur les lumières et, last but not least, par la distribution : le génial Eric Prat se voit offrir un rôle à sa (dé)mesure : il incarne Hitchcock sans l'imiter, se contentant d'accentuer la lippe et la démarche lourde mais assurée, la bouche est gourmande et humide, l'œil concupiscent, malicieux, diabolique et le phrasé...jubilatoire.
Marjorie Frantz - iconique Merteuil - est comme toujours impeccable et convaincante. Quant à Melanie Page, elle est une Mary Rose à la fois faible et forte, éthérée, fragile, angélique et rebelle. Courageuse, elle n'abdique en rien et retrouve sa dignité en échappant aux griffes d'un prédateur obscène et puissant.
Il lui en aura fallu du temps pour montre cette oeuvre, mais, en bon Maître des horloges et du suspense, Christophe Lidon est assuré aujourd'hui de vous offrir un ascenseur émotionnel qui pourrait vous conduire au syndrome de Stendhal ! Amateurs de sensations fortes, attachez vos ceintures ! C'est, je le répète... jubilatoire !

La Grande Parade

Entre tension et révélations, une pièce taillée pour secouer et surprendre son spectateur !

Basée sur de fascinants faits réels, Hitchcock et Mary Rose est une pièce au scénario habile, au suspense prenant, d'inspiration Hollywoodienne.

Dans une suite du Château Marmont, le Maître (effrayant Eric Prat) a réuni son actrice (délicate Tiipi Hedren campée par Mélanie Page) et sa scénariste (impitoyable Marjorie Frantz) qu'il attend de pied ferme dans son fauteuil de méchant de James Bond.
Au cœur de ce décor épuré, savamment éclairé pour faire la part belle à l'ombre malsaine collé au corps d'un génie du genre, il sera question d'une île, d'un mystère, d'une disparition mais aussi de folie, d'obsession et d'emprise, sur ces "blondes créées par Dieu pour être victimes"...
Fiction dans la fiction, le spectacle superpose les fantômes réels et imaginaires entourant l'œuvre vainement rêvée par Hitchcock, son éternel échec à créer l'objet et posséder la femme choisie pour l'incarner.
Si la dimension actuelle du propos est triste, celle des moyens de sa mise en scène sont de haut niveau : l'ambiance distille le trouble, la lumière sculpte les décors comme les visages des comédiens qui habitent puissamment son cadre.
Entre tension et révélations, une pièce taillée pour secouer et surprendre son spectateur.


Sur les planches

Le Théâtre des Gémeaux nous a présenté un spectacle étonnant de Michael Sadler, Hitchcock et Mary Rose.
Cette pièce, tirée de faits réels, nous dépeint Alfred Hitchock sous des dehors inattendus, voire glaçants. La qualité de la mise en scène de Christophe Lidon tient à ses effets narratifs contrastés et à un déroulement qui procède davantage du film. Un bel hommage rendu sous forme de clin d’oeil au maitre du suspense.
Au château de Marmont, Hitchcock peaufine son dernier film qui lui tient à coeur, Mary Rose. Adaptant l’oeuvre de James M. Barrie, il se propose de présenter son projet au patron de Universal Studio. Invitant sa scénariste préférée et Tippi Hedren au château, il leur propose d’en faire une lecture. Sous contrat avec Hitchcock, Tippi Hedren, qui lui doit sa notoriété grâce notamment à son dernier film Les Oiseaux, n’ose la lui refuser. Christophe Lidon a prévu une lecture astucieuse de sorte que des vidéos projetées sous-tendent la lecture des protagonistes.
Entremêlant le récit et ses désirs pour Tippi Hedren, Hitchcock masque ses intentions personnelles. Devant les protestations de Tippi Hedren avance les mérites de la méthode de l’Actor’s Studio. Allumant des contrefeux et brouillant les pistes, Hitchcock se perd dans cette histoire qui ne ressemble à aucun de ses précédents films. La résonnance de cette histoire le hante. La pièce de Michael Sadler fait écho au séisme qui depuis quelques années secoue le monde artistique. Ecornant l’image prestigieuse du maitre du suspense, il nous propose une lecture différente et peu reluisante du personnage. Mettant en relief la duplicité et le cynisme du cinéaste, Michael Sadler en trace un portrait au vitriol. Ces faits méconnus du grand public jettent une ombre sur ce génial metteur en scène.

La mise en scène de Christophe Lidon est subtile joignant la parole à l’image.

Les comédiens brillent par l’excellence de leur interprétation garantissant une qualité supplémentaire au spectacle.


L'Affiche

Je ne suis pas un grand cinéphile. Je ne connais pas vraiment Alfred Hichcock, à part les films les plus connus. Il faut dire que dès que j’ai une soirée libre, je vais au théâtre. Mais ce spectacle, c’est justement la rencontre entre les deux. Alors j’ai sauté sur l’occasion en réservant ma place et j’ai découvert un spectacle d’une grande qualité qui rend un très bel hommage à l’art de raconter des histoires. Mais pas que !

Le principe est génial : on est dans un hôtel où Hitchcock raconte son prochain film et propose donc de jouer les scènes. Grâce à une projection en fond, on est très rapidement immergé à l’intérieur d’un film. Mais cela va plus loin : l’auteur explique son œuvre en direct et met en scène sous nos yeux sa comédienne. Je n’avais jamais vu une telle mise en abyme croisant les deux arts. Ce qui est encore plus malin, c’est qu’on est doublements scotchés à l’histoire : à celle du film qui est raconté, mais aussi à celle de la raison pour laquelle il raconte ce film. C’est totalement captivant.

Éric Prat est un Hitchcock sensationnel ! Quelle précision ! Mais Melanie Page et Marjorie Frantz n’ont pas à rougir à ses côtés : ils forment un trio particulièrement convaincant. Ils passent d’un personnage à l’autre avec une grande fluidité et surtout sans jamais perdre le spectateur. Tout est clair et limpide.

Outre l’hommage au cinéma, au talent, à la confiance, à la liberté et au génie d’Hitchcock, ce spectacle va surtout le dénoncer. Tiré de faits réels, on y voit un réalisateur cruel qui tente à plusieurs reprises d’agresser sexuellement Tippi Hedren, une jeune actrice de trente ans sa cadette. Et cela s’est réellement produit. Elle le repoussa et sa carrière en fut brisée. Comme nous le précise Melanie Page aux saluts, c’est l’une des premières qui osa en parler. C’est le début de Me Too, une cinquantaine d’années plus tôt. Cette pièce est donc aussi un hommage vibrant au courage de Tippi Hedren, et je crois que c’est surtout celui-ci que, personnellement, je vais retenir.


Libre Théâtre

Nous sommes au début des années 60, à Hollywood.
Hitchcock est à la fois au sommet de la gloire, et à un tournant de sa carrière. Le début de la fin ?
Il réunit dans sa luxueuse chambre d’hôtel sa scénariste JP Allen et son actrice vedette Tippi Hedren pour la lecture du scénario d’un film un peu mystérieux : l’histoire fantastique de Mary Rose, inspirée d’une œuvre de l’auteur de Peter Pan. Hitchcock semble projeter dans ce projet qui lui tient à cœur une problématique très personnelle, fantasmatique… et psychanalytique.

À partir de cette trame narrative déjà fascinante, le dramaturge Michael Sadler compose une pièce sophistiquée, basée sur le fameux principe du théâtre dans le théâtre, ou en l’occurrence du cinéma dans le théâtre : la réalité de la situation qui se joue dans cette chambre d’hôtel se mêle à la fiction fantastique décrite par le scénario lu et interprété par les trois personnages. Et qui plus est, les fantasmes bien réels du « maître du suspense » s’expriment sans retenue à travers cette lecture… au détriment de sa comédienne fétiche devenue une proie.
Christophe Lidon s’empare avec succès de ce texte brillant pour nous livrer un spectacle haletant, à la fois profond et drôle, qui nous dévoile aussi une facette méconnue et plutôt sombre du mythe hitchcockien, entrant en résonance avec la problématique très actuelle soulevé par le mouvement Me Too. Autre temps, autres mœurs. Aujourd’hui, ce monstre sacré n’aurait-il pas fini ses jours en prison ?
La pièce est magnifiquement servie par Éric Prat, Melanie Page et Marjorie Frantz, tous trois excellents dans leurs rôles respectifs, et par toute l’équipe artistique.

Du beau et grand spectacle comme on a plaisir à en voir à Avignon et ailleurs.

Le billet d'Olivier
Hitchcock & Mary rose de Michael Sadler dans une mise en scène de Christophe Lidon sur la scène du Théâtre des Gémeaux à Avignon est l’histoire d’une frustration sur fond de # MeToo.
Une histoire basée sur des faits réels.

Nous retrouvons à l’heure du petit déjeuner Alfred Hitchcock alias Eric Prat, plus vrai que nature, assis dans son fauteuil club de sa suite du Château Marmont en train de visionner un rush.

En compagnie de sa scénariste JP Allen, sous les traits de Marjorie Frantz, Alfred Hitchcock attend impatiemment l’arrivée de sa muse Tippi Hedren, idéalisée par Melanie Page, pour lui remettre le scénario du film qu’il tente de monter depuis des décennies : Mary Rose, dans le cadre d’une lecture privée.

Un scénario inspiré de l’histoire fantastique de Mary Rose, par l’auteur de Peter Pan, J.M. Barrie, qui met en lumière les liens profonds entre l’univers intime d’Hitchcock et les thèmes centraux de son œuvre.

Une frustration qui nourrit un dialogue entre ce maître du suspense et cette histoire de disparition très mystérieuse. Rendez-vous compte Mary Rose, est une jeune femme qui disparaît sur une des îles Hébrides avant de réapparaître vingt-cinq années plus tard sans avoir vieilli ni gardé le moindre souvenir de son absence. Une suspension obsessionnelle du temps qui constitue le cœur émotionnel de la pièce originelle.

Un parallèle entre Hitchcock et Barrie peut se glisser dans leurs univers : certains thèmes majeurs parmi lesquels on peut retrouver une disparition inexpliquée, le rapport entre la mémoire et l’oubli, la présence de fantômes comme figure psychologique ou encore l’impossibilité de retenir le temps.

Des thèmes qui annoncent des films comme Vertigo, portant l’imaginaire d’Hitchcock à son paroxysme tout en jouant un état et non une intention.

Pourquoi cette obsession qu’Hitchcock porte à cette histoire ? Serait-ce un artiste hanté par une œuvre impossible ? Plus généralement pourquoi certaines histoires nous poursuivent-elles toute une vie ?

Une pièce qui navigue habilement entre réalité documentaire et imaginaire portée par les superbes vidéos de Léonard qui parfois donnent l’impression que Mary Rose devient le fantôme personnel d’Hitchcock dans une atmosphère de mélancolie, passant an second plan son suspense légendaire.

Ce thème du vieillissement est omniprésent délivrant un spectacle suspendu entre rêve et deuil.

Dans une tension constante, la mise en scène de Christophe Lidon, assisté de Mia Koumpan, utilise habilement, dans un bel équilibre, les jeux de transparence, les projections, et les lumières de Cyril Manettaqui rappellent l’esthétique des films d’Hitchcock pour rendre la complexité du réalisateur. Les musiques de Cyril Giroux intensifient cette atmosphère scénographique passant du bureau feutré d’un studio hollywoodien et l’île mystérieuse de Barrie. Le tout conserve, dans une fluidité remarquable, la dualité entre la réalité et les hallucinations : le deuil d’une œuvre impossible et les obsessions qui consument l’artiste.

Les comédiens d’une grande justesse, nous livrent une partition sans fausse note. Nous sommes suspendus à leurs lèvres. Eric Prat incarne à la perfection le cynisme du maître du suspense à la libido inassouvie. Marjorie Frantz dans un équilibre de funambule est impressionnante d’élégance dans l’art de tenir tête à Hitchcock et Melanie Page à la fragilité mystérieuse et insaisissable, joue de façon crédible le fantasme de la blonde d’Hitchcock qui la conduira à sa perte.

Une pièce raffinée, intelligente, émouvante pour un hommage réussi au maître du suspense.

 

Ici Vaucluse

Vous ne savez pas quelle pièce choisir pour ce Festival d’Avignon ? Pas de psychose ni de sueurs froides, Alfred Hitchcock a la solution pour vous ! Enfin… Une histoire qui le concerne. Hitchcock & Mary Rose, c’est une pièce plus que particulière, mais surtout passionnante, du 4 au 25 juillet.

Le spectacle vous plonge dans une rencontre fictive entre Alfred Hitchcock et son actrice fétiche, Tippi Hedren, à l’occasion du tournage d’un film qui n’aura finalement jamais lieu : Mary Rose. On entre petit à petit, non pas dans les films à suspense et de fascination, mais plutôt dans sa psyché à lui. Emprise et secrets inavoués, Hitchcock & Mary Rose. On est entre le thriller psychologique et la biographie, la pièce explore une partie taboue d’un génie du cinéma et les rapports de pouvoir qui ont marqué sa carrière. On est allés voir cette pièce, et on vous la conseille !


Tours et culture

J’avais d’abord noté Hitchcock & Mary Rose pour retrouver l’écriture de Michael Sadler, dont j’avais beaucoup aimé le roman Un Anglais à la campagne et la pièce Brexit Sentimental, dans laquelle jouait déjà Melanie Page. Associé à la mise en scène de Christophe Lidon (Juste une embellie, Les Collectionnistes…) et à cette promesse de découvrir la face cachée du maître du suspense, cela ne pouvait que me tenter !

Hollywood, au début des années 1960. Juste avant le tournage de Pas de printemps pour Marnie, Alfred Hitchcock réunit dans une chambre d’hôtel sa scénariste Jay Presson Allen et son actrice vedette Tippi Hedren.

Il souhaite leur faire découvrir un projet qui l’obsède depuis des années : l’adaptation de Mary Rose, une pièce fantastique de J. M. Barrie, l’auteur de Peter Pan.

Mary Rose est une jeune femme mystérieusement disparue sur une île écossaise avant de réapparaître des années plus tard, sans avoir vieilli.

Pourquoi cette histoire fascine-t-elle autant Hitchcock ? Que projette-t-il dans cette femme insaisissable qu’il rêve de fixer sur pellicule ?

La lecture du scénario va peu à peu devenir un miroir de ses propres obsessions.

Derrière le réalisateur génial surgit un homme aux facettes beaucoup plus sombres, prédateur inquiétant même… mais Tippi Hedren ne compte pas rester la créature docile rêvée par son metteur en scène.

La mise en scène de Christophe Lidon joue habilement avec les codes du cinéma : lumières, projection… La chambre d’hôtel devient tour à tour plateau de tournage, rêve éveillé et lieu de règlement de comptes… Le croisement du théâtre et du cinéma fonctionne particulièrement bien!

J’ai trouvé très intéressant de voir comment le spectacle faisait dialoguer l’histoire fantastique de Mary Rose avec celle, bien réelle, de Tippi Hedren. Comment elle a osé dire non au « maître », avec si peu de soutien, et à quel prix…

Éric Prat, Melanie Page et Marjorie Frantz forment un trio très convaincant dans ce jeu trouble auquel nous assistons.

C’est une pièce qui ouvre de belles réflexions!

En bref, un huis clos très cinématographique, pour explorer la part sombre du maître du suspense.

Destimed

Dans une mise en scène aussi élégante qu’inquiétante, Christophe Lidon explore les obsessions d’Alfred Hitchcock et la relation d’emprise qui l’unissait à Tippi Hedren. Portée par trois remarquables interprètes, la pièce de Michael Sadler sera reprise après Avignon au Théâtre de l’Œuvre à Paris, puis au CADO d’Orléans.

À la veille du tournage de « Pas de printemps pour Marnie », il souhaite leur faire découvrir un autre projet mystérieux : un scénario inspiré de « Mary Rose », l’histoire fantastique de James Barrie, l’auteur de « Peter Pan ». Nous assistons à la lecture privée de ce scénario, qui va peu à peu ouvrir les portes de la psyché tourmentée du Maestro. Pourquoi Hitchcock a-t-il choisi cette œuvre ? Quel lien puissant le relie à Mary Rose ? Cette histoire de fantôme, située en Écosse, offre une belle occasion d’entrevoir les obsessions du maître du suspense. Mais une question essentielle sous-tend surtout l’intrigue de cette pièce à l’humour décapant signée Michael Sadler : comment Tippi Hedren, la star devenue la proie d’une libido inassouvie, va-t-elle réagir à l’emprise d’Alfred Hitchcock ? Sous les yeux de Jay Presson Allen, le duel va se jouer à fleurets non mouchetés.

Christophe Lidon, un magicien de la mise en scène

Christophe Lidon est un magicien. Tout ce qu’il entreprend comme metteur en scène, il parvient à le transformer, tout en changeant d’univers à chacune de ses créations. Il explique très clairement ce qui l’a conduit à travailler sur la pièce de Michael Sadler : « Il y a d’abord chez moi une fascination pour Hitchcock, non pas tant le maître du suspense que l’homme blessé, l’enfant catholique terrorisé devenu cinéaste de l’angoisse, et qui a passé sa vie à façonner des femmes blondes pour mieux les soumettre à son regard. » Il y a aussi « Mary Rose », cette pièce de James Barrie qu’Hitchcock a rêvé d’adapter pendant trente ans sans jamais y parvenir. « C’est ce projet impossible, ce fantôme dans son œuvre, qui m’a intéressé. Mettre en scène le moment où un cinéaste tout-puissant se heurte à ce qu’il ne peut pas posséder, ni l’œuvre ni la femme, c’était entrer par la porte la plus secrète de sa création. »

Ce qui se joue ici appartient, au fond, à l’une des grandes affaires #MeToo du cinéma international, longtemps glissée sous le tapis. Il s’agit, précise Christophe Lidon, « d’un rapport de force, d’une tentative d’emprise et de la résistance d’une femme ».  Hitchcock voit en Tippi Hedren la créature idéale, celle qu’il pourrait modeler de A à Z : sa voix, sa démarche, ses robes, jusqu’à son intimité. Mais Tippi n’est pas une matière inerte. Sous l’apparence de la jeune femme docile se cache une volonté qui refuse de plier. « Ce qui se joue entre eux, poursuit Christophe Lidon, c’est cette lutte sourde où l’artiste confond la création et la possession, et où l’actrice doit choisir entre disparaître dans le rêve d’un autre ou s’arracher à lui, au prix de sa carrière. »

Loin d’être manichéenne, même si elle dénonce évidemment l’attitude de Hitchcock, la pièce insiste sur une relation d’envoûtement réciproque, mais profondément asymétrique. Le cinéaste projette sur Tippi Hedren le fantasme de Mary Rose, cette jeune femme revenue d’entre les morts, intacte et inaccessible. Tippi est d’abord fascinée par le génie de l’homme et par la promesse qu’il lui fait d’une grandeur cinématographique. Puis vient la prise de conscience : ce qui ressemblait à une élection était en réalité une captivité. « C’est une histoire de Pygmalion qui tourne mal, non parce que la statue prend vie, mais parce qu’elle refuse de rester statue. »

Une mise en scène épurée et de brillants interprètes

Pour donner corps à cet affrontement, Christophe Lidon a choisi un dispositif très épuré, presque mental, évoquant un plateau de cinéma : un fauteuil, un bureau et quelques accessoires hitchcockiens surgissant comme des réminiscences, notamment un oiseau ou un escalier. Le metteur en scène s’appuie également sur la lumière de Cyril Manetta, qui sculpte les visages à la manière des films en noir et blanc des années 1960, et sur l’univers sonore de Cyril Giroux : la voix off de Hitchcock, les souffles, les silences. Le spectateur assiste ainsi tout à la fois à un tournage, à un rêve éveillé et à un règlement de comptes intime. La vidéo de Léonard plonge encore davantage la scène dans cette zone trouble où le cinéma fabrique ses propres fantômes.
Sur le plateau, Éric Prat incarne un Hitchcock surpuissant. Sa ressemblance physique avec le cinéaste est frappante. Marjorie Frantz se glisse dans la peau de Jay Presson Allen avec une énergie toute féline. Bouleversante, Melanie Page donne à Tippi Hedren toute sa dimension tragique. En se jouant de la chronologie, dans des décors qui rappellent les grands récits de l’enfance, Christophe Lidon se révèle un maître artificier du suspense théâtral. Par une succession de scènes courtes, dont beaucoup sont liées aux cauchemars du créateur, il dévoile les faits et gestes d’un homme sans scrupules. Son combat avec sa victime devient alors digne, précisément, d’un film hitchcockien. Une pièce en cinémascope, que l’on pourra retrouver après Avignon au Théâtre de l’Œuvre à Paris, puis au CADO d’Orléans, dont Christophe Lidon est le directeur.

 


au Théâtre de L'Œuvre

du jeudi au samedi à 19h 
le dimanche à 17h30

Hitchcock & Mary Rose