Acte 2

La vie éternelleAvignon 2026

Cette folie de vouloir rester jeune

Jeanne et Bruno, la vingtaine, se préparent dans leur bel appartement.
Ambiance Zen. Bois clair sur les murs. Moquette douce au sol.
Ils sont beaux. Pieds nus. Le teint hâlé. Une dentition blanche, et vraiment parfaite.

La porte sonne.
Jeanne et Bruno ouvrent à leurs deux enfants : Sarah et Jerry.
Ils ont respectivement 52 et 54 ans... Et n’ont pas l’air en forme.

Tiendront-ils face à des parents qui rajeunissent de jour en jour ? Alors qu’eux vieillissent ?


de Gabor Rassov

mise en scène
Matthieu Rozé

avec
Aymeric Fougeron, Margot Heckmann,
Stéphane Metzger, Juliette Poissonnier

scénographie Jean-Michel Adam
lumière Erwan Tassel
son Pascal Lafa
vidéo Léonard
costumes Nadège Bulfay

assistante mise en scène Yaël Tama

production François Volard, Acte 2
avec le soutien de la ville de Saint-Maurice (94) et du théâtre du Val d’Osne


Culture Tops
Quand la science (pas si) fiction pousse la porte du théâtre, elle peut nous surprendre et nous terrifier.
Dans cette dystopie angoissante, Gabor Rassov excelle à nous entretenir dans un climat où la tension dramatique la dispute à une réflexion plus profo
nde sur la dérive de nos sociétés en mal d’innovation.

Trop souvent victimes des dictats de l’apparence, il pousse le curseur jusqu’à son paroxysme avec ses personnages « amortels » condamnés à la vie éternelle.
Margot Heckmann, Aymeric Fougeron, Stéphane Metzger, Juliette Poissonnier interprètent magistralement cette comédie familiale et cruelle et qui sonne comme un avertissement salutaire sur notre futur.

Sur les planches

Le Théâtre des Gémeaux présente actuellement la vie éternelle de Gabor Rassov, dans une mise en scène de Matthieu Rozé. Ce spectacle explore le fantasme de notre psyché humaine à sacraliser la jeunesse à tout prix. A travers ce récit d’anticipation Gabor Rassov prête le flanc à ce fantasme en inversant avec une dose d’ironie la condition humaine. Les parents demeurent jeunes et les enfants vieillissent. Scénarisé sous une forme qui rappelle 1984 de Georges Orwell, Gabor Rassov entrevoit une société qui fait froid dans le dos. Un spectacle intéressant qui brille par son originalité.

Un couple a décidé de participer à un programme d’Etat afin de retrouver la jouvence éternelle. En revanche ils en ont exclu leurs enfants, Bertrand et Sarah compte tenu du poids financier qui les lient à « l’Entreprise » pour quelques milliers d’années. Pour une vie éternelle, on ne compte pas !  Ils vivent dans un monde aseptisé dans une parfaite superficialité de la vie.. Cette décision inique fruste leurs enfants qui se voient excluent du programme. constatant le cynisme et l’égoïsme de leurs parents, ils nourrissent à leur égard que mépris et rancoeur. Cependant Sarah dispose d’un attachement particulier pour son père.
Ce tendre penchant constituera le cheval de Troie d’une dramaturgie dévastatrice.

Cet univers orwellien a finement décrit. On ressent tout le poids de l’ennui d’une éternité qui dure où les générations vont progressivement s'éteindre. D’aucuns se rappelleront à cet égard, le roman de Simone de Beauvoir, Tous les hommes sont mortels, où il était question d’immortalité. Une vie éternelle terrifiante de solitude. Saluons les prestations de Stéphane Metzger et Juliette Poissonnier qui apportent solidité et crédibilité au propos.


Théâtral magazine
Ils sont beaux, jeunes, amoureux. Ils attendent des invités pour dîner. Un homme et une femme de 50 ans arrivent ; ce sont leurs enfants.

L’ordre du temps s’est inversé dans cette famille car les enfants n’ont pas pu obtenir le crédit pour se faire implanter des nanos processeurs permettant de rajeunir comme leurs parents et de devenir ce qu’ils appellent a-mortels, c’est-à-dire éternellement jeunes mais mortels. Malgré la situation étrange, parents et enfants s’aiment et se respectent jusqu’à ce que le fils ait besoin d’un foie pour soigner son alcoolisme…

Gabor Rassov est l’auteur de pièces démentes comme Jacques et Mylène ou Les Amis du placard. Sans donner de leçon, il place ses personnages dans des situations absurdes et donne à observer ce que cela produit. L’éternité semble antinomique dans un univers par définition éphémère. Et encore plus dans une société où tout est jetable. Or l’éternité, ou plus exactement dans le cas de la pièce, la très longue durée, se paye en argent, mais aussi en temps et en ennui et provoque le dérèglement de la société, en creusant les inégalités et surtout en fabriquant une espèce hors du cycle de la vie.

En nous ballottant entre rire et effroi, la pièce, parfaitement incarnée, nous rappelle qu’il y a peut-être certaines limites à ne pas franchir…

Vivant Mag

Salle comble pour ce spectacle présenté comme une comédie autour du transhumanisme. Sujet grave et important qui a attiré ma curiosité.

Sur le plateau dans l’obscurité, un grand écran où la matrice défile façon Matrix et nous met dans le bain immédiatement. Quand la lumière s’allume, nous sommes dans un appartement très sobre et le jeune couple d’une beauté flagrante et tout de blanc vêtu, nous fait partager leur vision d’un avenir technologique optimiste. Grâce aux nano-structures qu’ils se sont fait implanter dans le corps, ils peuvent prévenir leur vieillissement et maintenir leur corps à leur âge optimal : 25 ans et 3 mois. Cela peut sembler un peu gros, mais nous n’en sommes pas loin aujourd’hui, notamment dans la Silycon valley où de nombreuses start-Up sont déjà en place sur ces marchés.

Il est vrai, que pour coller à cette réalité, Jeanne et Bruno ont du s’endetter avec un prêt sur 3678 ans. Pour une vie éternelle, c’est peu au final. Le problème, c’est que leurs enfants n’ont pas pu obtenir le prêt et qu’ils ont maintenant la cinquantaine passée et n’ont pas l’intention de mourir avant leurs parents.

Cette histoire dans laquelle je me suis laissé embarquer, portée par des comédiens crédibles et une mise en scène simple et efficace, permet d’aborder la question immémoriale des relations parents/enfants – que doit-on à ses enfants ? – mais aussi de l’individualisme, de l’évangélisme technologique ou de la fin de vie. Mathieu Rozé nous déroule une histoire qui reste accessible et qui permet de s’interroger sur cette croyance d’un avenir technologique qui nous sauvera. Un spectacle qui devrait connaître un beau succès.

 


Galerie photos


au Théâtre des Gémeaux à 16h20

du 4 au 25 juillet 2026
relâches  8, 15 et 22 

La vie éternelle