Bouvard & Pécuchetsaison 2027-2028
Télérama TTT
Marc Chouppart et Jean-Paul Farré incarnent à merveille les deux bonshommes du roman de Flaubert.
Le Figaro
Marc Chouppart et Jean-Paul Farré ne jouent pas les clowns.
Ils flambent pour la littérature, l’amour du savoir, des personnages et de Flaubert, très bien dirigés qu’ils sont par Géraud Bénech. On en reparlera.
Le journal d’Armelle Héliot
Du théâtre comme on aime. Intelligent, drôle et profondément humain, pétillant par sa fantaisie, sa tendresse et son humour.
Spectatif
On s’amuse. Ils sont irrésistibles !
Valeurs actuelles
Délicieux naïfs fantaisistes
France Net Info
Formidables duettistes
Coup d’Œil
Corrosif, ironique, vif savoureux : un régal !
Coup de théâtre
Une alternative bienvenue à l’intelligence artificielle !
Paris, 1840. Deux employés de bureau se lient d’amitié.
À la faveur d’un héritage, ils quittent leurs vies étriquées pour s’installer à la campagne.
Pris par une frénésie d’apprendre, ils dévorent encyclopédies et manuels et mettent en pratique leurs nouvelles connaissances avec un enthousiasme naïf. Agriculture, sciences, arts, politique, religion, tous les domaines y passent, entraînant des fiascos désopilants.
Marc Chouppart et Jean-Paul Farré conjuguent leurs talents de duettistes pour nous livrer une version fidèle autant que clownesque de la dernière œuvre de Flaubert. Voici un plaisant manuel de sciences absurdes !
adaptation Marc Chouppart et Géraud Bénech
mise en scène par Géraud Bénech
avec la complicité de Cathy Castelbon
avec
Jean-Paul Farré et Marc Chouppart
voix Stanislas de la Tousche et Sophie Carrier
lumières Dorian Mjahed-Lucasen accord avec la Compagnie Isothopie Théâtre et le Poche Montparnasse
Le Figaro
« Bouvard et Pécuchet » : des bêtes de scène
Au Théâtre de Poche Montparnasse, Marc Chouppart et Jean-Paul Farré incarnent à merveille les deux « bonshommes » du roman de Flaubert.
« Savez-vous à combien se montent les volumes qu’il m’a fallu absorber pour mes deux bonshommes ? À plus de 1500 ! », précise Gustave Flaubert à son ami Tourgueniev en juillet 1873 à propos de Bouvard et Pécuchet, son œuvre inachevée et publiée à titre posthume en 1881. Un an avant, il prévient George Sand qu’il va commencer un roman au long cours qui a « la prétention d’être comique ». Il l’est sans aucun doute dans l’adaptation de Marc Chouppart et Géraud Bénech donnée au Théâtre de Poche Montparnasse, à Paris.
Inspiré à la fois par la nouvelle de Barthélémy Maurice, Les Deux Greffiers, et de son Dictionnaire des idées reçues, l’écrivain raconte les « aventures » de deux employés parisiens devenus meilleurs amis par hasard : Bouvard (Marc Chouppart) et Pécuchet (Jean-Paul Farré) profitent de l’héritage que reçoit le premier pour s’installer dans la campagne normande à Chavignol. Ils décident d’exploiter eux-mêmes le domaine, ce qui s’avérera catastrophique. Qu’à cela ne tienne.
Mus par une soif de connaissance insatiable mais vaniteux, les deux « MM. Je-sais-tout », des « cloportes » comme les appelait Flaubert, se lancent dans des expériences improbables, agricoles, littéraires ou scientifiques. Toutes échouent, mais bêtes comme choux, ils persistent et signent, sans se décourager. Du moins au début.
L’une des idées judicieuses de Marc Chouppart et de Géraud Bénech, également à la mise en scène, est de faire entendre la « voix » de l’auteur : Stanislas de La Tousche (dans Céline à l’Essaïon jusqu’au 29 décembre). Flaubert confie à ses proches la peine qu’il a à écrire, les tourments dans lesquels le plonge son projet. « Il me semble que je vais m’embarquer pour un très long voyage, vers des régions inconnues, et que je n’en reviendrai pas », dit-il ainsi encore à Tourgueniev. Lucide.
Exergue — « Ce sera une espèce d’encyclopédie de la bêtise moderne » — Gustave Flaubert, à propos de « Bouvard et Pécuchet »
Le voyage se réduit à une heure quinze sur le plateau et fait rire la salle à gorge déployée. Tour à tour narrateurs et interprètes, Marc Chouppart et Jean-Paul Farré composent un duo qui n’est pas sans rappeler celui de Pierre Dac et Francis Blanche ou, pour la gestuelle, de Laurel et Hardy (il y a d’ailleurs des didascalies sur des tableaux noirs comme dans les films muets).
« Ce sera une espèce d’encyclopédie de la bêtise moderne », avait assuré Flaubert. Clownesques, les deux comédiens illustrent cette prédiction avec truculence. Entrent et sortent aussi fringants que des personnages de dessins animés ou de Daumier, en empathie avec eux, une once d’humanité en plus. À l’aise dans la peau de Bouvard, le grand de taille, Marc Chouppart, domine le « petit » Jean-Paul Farré, qui habite littéralement Pécuchet. Vif comme l’éclair, l’acteur aux cheveux fous prend de la hauteur avec un art consommé de la comédie. Le mot « chapeau » est ici tout à fait justifié.
Télérama Sortir TTT
Fine adaptation du roman inachevé de Gustave Flaubert (1821-1880) ! On y voit un duo d’acteurs aux allures clownesques travailler les deux antihéros jusqu’à s’identifier à eux. Tout en parsemant leur spectacle de réflexions amères de Flaubert sur ce livre impossible. Bouvard et Pécuchet, copistes, se lient d’amitié sur un banc et se découvrent pareil amour de la campagne. Bouvard ayant fait un héritage, il décide de s’acheter une ferme où vivre avec Pécuchet. Sans rien savoir, ils se lancent avec enthousiasme dans l’agriculture, le jardinage, la médecine, la religion celtique, le spiritisme, l’amour, et ne connaissent que des désastres. Marc Chouppart et Jean-Paul Farré distillent avec malice l’admirable langue de Flaubert, sa fascination pour l’absurde et le rien. Mais le goût du rêve de ces deux médiocres les sauve de tout.
Valeurs Actuelles
Les prétentieux ridicules
Dans l’œuvre foisonnante de Flaubert, Bouvard et Pécuchet est à part, dont voici une adaptation amusante.
Les amateurs de Flaubert connaissent bien cette œuvre inachevée sur laquelle notre romancier a travaillé longtemps avant que la mort ne l’emporte. C’est donc un texte posthume publié à la fin du XIXe siècle et qui évoque, sur un mode humoristique, les préoccupations des contemporains. Deux employés de bureau qui se rencontrent par hasard se reconnaissent dans une fraternité de pensée et se lient d’une indéfectible amitié. L’un d’eux, Bouvard, fait un riche héritage et le voilà qui décide avec son compère Pécuchet de se retirer à la campagne et de cultiver leur nouveau jardin. Devant cet échec patent, ils se lancent dans une frénésie d’apprentissage où tout va y passer : de la botanique aux machineries, des sciences à la politique, des arts à la religion… Tout est bon à découvrir et à apprendre pour nos deux ingénus. Et ils accumulent les échecs.
Flaubert s’amuse et le roman s’étire au point que l’on peut se réjouir qu’il n’ait pas pu le terminer… Il y a déjà eu des adaptations théâtrales de ce texte que finalement peu ont lu, et celle de Marc Chouppart et Géraud Bénech au Poche-Montparnasse est plutôt réjouissante. Elle évitera, en tout cas, à bien des lecteurs, de se précipiter sur ce fatigant roman qui n’apporte pas grand-chose à la gloire de Flaubert, bien que le temps et la renommée de notre auteur aient fait de Bouvard et de Pécuchet l’archétype courant de la bêtise contente d’elle. Ce qui n’est déjà pas si mal. Les adaptateurs ont eu l’intelligence de rester à une certaine distance du roman. On survole et on s’amuse. L’idée est plutôt de permettre à deux comédiens, Marc Chouppart et Jean-Paul Farré, de nous offrir toute la palette de leur fantaisie et de leur talent. Ils sont, de fait, irrésistibles. Et les commentaires off qui nous content les affres de l’ami Flaubert galérant pour écrire son œuvre sont les bienvenus. Bref, restons légers, et plutôt que de “s’envoyer” le bouquin, allons rendre une petite visite au Poche-Montparnasse…
Politique Magazine
Bouvard et Pécuchet, de Gustave Flaubert (1821-1880)
Tiré du magistral roman inachevé de Gustave Flaubert, l’adaptation de Marc Chouppart nous fait revivre les tribulations bouffonnes de Bouvard et Pécuchet, deux pauvres diables qui se rencontrent par hasard et se lient d’amitié d’autant qu’ils exercent le même métier de copiste et se découvrent les mêmes passions. Lorsque Bouvard hérite de son père, nos deux compères se retirent en Normandie avec de vastes projets tant matériels qu’intellectuels. D’une curiosité insatiable, sincères et naïfs, ils s’obstinent à toucher à tous les domaines du savoir pensant les maîtriser : art, sciences, politique, religion et amour… Incompétents et ridicules, leurs actions tournent toujours à l’échec sans que jamais ils renoncent. Bouvard et Pécuchet, c’est Pat et Mat, Don Quichotte et Sancho Pança, Laurel et Hardy… Aussi attendrissants qu’exaspérants, ils nous laissent, cependant, dans l’attente fiévreuse du résultat de leur prochaine quête empirique. Dans Bouvard et Pécuchet, symbole de l’abyssale bêtise humaine, ne retrouve-t-on pas Madame Bovary qui voulait être ce qu’elle n’était pas, son époux, Charles, qui se prenait pour un grand chirurgien, ou l’enthousiasme romantique de Frédéric Moreau dans l’Éducation sentimentale dont l’amour pour Madame Arnoux ne commencera et ne finira jamais. Bouvard et Pécuchet peut être le livre de la bêtise ou celui de l’innocence qui permet de s’émerveiller devant le monde en le découvrant mais il permet surtout à l’auteur de dénoncer la vanité humaine à laquelle il n’accorde aucune rémission : « … Je me débarrasserai enfin de ce qui m’étouffe. Je vomirai sur mes contemporains le dégoût qu’ils m’inspirent […] ce sera large et violent ».
Portés par la mise en scène brillante de Géraud Bénech, Marc Chouppard dans le rôle de Bouvard et Jean-Paul Farré dans celui de Pécuchet font vibrer le génie de Flaubert, son rire insolent et ses souffrances.
Actumédia
Bouvard & Pécuchet : la comédie savante de l’absurde humain
Il est des duos littéraires qui traversent les siècles avec une étonnante modernité. Bouvard et Pécuchet, nés de la plume ironique et visionnaire de Gustave Flaubert, en font partie. Ces deux copistes parisiens, devenus les figures emblématiques d’une quête de savoir aussi sincère que maladroite, reprennent aujourd’hui vie sur la scène du Théâtre de Poche Montparnasse, dans une adaptation malicieuse signée Marc Chouppart et Géraud Bénech.
Nous sommes à Paris, en 1840. Dans un bureau monotone, deux employés se rencontrent, se reconnaissent, et se lient d’amitié autour d’une même soif d’apprendre. Le hasard (et un héritage) vont leur offrir la liberté dont ils rêvaient : celle de tout recommencer à la campagne, loin du tumulte urbain. À peine installés, Bouvard et Pécuchet se lancent dans une frénésie d’expériences, avides de tout comprendre, de tout maîtriser. L’agriculture, la science, la philosophie, la religion, la politique, la médecine, la littérature… rien ne leur résiste, sauf peut-être la réalité. Car de tentative en tentative, leurs ambitions s’écroulent dans une suite de désastres aussi désopilants qu’humbles.
Sous la direction inspirée de Géraud Bénech, les deux comédiens (Jean-Paul Farré, merveilleux artisan du verbe et du rythme, et Marc Chouppart, complice de toujours) livrent une partition à deux voix d’une précision comique remarquable. Leur duo, à la fois clownesque et poétique, transforme l’ironie flaubertienne en une leçon d’humanité. À travers les rires et les maladresses, se dessine en filigrane une question très contemporaine : que vaut le savoir lorsqu’il n’est pas habité par l’intelligence du cœur ? Car derrière la farce et la dérision, Bouvard et Pécuchet est aussi une fable sur la vanité du savoir total, sur la confusion entre apprendre et comprendre. À l’heure où l’intelligence artificielle prétend tout savoir à notre place, cette adaptation résonne comme une douce provocation : un “manuel de sciences absurdes”, certes, mais infiniment humain.
Jean-Paul Farré et Marc Chouppart revisitent Flaubert sans trahir son esprit : un mélange rare de fidélité littéraire et d’audace scénique. Dans cette comédie du savoir et de la bêtise, ils célèbrent le droit à l’erreur, la beauté du doute et la joie d’apprendre, même mal. Un spectacle humain qui promet à la fois de l’intelligence, du burlesque, qui rappelle que la curiosité parfois maladroite reste une formidable aventure.
Le Journal d’Armelle Héliot
Bouvard et Pécuchet, version idéale
Une adaptation signée Marc Chouppart, qui incarne Bouvard, et Géraud Bénech, qui signe la mise en scène. Et Pécuchet ? C’est le merveilleux Jean-Paul Farré ! Résultat : le grand Gustave Flaubert dans son génie et ses souffrances.
Nombreuses ont été les adaptations de l’œuvre de Gustave Flaubert, Bouvard et Pécuchet. Au cinéma, à la télévision, au théâtre. Il en existe d’excellentes. Il faut dire que les recherches, expériences et atermoiements des deux « bonhommes » comme les appelait Flaubert lui-même, ne peuvent que toucher, séduire, serrer le cœur et faire rire… On sait que l’écrivain passionné mourut avant de terminer ce monument qui le fit tant souffrir.
Ce qui est un vrai « plus » dans cette version adaptée par le metteur en scène, Géraud Bénech et Marc Chouppart, l’un des interprètes, c’est que, justement, ces souffrances sont intégrées. Des lettres, des réflexions, lues « off » par Stanislas de La Tousche et Sophie Carrier. Un extraordinaire éclairage sur le travail fou de l’auteur. Ses peurs, ses doutes, ses angoisses. Le sentiment d’être prisonnier. Affolant, vertigineux, déchirant.
Sur le plateau, simplement aménagé, deux énergumènes s’en donnent à cœur joie. Le long Bouvard de Chouppart, avec son supplément de flegme, le plus frêle Pécuchet de Farré, toujours près de la dislocation nerveuse. Attention, ils ne jouent pas les clowns. Ils flambent pour la littérature, l’amour du savoir, des personnages et de Flaubert, très bien dirigés qu’ils sont par Géraud Bénech. On en reparlera.
Au balcon
Coup de cœur
Marc Chouppart et Jean-Paul Farré conjuguent leurs talents de duettistes pour nous livrer une version fidèle autant que clownesque de la dernière œuvre de Flaubert.
Synopsis — Paris, 1840. Deux employés de bureau se lient d’amitié. À la faveur d’un héritage, ils quittent leurs vies étriquées pour s’installer à la campagne. Pris par une frénésie d’apprendre, ils dévorent encyclopédies et manuels et mettent en pratique leurs nouvelles connaissances avec un enthousiasme naïf. Agriculture, sciences, arts, politique, religion, tous les domaines y passent, entraînant des fiascos désopilants. Un plaisant manuel de sciences absurdes qui offre une alternative bienvenue à l’intelligence artificielle !
L’avis de la rédaction : 5 — Le goût des bonbons à la violette !
Le dernier ouvrage de Flaubert, inachevé et publié à titre posthume en 1881, nous raconte les mésaventures de deux amis qui, las de la ville, partent s’installer à la campagne.
Avec un enthousiasme débordant qui n’a d’égal que leur naïveté et leur ignorance, les deux hurluberlus expérimentent tous azimuts la culture des asperges, les vertiges de l’amour, l’élevage des bovins, les mystères de la galaxie… Enchaînant les catastrophes les unes après les autres, avec une constance qui force l’admiration.
Mais loin de se décourager, nos deux audacieux, complémentaires, drôles et excessivement touchants trouvent toujours, dans leurs encyclopédies, de nouveaux fiascos à expérimenter.
C’est avec un immense plaisir que nous retrouvons Jean-Paul Farré — grand habitué de cette petite salle du Poche — et Marc Chouppart à qui l’on doit — avec Géraud Bénech — l’adaptation du dernier ouvrage de l’auteur de Madame Bovary, copieux bien qu’inachevé.
Un duo qui fonctionne à merveille et qui n’est pas sans nous rappeler un autre couple célèbre. Les deux comédiens, virtuoses dans leur domaine, comme revenus d’un monde disparu, nous font faire un grand bond dans le passé.
Follement généreux, ils nous régalent de leurs mésaventures, et nous font autant rire qu’ils nous attendrissent. Avec une grande complicité, ils jouent du contraste de leur physique et de leurs personnalités avec beaucoup de fraîcheur et d’innocence. Et nous font oublier, le temps d’un spectacle, toute la froideur du monde.
Carré Or TV
Une immense farce qui démontre avec humour les limites du savoir théorique.
Flaubert […] souhaitait avant tout faire de Bouvard et Pécuchet un roman humoristique et satirique, dénonçant les mœurs de certains de ses contemporains. Maintes fois adapté au cinéma, à la télévision et au théâtre […]
Marc Chouppart et Géraud Bénech proposent aujourd’hui une nouvelle version montée au Théâtre de Poche Montparnasse, mettant en scène deux comédiens au physique très dissemblable, formant un duo absolument clownesque.
Après l’écriture, la scène : Marc Chouppart, grand et mince, interprète Pécuchet et donne la réplique à Jean-Paul Farré, comédien de petite taille mais de grand talent. Dès leur première apparition, les rires fusent.
Célibataires tous deux, Pécuchet est veuf, Bouvard célibataire endurci, ils se rencontrent fortuitement sur un banc d’un faubourg parisien. En posant respectivement leur chapeau haut-de-forme sur le banc, ils découvrent qu’à l’intérieur chacun a pris soin d’inscrire son nom. Un détail amusant, pensent-ils. La conversation s’engage, et de fil en aiguille, ils découvrent de nombreux points communs, les mêmes centres d’intérêt et, chose incroyable, le même métier : ils sont copistes.
Le temps passe et Bouvard et Pécuchet deviennent des amis inséparables. Un beau matin, Pécuchet apprend qu’il est l’héritier d’un oncle fortuné et que le testament lui assure une rente annuelle très honorable. Il partage la nouvelle avec son ami et tous deux décident de se retirer à la campagne, partageant une véritable passion pour le vert.
Finie la vie parisienne, monotone et étriquée ! À eux la liberté, vive le plein air, vive la campagne ! Après de longues hésitations, Pécuchet opte pour l’achat d’une ferme en Normandie, à Chavignolles précisément. Heureux d’évoluer dans ce cadre verdoyant, ils ne peuvent cependant se contenter de contempler les étoiles alors que la ferme dispose de vastes terres. Comment mettre en culture tous ces champs ? Nos deux amis se plongent alors sans relâche dans l’étude de tous les ouvrages possibles sur l’agriculture, le jardinage, la distillerie… Rien n’est laissé au hasard, tout doit être fait dans les règles de l’art. Citadins et totalement inexpérimentés, ils appliquent stricto sensu les consignes de nombreux manuels dits pratiques. Hélas, leurs efforts sont vains et ils accumulent échec après échec. Après avoir tenté les sciences dites appliquées, ils s’attaquent à des disciplines plus intellectuelles : la politique, la religion, la littérature, la métaphysique…
Avec le même engouement et la même fièvre du néophyte, ils dévorent les ouvrages, habités par une véritable boulimie du savoir. Cette frénésie n’a pas de limite. Mais malgré toute leur bonne volonté, c’est le fiasco.
Pourquoi ces échecs répétés ? Flaubert souhaitait un ton enjoué, et ce tandem est irrésistible : l’un grand, mince et attendrissant ; l’autre plus petit, replet et d’un tempérament plus affirmé. Avec Jean-Paul Farré et Marc Chouppart, le duo est idéal. Deux grands comédiens mettent ainsi leur talent au service d’une comédie légère et divertissante. Flaubert voulait faire de son roman une immense farce, démontrant que certains croient que les manuels rédigés par des spécialistes peuvent résoudre tous les problèmes. L’auteur en démontre le contraire à travers cette satire toujours d’actualité, près d’un siècle et demi après sa création.
Coup de théâtre
Bouvard et Pécuchet, un spectacle impertinent et divertissant
Nuls autres que Jean-Paul Farré et Marc Chouppart ne pouvaient interpréter les « deux bonhommes » imaginés par Gustave Flaubert.
Gustave Flaubert meurt à Croisset le 8 mai 1880, foudroyé à sa table de travail, alors qu’il rédige le dixième chapitre de Bouvard et Pécuchet. Il consacrera à ce roman, entamé en 1872, les trois dernières années de sa vie. Pour parfaire sa matière, il a lu et annoté plus de 1 500 volumes. Son dossier de notes a une hauteur de 8 pouces (soit plus de 20 centimètres), un courrier adressé à sa nièce chérie Caroline de Commanville en témoigne. Mais quels sont les deux énergumènes qui l’ont mortellement épuisé ? À la faveur d’un héritage, les amis Bouvard et Pécuchet, employés de bureau, quittent Paris pour la campagne. Pour occuper leurs journées, ils apprennent avec frénésie toutes les sciences, dévorant encyclopédies et manuels jusqu’à plus soif. L’obsession illusoire du savoir des « deux bonshommes » les incite à expérimenter leurs connaissances nouvellement acquises. À la fois ridicules, absurdes et désopilants, ils iront de revers en échecs sans jamais se décourager face aux catastrophes qu’ils provoquent.
Des conteurs qui deviennent protagonistesLa « prose brute, ciselée, virtuose » de Flaubert magnifie l’œuvre inachevée ; l’adaptation scénique de Géraud Bénech et Marc Chouppart la « restitue dans la plus grande fidélité pour en faire partager toute la saveur ». Ainsi, Jean-Paul Farré et Marc Chouppart racontent l’histoire de la rédaction de Bouvard et Pécuchet à partir des brouillons du romancier. « Très vite, sans que le public s’en rende véritablement compte, ils vont devenir les deux protagonistes. La posture de Flaubert face à ce projet qui le dévore et l’obsède finit par gagner le moral des deux acteurs qui, voulant restituer la totalité de l’œuvre, ne savent plus comment se sortir de ce projet pharaonique. » En voix off, sont lus des extraits de lettres envoyées à sa nièce ou à une amie où il se plaint d’être assailli par son œuvre. L’adaptation théâtrale du roman est un enchantement. Ses airs burlesques plairont aux lecteurs assidus de Flaubert comme à ceux qui ne l’ont jamais lu (sauf par obligation scolaire). Le propos est corrosif et empreint d’ironie. Les dialogues sont vifs et savoureux. Le ton est frais et divertissant. Le tout est un véritable régal.
Satire flamboyante de la bêtise humaineDans le sobre décor de cette farce satirique – une banquette de jardin en fer forgé noir et des panneaux projetés en fond de scène annonçant les chapitres (tels ceux au temps du cinéma muet) –, la mise en scène de Géraud Bénech est percutante et virevoltante, se mettant au service du texte et du jeu complice des deux comédiens, irrésistibles et malicieux, Jean-Paul Farré et Marc Chouppart. Leur jeu, aussi enthousiaste que généreux, sert délicieusement le désir de Flaubert d’exhaler ses ressentiments face à la nature humaine. Sa langue est si savoureuse qu’il en est pardonné. Et les spectateurs rient de bon cœur face aux péripéties de Bouvard et Pécuchet. Nuls autres que Jean-Paul Farré et Marc Chouppart ne pouvaient interpréter les « deux bonhommes » imaginés par Gustave Flaubert.
Coups d'œil
Bouvard et Pécuchet : Des duettistes de belle envergure
Marc Chouppart et Géraud Bénech présentent une adaptation très originale et néanmoins fidèle du roman inachevé et posthume de Gustave Flaubert.
Le grand écrivain songeait à sous-titrer son ultime ouvrage, Bouvard et Pécuchet, « Encyclopédie de la bêtise ». Il faut reconnaître que ses deux personnages sont la représentation parfaite de la sottise. Et comme le disait Lino Ventura dans Les Tontons flingueurs, à travers les mots de Michel Audiard : « Les cons ça ose tout, c’est même à ça qu’on les reconnaît. »
Un cabaret littéraireDeux hommes de petite envergure, copistes de leur état, se rencontrent par hasard dans les rues de Paris et deviennent les meilleurs amis du monde. Ils rêvent de vivre à la campagne et d’accroître leurs connaissances. L’un touche un héritage, l’autre apporte ses économies et les voilà partis dans le Calvados. Mais on ne s’improvise pas fermier, éleveur, pépiniériste, paysagiste, docteur, savant, parent… Et la lecture, même des meilleurs ouvrages, ne peut offrir toutes les solutions. Les projets de vie des deux comparses se terminent en fiasco.
Mis en scène avec truculence par Géraud Bénech, ce spectacle séduit par sa forme. Il y a la mise en abîme dans laquelle se jettent deux comédiens désireux d’incarner ces « deux bonshommes », comme les appelait lui-même l’auteur. Formant une formidable paire de duettistes de cabaret, comme dans le temps Poiret et Serrault ou Darras et Noiret, l’ineffable Jean-Paul Farré (le frêle Pécuchet) et l’attendrissant Marc Chouppart (le grand Bouvard) s’en donnent à cœur joie. S’échappant à la fin du spectacle de leurs personnages, ils nous livrent une performance étonnante. En voix off (Stanislas de la Tousche), l’écrivain s’invite dans le récit, nous éclairant, à travers ses réflexions, sur ce travail démesuré, inachevé, qui a fini par l’achever.
Culturelles
« Bouvard et Pécuchet » — Un duo irrésistible au Poche Montparnasse
C’est un coup de cœur CultureLLes !
Flaubert, l’ironie et l’appétit du savoirPublié après la mort de Gustave Flaubert, Bouvard et Pécuchet est un ovni littéraire. L’auteur y raconte la frénésie de deux employés de bureau du Paris de 1840 qui, après avoir touché un héritage, quittent tout pour “tout apprendre”. Agriculture, religion, politique, arts, sciences : rien ne leur résiste, sauf… la réalité !!
Flaubert imagine cette œuvre comme une satire douce-amère de la bêtise humaine, mais aussi comme une déclaration d’amour à la curiosité, à l’enthousiasme et à la fragilité du savoir. Cette dernière œuvre inachevée devait être accompagnée d’un Dictionnaire des idées reçues : la meilleure preuve que Flaubert s’amusait autant qu’il se révoltait en observant le monde.
Une mise en scène qui nous embarque au cœur du jeuSur le plateau du Théâtre de Poche Montparnasse, l’adaptation signée Marc Chouppart et Géraud Bénech prend le parti d’une mise en scène vive, claire, parfaitement rythmée. La salle “en rond”, si typique du Poche, crée une proximité jubilatoire : les comédiens jouent presque parmi nous, faisant naître l’impression délicieuse de participer à leurs expérimentations folles. Ce choix scénique est un bonheur : les spectateurs deviennent complices de leurs réussites… comme de leurs fiascos. Le théâtre de poche dans ce qu’il a de plus vivant !
Un duo formidable qui porte l’histoire avec humour et tendresseJean-Paul Farré et Marc Chouppart forment un duo absolument irrésistible. Ils ont cette capacité rare à nous entraîner avec eux dans leur quête insensée de savoir avec une sincérité pleine de vie et une drôlerie jamais forcée.
Leur complicité, leur précision de jeu et leur liberté donnent toute sa saveur à cette fresque de l’absurde. On passe d’un sujet à l’autre avec eux comme dans un cabaret de connaissances improbables, en riant beaucoup. Une belle façon de revisiter un classique méconnu, de lui donner chair, mouvement et humanité.
Un spectacle vraiment très sympa, qui rappelle combien il est bon, essentiel même, de revenir à nos classiques, surtout quand ils sont servis avec autant d’intelligence et de malice.
PitchParis, 1840. Deux employés de bureau se lient d’amitié. À la faveur d’un héritage, ils quittent leurs vies étriquées pour s’installer à la campagne. Pris par une frénésie d’apprendre, ils dévorent encyclopédies et manuels et mettent en pratique leurs nouvelles connaissances avec un enthousiasme naïf. Agriculture, sciences, arts, politique, religion, tous les domaines y passent, entraînant des fiascos désopilants.
Marc Chouppart et Jean-Paul Farré conjuguent leurs talents de duettistes pour nous livrer une version fidèle autant que clownesque de la dernière œuvre de Flaubert. Voici un plaisant manuel de sciences absurdes qui offre une alternative bienvenue à l’intelligence artificielle !
France Net Info
Paris, 1840. Deux employés de bureau se lient d’amitié. À la faveur d’un héritage, ils quittent leurs vies étriquées pour s’installer à la campagne. Pris par une frénésie d’apprendre, ils dévorent encyclopédies et manuels pour expérimenter à tout va…
Gustave Flaubert meurt avant d’achever Bouvard et Pécuchet. Une œuvre dantesque inachevée sur la bêtise humaine, qui va le ronger à petit feu. Cette adaptation est une originale mise en abîme d’une œuvre sans fin.
On suit deux comédiens qui tentent de jouer l’intégralité de Bouvard et Pécuchet en 1h15. Marc Chouppart et Jean-Paul Farré sont vite dépassés par l’ampleur de la tâche, tout comme son auteur qui nous partage ses craintes : « Je patauge, je rature, je me désespère. Leur bêtise est mienne et j’en crève. »
Chouppart et Farré sont délicieux en naïfs fantaisistes. Plus Bouvard et Pécuchet expérimentent, plus ils échouent, plus les comédiens se perdent dans l’infini absurde. Le mépris de Flaubert sur ses contemporains devient alors une drôle et tendre réflexion sur la médiocrité humaine.
De la malacologie à l’astronomie, la bêtise de Chouppart et Farré est une réussite.
L’Affiche
Bouvard et Pécuchet est un roman bien particulier : il est dépourvu d’action, puisque les deux personnages éponymes, deux petits employés devenus rentiers et voulant s’instruire, ne font que passer d’une science à une autre sans rien en tirer. Flaubert a passé les dernières années de sa vie à travailler à cette œuvre, lisant lui-même des centaines d’ouvrages pour la nourrir, et la laissant inachevée. Comment faire théâtre de cela ?
Autant le dire, ce roman n’est pas un indispensable de la culture générale. Tant mieux si on a une idée de l’œuvre en sortant du Poche, mais on est avant tout venu pour deux comédiens savoureux : Marc Chouppart et Jean-Paul Farré. Géraud Bénech, le metteur en scène, fonde tout sur leur duo. Sous sa direction, ils sont deux acteurs qui doivent adapter cette œuvre hors norme sur scène, incarnant les personnages, mais ne parvenant pas, comme Flaubert lui-même, à mener le projet à bien dans le temps imparti. Il y a donc dans le spectacle une dimension de théâtre dans le théâtre.
Nos deux interprètes forment un duo burlesque : entrant sur scène sur une musique de flonflon, leurs physiques disparates (le grand maigre au crâne lisse et le petit trapu cheveux au vent) et leur imperturbable sérieux au cœur des échecs qu’ils subissent sont en eux-mêmes réjouissants. Portée par ces acteurs, l’obstination de Bouvard et Pécuchet à élucider les mystères de la nature et à se remettre à l’étude dégage quelque chose de beckettien : « Essayer encore. Rater encore. Rater mieux » aurait pu dire Flaubert de ses personnages.
Représentent-ils la Bêtise, comme l’a écrit l’auteur dans une lettre citée en voix off ? Comme toujours, l’incarnation scénique humanise, surtout avec ces acteurs-là. Bouvard-Chouppart est un grand dadais facilement émerveillé, Pécuchet-Farré est plus sombre et plus fragile. On s’attache aux personnages par le biais de ces deux grands acteurs, plus qu’on ne le fait à la lecture.
Et, sans effort, on découvre ou redécouvre des aspects du roman. Les extraits de cette œuvre démesurée ont été bien choisis : pour leur drôlerie certes (l’application que font les deux amis de l’esthétique des jardins est cocasse !) mais aussi, parfois, pour leur résonance actuelle, avec l’angoisse écologique avant l’heure qui les étreint.
La revue du spectacle
Quand deux comédiens conjuguent leurs talents pour livrer une version jubilatoire de « Bouvard et Pécuchet »… qui confine au sublime !
Flaubert consacra les huit dernières années de sa vie à la rédaction de cette œuvre improbable, devenue l’objet d’une écrasante recherche, exigeant de lui la lecture de plus de 1 500 livres ! Mais comment venir à bout d’une telle œuvre ? Et comment l’adapter à la scène ? Un pari fou, relevé aujourd’hui avec brio par Jean-Paul Farré, Marc Chouppart et Géraud Bénech qui en signe la mise en scène.
Deux hommes, déboulant chacun d’un côté de la salle, entrent d’un pas énergique sur le plateau et s’arrêtent, face au public. Leurs tenues les inscrivent d’emblée dans une autre époque : élégants costumes sombres avec vestes à queue de pie et gilets, montres à gousset, cravates, chapeaux, guêtres… Tels, au cirque, le “clown blanc” et “l’Auguste”, les deux font la paire, se complétant à merveille : le chapeau claque est un gaillard de haute taille (Marc Chouppart), le chapeau melon, un petit à la silhouette plus arrondie (Jean-Paul Farré).
Les deux compères s’apprêtent à nous raconter l’histoire de “Bouvard et Pécuchet”. Habile mise en abyme du théâtre dans le théâtre. Le roman ayant connu d’innombrables versions, ils n’arrivent pas à se rappeler le titre exact et additionnent les supputations, se reprenant l’un l’autre : “Dubolard et Bécuchet”, “Bolard et Manichet”, “Polar et Manuchet”… Le ton est donné. Celui de la farce.
“Comme il faisait une chaleur de 33 degrés, le boulevard Bourdon se trouvait absolument désert…”, commence l’un. Alors qu’ils ne s’entendent pas non plus sur la température qu’il faisait le jour de leur rencontre, les comédiens se glissent peu à peu dans la peau des personnages flaubertiens. L’histoire va pouvoir commencer. Projection d’un carton sur le mur du fond, un joli intertitre comme on en faisait au temps du cinéma muet, annonçant “Au début du début”. Et les personnages rejouent leur rencontre, alternant dialogues et narration.
Mais de quoi s’agit-il exactement ? Rappelons l’intrigue en quelques mots : Paris, 1840. Deux petits employés, copistes de leur état, se rencontrent par hasard. Dès les premiers instants, la bonne entente s’avère évidente. Tous deux proches de la cinquantaine, l’un veuf (Bouvard), l’autre célibataire – et même puceau – (Pécuchet), ils se découvrent des points communs et deviennent amis. Un héritage providentiel reçu par Bouvard leur permet de réaliser leur rêve : se retirer à la campagne afin de se consacrer entièrement au savoir. Les deux compères s’installent alors à Chavignolles, en Normandie, et s’escriment à mettre en pratique leurs nouvelles connaissances.
Dans leur frénésie d’apprendre, ces néophytes pleins d’enthousiasme dévorent ouvrages de vulgarisation sur ouvrages de vulgarisation, et tentent de les appliquer avec un insuccès constant. Loin de se décourager, ils enchaînent les fiascos ainsi que leurs champs d’expérimentation. Toutes les disciplines y passent : agriculture, anatomie, médecine, planétologie, géologie, archéologie, littérature, art, politique, amour, philosophie, religion, éducation… La liste semble sans fin. D’ailleurs, Flaubert mourut subitement alors qu’il entreprenait le chapitre dix sur l’échec éducatif de Bouvard et Pécuchet, laissant son roman inachevé.
Tout comme les jolis intertitres ponctuant l’avancée du récit, des extraits de la correspondance de Flaubert nous parviennent de temps à autre en voix off – dits, il va sans dire, par un comédien ; en l’occurrence, Stanislas de la Tousche – au sujet de l’énorme entreprise littéraire à laquelle il s’est attelé. Ainsi l’auteur confie-t-il à sa nièce Caroline de Commanville :
“Je suis effrayé de ce que j’ai à faire pour Bouvard et Pécuchet. Je lis des catalogues de livres que j’annote. Mes deux bonshommes m’épouvantent ! Sais-tu à combien se montent les volumes qu’il m’a fallu absorber ? – À plus de 1500. Mon dossier de notes a huit pouces de hauteur. – Je ne suis pas au bout de mes courses, ni de mes tracas. – Enfin, à la grâce de Dieu ! (…)”
Tout comme Flaubert ne semblait pas pouvoir venir à bout de son œuvre, les deux comédiens interprétés par Chouppart et Farré se demandent à leur tour comment se sortir de ce projet pharaonique alors que le spectacle est supposé durer 1 h 15. Et c’est là que la mise en abyme confine au sublime ! Nous n’en dirons pas davantage.
Si Flaubert a voulu fustiger la vanité et la bêtise de son temps, avouons que les deux érudits imaginaires nous sont bien sympathiques, et touchants dans leur naïveté et leur enthousiasme inébranlable. S’ils vont de ratages en recommencements, ils étalent une réjouissante bêtise.
Jean-Paul Farré et Marc Chouppart sont tous deux irrésistibles. La dimension burlesque bien connue de Farré fait ici merveille. À la dimension clownesque des personnages viennent s’ajouter de savoureux dialogues et la virtuosité de la prose flaubertienne.
Lever de rideau
Deux figures ordinaires s’élancent dans une quête insatiable de savoir qui bouleverse leur quotidien et embarque le public dans une odyssée intellectuelle pleine d’ironie. Leur univers s’ouvre comme un laboratoire vivant où chaque nouvelle idée devient le prétexte à des expériences inattendues. L’ensemble se déploie avec une vivacité réjouissante qui illumine l’esprit autant qu’elle amuse.
L’aventure se construit autour d’un lien incandescent avec la camaraderie entre deux hommes soudain affranchis de leur routine. Leur découverte mutuelle nourrit un élan qui transforme chaque domaine exploré en terrain de jeu vibrant, traversé de curiosité et d’élans contradictoires qui se répondent avec naturel. L’intensité émotionnelle grandit à mesure que les personnages plongent dans la complexité de leurs aspirations, révélant une humanité touchante pleine d’élans contradictoires. Jean-Paul Farré et Marc Chouppart jouent avec une énergie fluide qui confère au duo une dimension presque fraternelle, éclatante de spontanéité. Leur élan commun dynamise chaque scène et infuse une générosité touchante. La fantaisie irriguant leur démarche crée un climat où la naïveté devient une force dramatique singulière, capable de renverser attentes et certitudes. On assiste à une ascension où l’enthousiasme devient presque contagieux, comme une promesse de redécouverte du monde. La force de leur binôme rappelle combien l’amitié peut devenir un moteur narratif précieux. Le spectacle s’ancre alors dans un territoire où la légèreté côtoie intensité et réflexion.
« Bouvard et Pécuchet » fait surgir une profusion de disciplines abordées avec une audace qui évoque l’esprit encyclopédique de Gustave Flaubert, sans jamais sombrer dans le didactisme. Chaque tentative de compréhension devient une aventure pleine d’imprévus, révélant la fragilité d’un monde dominé par l’illusion de la maîtrise. Agriculture, géologie, littérature, médecine, politique, religion… tout s’enchaîne dans une ronde haletante où les certitudes se fissurent dès qu’elles se construisent. Cette multitude de chemins ouvre un espace où l’absurde flirte en permanence avec la rigueur intellectuelle, créant une tension fertile. Les comédiens insufflent une précision rythmique qui rend lisible la richesse de ces matières pourtant labyrinthiques. L’humour surgit alors de l’écart entre l’ambition immense et la réalité intransigeante, offrant un décalage savoureux. La pensée devient presque chorégraphique, comme si chaque discipline dessinait un nouveau motif dans une danse imprévisible. La pièce révèle ainsi la poésie des échecs répétitifs, transformés en moments de grâce et d’humour théâtrale. Ce foisonnement compose un paysage mental exaltant que l’on traverse avec étonnement.
La scénographie volontairement minimale permet d’exalter les métamorphoses successives, créant une scène sans fioritures où chaque geste prend un relief particulier. Quelques accessoires suffisent à susciter tout un monde, grâce à une inventivité qui fait de la sobriété un véritable moteur esthétique. Les artistes orchestrent un ballet de mouvements millimétrés qui ouvre un espace de jeu malléable. Les ruptures de tonalité s’articulent avec fluidité et confèrent au spectacle une respiration poétique. L’alchimie du duo, soutenue par un sens aigu du rythme, donne une force physique à chaque situation. On ressent alors l’élan joyeux de deux créateurs qui transforment la contrainte en opportunité expressive. Les voix, modulées avec finesse, cristallisent la pluralité des intentions narratives, donnant au récit une densité remarquable. Tout se construit sous nos yeux comme une mécanique délicate où les idées s’emboîtent avec précision. L’économie de moyens devient paradoxalement un manifeste d’abondance imaginative. On en sort avec l’impression d’avoir vu une aventure très riche et avec une approche nouvelle d’un ouvrage pas si facile d’accès.
On quitte la salle avec la sensation d’avoir partagé une aventure intellectuelle pleine de souffle et d’insolence joyeuse. On retient la complicité d’un duo qui transforme chaque détail en étincelle comique ou poétique. On garde enfin l’impression d’avoir redécouvert Flaubert sous un jour aussi vif que délicieusement irrévérencieux et provocateur.
RegArts
Un duo burlesque pour illustrer la dichotomie entre rêve et réalité…
Quelle belle diatribe contre l’accumulation des savoirs face à leurs expérimentations !
Lorsque Flaubert s’attaque à la rédaction de son dernier roman en 1872, il écrit à sa nièce Caroline de Commanville : « Je suis effrayé de ce que j’ai à faire pour Bouvard et Pécuchet. Sais-tu à combien se montent les volumes qu’il m’a fallu absorber ? À plus de mille cinq cents. »
L’adaptation originale de Géraud Bénech et de Marc Chouppart répond avec bonheur à une triple ambition : valoriser la magnifique prose, pleine de dérision de l’auteur, privilégier les dialogues vifs et savoureux et conter l’histoire de la « fabrication » si laborieuse de cette œuvre inachevée, grâce à la voix off de Flaubert, interprétée par Stanislas de La Tousche, qui continue sa correspondance avec sa chère nièce, ponctuant ainsi habilement chaque chapitre du récit ; il lui fait part de ses difficultés, de ses angoisses et de son enchaînement « à ces deux bonhommes qui m’épouvantent ! »
Quelle exaltation eut été la sienne de constater que sa pièce, interprétée un siècle et demi plus tard, par deux artistes aussi cocasses que ludiques apporterait autant de joie à un public enchanté et hilare… N’écrivait-il pas en août 1859 « Je n’ai aucune biographie… L’écrivain ne doit laisser de lui que ses œuvres. Sa vie importe peu. Arrière la guenille ! »
Paris 1840, deux copistes se lient d’amitié. Quand Bouvard hérite, les deux compères quittent leurs vies étriquées pour devenir propriétaires terriens d’une ferme de trente-huit hectares… Ils se jettent alors sur toutes sortes d’encyclopédies pour suivre à la lettre les conseils et recommandations, parfois contradictoires, souvent folkloriques des divers ouvrages… S’ensuivent une cascade d’événements catastrophiques aussi bien techniques qu’esthétiques, avec puanteur généralisée et solitude désespérante : nos apprentis-naïfs ayant fait fuir tous leurs voisins horrifiés ! Reste à découvrir l’Amour pour ces deux célibataires endurcis… Pécuchet s’entiche d’une petite bonne à l’air bien prude qui fait des manières, puis qui lui refile… une maladie vénérienne et Bouvard courtise une veuve qui après des effets de robe affriolants et des minauderies le mettant dans tous ses états « Je vous Aimeuh ! Marions-nous !!! » s’en va en épouser un autre bien plus riche…
Rendons un bel hommage au jeu extraordinaire des deux comédiens désopilants, à l’énergie communicative : Jean-Paul Farré toujours aussi effarant de pétulance qui campe un Pécuchet halluciné et Marc Chouppart aussi ahuri que drolatique qui incarne un Bouvard totalement déconnecté de la réalité…
Flaubert meurt le 8 mai 1880, foudroyé à sa table de travail, en train d’écrire son deuxième volume de Bouvard et Pécuchet qui devait s’appeler Le Dictionnaire des idées reçues…
Un spectacle à ne pas manquer, tant il est jouissif à regarder et tant il demeure actuel à l’époque des réseaux sociaux bourrés de clichés, de l’information qui remplace la connaissance et de MA Liberté de penser ce qui me plaît, au plus grand mépris DES Vérités factuelles et scientifiques…
Science Infused
Tandis que l’un, Bouvard, est aussi longiligne que chauve, l’autre, Pécuchet, est trapu et court sur pattes, mais tous les deux portent le col amidonné et la lavallière de soie stupide, ainsi qu’une paire de guêtres plus affligeantes qu’élégantes. Ils se sont rencontrés par hasard, au bout du boulevard Bourdon, à Paris, et se sont reconnus sans se connaître tant ils étaient, à l’évidence, faits de la même pâte humaine d’aimable niaiserie. Ils sont employés aux écritures, copistes, médiocres reproducteurs des vomissures maniaques d’un univers sans goût ni grâce.
Comme Bouvard hérite, d’un vieil oncle lointain, une coquette somme d’argent, les nouveaux amis vont cesser de travailler, quitter Paris et acquérir une ferme dans la Normandie profonde. Après avoir, sans grand succès, tâté de l’agriculture, ils vont s’enfermer pour lire à peu près tout ce qui constitue le savoir fondamental du bourgeois moyen du XIXe siècle. Mais leur incurable bêtise est si ancrée en eux qu’ils vont, à chaque lecture, déformer, détourner, malmener tout ce que leur cerveau aura ingurgité. Ils deviennent des puits de fausse science, des chantres de la connaissance superficielle, des héros du savoir fastidieux et inutile.
Ainsi Flaubert avait-il conçu un roman aussi monstrueux que tortueux sur les pérégrinations absurdes de deux imbéciles notoires, représentatifs, dans l’esprit du vieil ermite anarchiste de Croisset, de ce que la société contemporaine pouvait produire de pire, la lie de la pensée, l’excrément de la psyché humaine. Eût-il vécu de nos jours, Flaubert aurait inscrit son Bouvard sur X et Instagram, il aurait fait de son Pécuchet un notoire complotiste, et il aurait présenté ces deux-là comme des admirateurs patentés de Donald Trump.
C’est à la toute fin de sa vie que Flaubert s’attelle à cette tâche épuisante qui consiste à raconter l’histoire de la bêtise humaine. Mais, si cette dernière, la bêtise humaine, est inépuisable, en revanche les forces de Flaubert, elles, l’étaient, épuisables. Et Bouvard et Pécuchet dévorèrent leur auteur, phagocytèrent son énergie, cancérisèrent sa foi, et Flaubert, le grand Flaubert, laissa son œuvre à jamais inachevée sur les premières notes du dictionnaire rédigé par les deux crétins : « le dictionnaire des idées reçues »…
Dans cette adaptation théâtrale drolatique, les deux protagonistes, magnifiquement campés par Marc Chouppart et Jean-Paul Farré, sont d’emblée (par le biais déjà des inserts vidéo-projetés) du côté du burlesque cinématographique : ils sont, sous nos yeux, Laurel et Hardy, Chaplin et Buster Keaton, deux des Marx brothers. Ils sont aussi personnages de comics ou clochards célestes façon Samuel Beckett : Jerry et Mitsou autant que Vladimir et Estragon. « Bouvard et Pécuchet », sur la scène du Poche Montparnasse, est, sans conteste, une bien belle adaptation, mise en scène par Géraud Bénech, de l’un des textes les plus engagés, les plus fous, les plus mordants de l’auteur de Madame Bovary.
SNES-FSU
Deux formidables acteurs pour faire entendre l’histoire des deux anti-héros de Flaubert.
Deux promeneurs se rencontrent sur un banc. Ils se nomment Bouvard et Pécuchet et découvrent bien vite que chacun a écrit son nom dans son chapeau, ce qui les encourage à sympathiser ! Tous deux sont copistes, ils partagent les mêmes centres d’intérêt et aimeraient s’installer à la campagne. Par le plus grand des hasards Bouvard bénéficie d’un héritage, ce qui leur permet de réaliser leur rêve. Ils achètent une maison, se mettent à dévorer livres et manuels pour se lancer dans toutes sortes d’activités, l’agriculture, les engrais, l’élevage, le jardinage avec une exaltation qui aboutit toujours au désastre. Loin de se décourager, ils se lancent ensuite dans les sciences, l’archéologie, la littérature, la religion et même l’amour avec toujours le même résultat. Leur frénésie à vouloir tout savoir, tout expérimenter et leur bêtise les emmènent dans une succession d’échecs plus risibles les uns que les autres. Il ne leur restera plus qu’à redevenir copistes comme autrefois.
Marc Chouppart et Géraud Bénech se sont lancés dans l’adaptation du célèbre roman de Gustave Flaubert, demeuré inachevé en raison de sa mort. Deux bancs accueillent les deux comédiens Marc Chouppart dans le rôle de Bouvard et Jean-Paul Farré dans celui de Pécuchet. Un petit cartel annonce des titres d’épisodes à la manière de ceux des films muets. Le contraste de la silhouette de chacun des comédiens, Marc Chouppart grand et longiligne et Jean-Paul Farré plus petit et plus rond, rappelle avec bonheur les illustrations anciennes du roman. Restituant la prose virtuose de Flaubert, ils racontent l’histoire de Bouvard et Pécuchet et glissent très vite vers le dialogue entre eux. Parfois ils laissent place aux affres de Flaubert, racontant dans ses lettres à sa nièce bien-aimée, comment il s’est lancé lui-même dans la lecture d’une masse énorme de ces ouvrages dont se sont bercés « ses deux bonhommes » ainsi qu’il les appelle. La virtuosité de l’écriture de Flaubert se fait cruelle pour moquer leurs ambitions et leur bêtise et les deux comédiens sont irrésistibles dans leur duo clownesque.
Spectacles Selection
Entre les écritures d’un morne emploi, Bouvard et Pécuchet font connaissance, assis sur le même banc d’un parc, échangent sur maints sujets et se lient d’amitié. Un héritage et quinze mille livres de rente annuelle plus tard, Bouvard décide de quitter Paris pour la campagne. À six mois de la retraite, Pécuchet démissionne pour le suivre. Bouvard fixe son choix sur une ferme de trente-huit hectares sise à Chavignolles. Une vie champêtre, ils s’y voient déjà ! Faire fructifier la terre est leur première entreprise. Mais le délire du compost qui anime Bouvard lui est fatal. La mort des animaux de la ferme, conséquence de curieux traitements, puis un incendie, mettent un terme à leur nouvelle vocation. Architecture des jardins, sciences, arts, politique, religion, tous sont mis en pratique mais tous sont voués à des échecs pour le moins désopilants. Le désœuvrement pointe son nez. Ils se prennent alors à rêver d’amour… « Leur rencontre avait l’importance d’une aventure », une aventure également pour Gustave Flaubert qui, à l’ombre d’une documentation saisissante qu’il évalue lui-même à plus de 1500 volumes, s’investit des années dans l’écriture de cette œuvre qui demeura inachevée.
On salue l’excellente adaptation et l’interprétation loufoque de Jean-Paul Farré et Marc Chouppart. Tout d’abord conteurs de l’histoire, ils en viennent à incarner les héros, affairés à vouloir restituer l’œuvre dans son entier. Un drôle de spectacle mené par un duo de choc.
Spectatif
Le Théâtre de Poche Montparnasse accueille une aventure singulière qui transforme deux piliers facétieux de l’imaginaire littéraire en compagnons de jeu étonnamment proches du public.
Le texte de Flaubert explore avec vivacité et malice les aspirations de deux curieux maladroits, toujours à la recherche de savoir et de nouvelles expériences. Marc Chouppart et Géraud Bénech ont conçu une adaptation théâtrale qui met en avant la curiosité insatiable des deux héros. Le spectacle montre leur persévérance joyeuse face aux échecs et leur désir de comprendre et d’organiser le monde. Chacune de leurs tentatives se révèle à la fois drôle et touchante, souvent animée d’un émerveillement comique.
Le spectacle illustre ce besoin presque irrépressible de tout explorer et d’accumuler des connaissances. L’emballement de Bouvard et Pécuchet, leurs essais et leurs certitudes fragiles dessinent un portrait tendre de l’humanité en quête de repères. Avec légèreté, le spectacle montre les chemins détournés empruntés, les élans soudains, les détours et les découvertes imprévues. L’ensemble gagne ainsi une profondeur discrète que complètent un humour traversant et un goût du jeu, installant dès les premières minutes une atmosphère chaleureuse et rieuse.
La mise en scène de Géraud Bénech installe un espace clair et souple qui laisse la part belle aux comédiens Marc Chouppart et Jean-Paul Farré. Quelques éléments choisis avec soin accompagnent leurs élans sans jamais raconter à leur place. Tout circule avec fluidité. Les comédiens s’emparent de cet environnement avec une précision de jeu savoureuse, restituant deux compagnons discrets, un rien benêts et curieusement gourmands de découverte. Leur jeu aux accents clownesques soutient avec finesse les variations et les explorations soudaines des protagonistes. L’ensemble respire une simplicité efficace qui met en valeur le mouvement et l’imagination.
Chouppart et Farré naviguent dans ce petit monde comme des artisans minutieux, connaissant chaque recoin de leur plateau. Leur duo impose une énergie vive qui respire la connivence et la curiosité permanente. Ils offrent aux personnages, avec une sincérité toujours désarmante, une humanité légèrement décalée, prête à bondir sur la moindre idée.
Le spectacle se savoure comme une promenade pleine de détours. Bouvard et Pécuchet brillent dans leurs aléas. Le goût pour l’étude et les certitudes fragiles donnent lieu à des scènes de maladresses attendrissantes, aussi ambitieuses que cocasses, nourries d’un humour fluide qui glisse avec aisance d’un registre à l’autre.
Texte et jeu s’imbriquent parfaitement. Marc Chouppart et Jean-Paul Farré s’en emparent avec un esprit ludique et une joie manifeste qui traversent la salle de manière quasi contagieuse. Du théâtre comme on aime. Intelligent, drôle et profondément humain, pétillant par sa fantaisie, sa tendresse et son humour. Une interprétation à la vitalité remarquable qui fait de ce moment un plaisir théâtral à savourer.
De la cour au jardin
Bouvard et Pécuchet : Allez hop, tout l’monde à la campagne !
Ah ! Chavignolles ! Ses crottins, ses champs à perte de vue, et ses deux copistes autoproclamés paysans !
Au Poche-Montparnasse, Marc Chouppart et Géraud Bénech signent une brillante, intelligente et irrésistible adaptation du dernier roman de Gustave Flaubert. (Les fidèles lecteurs de ce site se souviennent encore de leur épatant spectacle consacré à un certain Jacques Chirac…)
Dans cet ouvrage inachevé (le papa d’Emma s’éteindra le 8 mai 1880, en pleine écriture du dixième chapitre de Bouvard et Pécuchet) nous sont présentés ces deux modestes employés de bureau, copistes de leur état, qui décident de se retirer à la campagne.
Les voici pris d’une véritable frénésie d’apprendre : l’agriculture, l’élevage, mais aussi les sciences, les arts, la politique, la religion, j’en passe et non des moindres… Autant de domaines où, malgré la lecture de quantité de livres plus ou moins savants, ils vont lamentablement échouer dans tous les domaines, enchaînant fiasco sur fiasco.
La première qualité de ce spectacle est de rendre un véritable hommage à l’écriture de Flaubert, cette prose merveilleuse qui va être « passée au gueuloir » durant quelque soixante-quinze minutes. (La manière dont nous sera évoquée la création d’une fosse à engrais, ou encore la narration de l’incendie d’une partie du domaine, tout ceci porte très haut le style flaubertien !)
Ensuite, il sera question de traiter le propos littéraire et dramaturgique par le biais du burlesque le plus abouti.
Deux comédiens que nous connaissons bien ici, vont incarner ces deux benêts enthousiastes : Marc Chouppart lui-même et Jean-Paul Farré, qui revient dans ce théâtre qu’il connaît comme sa poche (sans mauvais jeu de mots…). Les deux vont nous donner une nouvelle magistrale et grandiose leçon d’interprétation.
Sous la houlette de Géraud Bénech, ils incarnent ces deux personnages, avec leur inénarrable vis comica, leur épatante puissance comique. Au fond, devant nous, vont évoluer deux clowns, avec chacun leurs spécificités propres. Tout d’abord leur physique, bien différent, un grand clown blanc et l’autre, auguste plus rondouillard (ce n’est pas faire offense à M. Farré).
Le tandem classique du burlesque, le grand le petit, aux caractéristiques bien différentes, l’Estragon et le Vladimir, qui en l’occurrence vont attendre eux aussi en vain de réussir dans leur soif d’action et leur soif de connaissances.
Oui, les codes du burlesque vont nous sauter à la figure. Le jeu malin, pétillant, parfois exacerbé, qui provoque moult rires et fous rires : en la matière, les deux s’en donnent à cœur joie, et font fonctionner nos zygomatiques à plein régime. De grands moments de comédie nous attendent !
Le metteur en scène a également fait appel aux codes du cinéma muet burlesque, en utilisant ces cartons encadrés noirs et blancs, projetés au lointain, titrant ou décrivant certaines scènes. Là encore, tout ceci fonctionne parfaitement.
Autre élément burlesque : la création sonore et musicale, avec l’utilisation d’instruments pouvant prêter à rire. Les traits mélodiques de tubas, d’euphoniums et autres saxhorns soulignent parfaitement l’humour qui se dégage de ce duo comique.
Un autre propos dramaturgique nous est présenté : il sera également question de pénétrer les coulisses de la création par le grand Gustave de son dernier ouvrage. Ces deux hommes qui se présentent à nous dans une sorte d’uniforme (queue de pie, gilet, chapeau claque ou melon, guêtres…) sont des comédiens qui interprètent… des comédiens. Messieurs Chouppart et Farré se glissent peu à peu dans la peau des personnages flaubertiens. Parfois, ils arrêtent net leur jeu, dans des ruptures jubilatoires, pour revenir au principe du comédien-narrateur. Ainsi, une sorte d’alternance très maligne nous tient en haleine en permanence. Le propos est très subtil et judicieux.
Nous avons également droit à des adresses-public elles aussi réjouissantes qui provoquent l’hilarité.
De plus, Flaubert, nous l’entendrons. Enfin… Ce sont les mots de Flaubert que nous entendrons… Et ce, par le biais d’une voix off bien connue également, celle de Stanislas de la Tousche, qui nous dira des extraits de la correspondance du romancier à propos de l’énorme tâche littéraire à laquelle il est en train de s’atteler. Là encore, tout ceci est très pertinent.
Coup de chapeau à Dorian Mjahed-Lucas, qui derrière ses consoles et autres appareils électroniques envoie quantité d’effets lumineux ou sonores du meilleur effet. Le côté technique de ce spectacle est lui aussi impressionnant !
Et la fin du spectacle alors ? Comment terminer l’adaptation d’un roman inachevé ? Là encore, quelle intelligence ! (Je vous laisse évidemment découvrir !)
Vous l’aurez compris, ne manquez pas cette pépite, ne passez pas à côté de cette magistrale adaptation du dernier chef-d’œuvre de Gustave Flaubert. C’est brillant, vous dis-je ! Et l’on n’oublie pas de faire fonctionner ses « membres pelviens » !
du mardi au samedi à 19h
et le dimanche 8 novembre à 15h






