Acte 2

Hitchcock & Mary RoseAvignon 2026

 

La face cachée du Maître du suspense

Alfred Hitchcock réunit la scénariste JP Allen et la comédienne vedette Tippi Hedren, juste avant le tournage de "Pas de printemps pour Marnie", pour leur faire découvrir un projet mystérieux :
un scénario inspiré de l’histoire fantastique de Mary Rose, par l’auteur de Peter Pan.

La lecture privée de ce scénario ouvre des portes sur la psyché tourmentée du maestro...

Pourquoi a-t-il choisi cette œuvre ?
Quel est le lien puissant qui le relie à Mary Rose ?

Comment Tippi Hedren, sa star devenue la proie d’une libido inassouvie, va-t-elle réagir face à l’emprise d’Alfred ?

Le duel va se jouer à fleurets non mouchetés.


de Michael Sadler

mise en scène et scénographie Christophe Lidon

avec
Melanie Page
Eric Prat
Marjorie Frantz


lumières Cyril Manetta
musique Cyril Giroux
vidéo Léonard
costumes Jean-Daniel Vuillermoz
assistante à la mise en scène Mia Koumpan

production François Volard Acte 2
Création CADO Orléans Centre national de création Orléans - Loiret


Coups d'Œil

Le metteur en scène Christophe Lidon nous plonge dans un univers résolument hitchcockien, donnant à entendre les obsessions du maître du suspense : sa fascination pour Tippi Hedren et son désir inassouvi d’adapter la pièce Mary Rose de James Matthew Barrie, qui explore le thème de la jeunesse éternelle face au temps qui passe.

L’auteur anglais Michael Sadler (Brexit sentimental) s’est inspiré d’une authentique histoire pour tisser la trame de sa pièce. En 1964, Alfred Hitchcock est au sommet de sa gloire. Il vient d’achever le film Les oiseaux. Sa prochaine réalisation, Pas de printemps pour Marnie, a été repoussée. Il profite de cette pause forcée pour remettre à l’ordre du jour ce projet qui lui tient à cœur, Mary Rose, une pièce du père de Peter Pan, qu’il a découverte dans sa jeunesse lors de sa création en Angleterre.

Le passé ne meurt pas

L’action se déroule dans la suite du Château Marmont, le mythique hôtel d’Hollywood. Hitchcock a convoqué la scénariste Jay Presson Allen et sa comédienne fétiche du moment, Tippi Hedren. Tous les trois vont préparer la lecture qu’ils doivent faire le lendemain devant Lew Wasserman, le légendaire magnat du cinéma hollywoodien.

Pour bien comprendre le contexte de la pièce, l’auteur ouvre son récit par des dialogues un peu trop explicatifs. Une fois ce passage obligé franchi, la dramaturgie prend toute son ampleur. L’intrigue se déploie sur deux plans : d’un côté, la lecture de Mary Rose, la pièce alors inédite en français ; de l’autre, la relation ambiguë qu’entretient le maître avec sa comédienne. Empêché de réaliser ce film, jugé trop intellectuel par les studios, et incapable de posséder cette femme sublime qui finit par se rebeller, le cinéaste tout puissant se heurte à ses propres limites. L’auteur brosse ainsi le portrait d’un Hitchcock confronté à l’échec, tant sur le plan artistique que personnel.

Un enchantement esthétique

Entouré de son équipe technique habituelle, Christophe Lidon signe un objet théâtral remarquable. Il entraîne le spectateur sur plusieurs plans à la fois : dans l’esprit du maître du suspense et au cœur des images suscitées par la lecture de Mary Rose.  Le voyage en train, l’île mystérieuse des Hébrides, la maison des parents traversant le temps, surgissent en une succession de fondus enchaînés. Lorsque l’action revient à la réalité, dans la suite du palace, l’esthétique demeure celle d’un cinémascope aux couleurs somptueuses. Tout concourt à recréer l’univers des films d’Alfred Hitchcock.

Un trio d’experts

Silhouette massive, regard de prédateur ou d’enfant capricieux, Éric Prat possède les nuances nécessaires pour incarner le réalisateur. Sa prestation de cet ogre aux pieds d’argile est marquante. Brindille blonde et fragile, Mélanie Page est très convaincante en Tippi Hedren. Ses regards apeurés ou plein d’incompréhension expriment admirablement les tourments que lui fait subir le réalisateur. Docile lorsqu’elle suit ses indications pour le personnage de Mary Rose, elle n’hésite pas à se rebeller quand il s’attaque à sa personne.

Dans le rôle de la scénariste qui connaît les rouages du métier, Marjorie Frantz impressionne par son sens de la rupture et la richesse de sa palette de jeu. Cette femme de caractère n’hésite pas à rabrouer le maître, tout en prenant la défense de la « blonde masochiste ». Formant un ensemble parfait, tous font entendre la partition de cette pièce qui, à l’image d’une musique de film hitchcockienne, accompagne la comédie du pouvoir, l’élan de la création et le drame de l’emprise.

Culture Tops

Une histoire méconnue du cinéma américain sur un film réalisé par le maître du suspense.

L'histoire de l'emprise du monstre du cinéma sur une actrice fragile soumise au dictat d'une légende qui sut la première dénoncer ses abus.
Ici trois interprètes formidables donnent vie à des personnages troubles dont la connivence n'est que de façade mais toute imprégnée d'enjeux personnels souvent peu avouables. Compromission, manipulation, révolte craquèlent le vernis d'un Hollywood au vernis clinquant. Le voile se lève sur l'image plus obscure d'un réalisateur à l'aura incontesté mais aux méthodes plus que contestables mais qui va vivre la plus grande humiliation de sa vie.
Dans le rôle du maître, Eric Prat est tout simplement prodigieux de machiavélisme sadique, usant tour à tour de perversité et d'humour, incarnant sans singer un Hitchcock plus vraie que nature, Marjorie Frantz est la parfaite incarnation d'une femme aussi ambitieuse que vigilante mais consciente des limites de son action et Mélanie Page donne à son rôle de Tippi Hedren, la fragilité et la force de celle qui sut incarner la première lanceuse d'alerte sur l'emprise abusive des réalisateurs sur les actrices.

Christophe Lidon signe ici une mise en scène créative, ludique et pleine de suspense, digne du maître du genre.


Tatouvu

Hitchcock/Lidon ou la rencontres de deux maîtres incontestés.
Quand deux monstres sacrés se rencontrent, qu'est-ce qu'ils se racontent... ? Vous imaginez la suite.
Du haut de Sa Suffisance, le Grand Alfred ne se serait pas forcément penché sur le cas Lidon. En revanche, le Grand Christophe Lidon l'a fait. Et bien fait. Entre théâtre et cinéma, vous allez plonger dans la psyché de ce « deus ex machina » de Hollywood.
Et c'est juste... jubilatoire !

Ça vous dirait de découvrir une lecture privée d'un scénario mis sous le boisseau depuis des lustres ?
Ce n'est pas hollywoodien, cela n'a rien à voir avec « Les dix Commandements ». Ici, pas de tralala, de décors grandioses, tout est simple : ambiance cosy-chic d'un grand hôtel, joli canapé, petit bureau, fauteuil, une porte qui s'ouvre sur un grand écran en fond de scène, des éléments sonores et visuels. Non, de commandements, il n'y en a qu'un : celui du Maître, interrompu parfois par une clochette qu'agite la scénariste-maison J.P. Allen, la seule qui reste et supporte, juste en maugréant, les travers (de porc ?) du réalisateur libidineux. Cette clochette a valeur symbolique d'avertissement. Ne pas dépasser la ligne blanche.
Bon, Ça vous dit ? Moi aussi. En anglais. Me too. Et voilà, nous y sommes ! Cher public, que vous soyez féministe ou non, vous allez assister au premier « Me-too » de l'histoire du cinéma américain. Sous couvert de lire un scénario inspiré de l'histoire de « Mary Rose », écrite par l'auteur de Peter Pan, le vénéneux et habile Hitchcock va s'appuyer pour le jeu de la méthode (« The Method »), celle développée par Stanislavski, reprise à l'Actor's Studio par Strasberg, pour assouvir ses propres fantasmes. Pour faire court, il ne s'agira pas pour sa blonde - comme diraient nos cousins Québécois - de faire semblant, mais de jouer vraiment, d'incarner le personnage.
On connait tous son fantasme pour les blondes (pas les cigarettes, bien que l'ogre pourrait les consommer aussi vite), de Kim Novak à Grace Kelly en passant par Eva-Marie-Saint sans oublier celle qui nous intéresse aujourd'hui : Tippi Hedren, Tippi la fondeuse, celle qui osera se refuser à lui, jusqu'au bout, celle dont le machiavélique Alfred finira par briser sa carrière.
En somme, Hitchcock préfigurait les Weinstein, Epstein d'aujourd'hui, ces hommes auréolés d'un pouvoir absolu, qui généraient des recettes faramineuses et devenaient de fait « intouchables ». Toucher, en revanche, était leur moteur, c'est donc sournoisement qu'en interprétant les différents personnages du scénario il essaie de voler, qui un baiser, qui une étreinte qui...Le tout, sous le regard de connivence, à peine marri, de la scénariste. Il n'est qu'à relire les archives pour attester la mysoginie - d'aucun diront, mâtinée d'humour - du réalisateur : « Dieu a créé les blondes pour en faire des victimes » ou encore « Irresponsable et infantile, vous avez tout pour faire une excellente comédienne ». Même devenue spectre dans la pièce, Tippi Hedren alias Mary Rose subira les derniers assauts du Maître du suspense. Chant du cygne pour ce dernier qui, en voulant tourner cette œuvre très « personnelle » se verra refuser son scénario. Fin de l'emprise, l'armure se fend, le mythe est déboulonné.
C'est jubilatoire en tout ! Par la scénographie qui nous plonge entre théâtre et cinéma, par la bande sonore et le travail sur les lumières et, last but not least, par la distribution : le génial Eric Prat se voit offrir un rôle à sa (dé)mesure : il incarne Hitchcock sans l'imiter, se contentant d'accentuer la lippe et la démarche lourde mais assurée, la bouche est gourmande et humide, l'œil concupiscent, malicieux, diabolique et le phrasé...jubilatoire.
Marjorie Frantz - iconique Merteuil - est comme toujours impeccable et convaincante. Quant à Melanie Page, elle est une Mary Rose à la fois faible et forte, éthérée, fragile, angélique et rebelle. Courageuse, elle n'abdique en rien et retrouve sa dignité en échappant aux griffes d'un prédateur obscène et puissant.
Il lui en aura fallu du temps pour montre cette oeuvre, mais, en bon Maître des horloges et du suspense, Christophe Lidon est assuré aujourd'hui de vous offrir un ascenseur émotionnel qui pourrait vous conduire au syndrome de Stendhal ! Amateurs de sensations fortes, attachez vos ceintures ! C'est, je le répète... jubilatoire !

Sur les planches

Le Théâtre des Gémeaux nous a présenté un spectacle étonnant de Michael Sadler, Hitchcock et Mary Rose.
Cette pièce, tirée de faits réels, nous dépeint Alfred Hitchock sous des dehors inattendus, voire glaçants. La qualité de la mise en scène de Christophe Lidon tient à ses effets narratifs contrastés et à un déroulement qui procède davantage du film. Un bel hommage rendu sous forme de clin d’oeil au maitre du suspense.
Au château de Marmont, Hitchcock peaufine son dernier film qui lui tient à coeur, Mary Rose. Adaptant l’oeuvre de James M. Barrie, il se propose de présenter son projet au patron de Universal Studio. Invitant sa scénariste préférée et Tippi Hedren au château, il leur propose d’en faire une lecture. Sous contrat avec Hitchcock, Tippi Hedren, qui lui doit sa notoriété grâce notamment à son dernier film Les Oiseaux, n’ose la lui refuser. Christophe Lidon a prévu une lecture astucieuse de sorte que des vidéos projetées sous-tendent la lecture des protagonistes.
Entremêlant le récit et ses désirs pour Tippi Hedren, Hitchcock masque ses intentions personnelles. Devant les protestations de Tippi Hedren avance les mérites de la méthode de l’Actor’s Studio. Allumant des contrefeux et brouillant les pistes, Hitchcock se perd dans cette histoire qui ne ressemble à aucun de ses précédents films. La résonnance de cette histoire le hante. La pièce de Michael Sadler fait écho au séisme qui depuis quelques années secoue le monde artistique. Ecornant l’image prestigieuse du maitre du suspense, il nous propose une lecture différente et peu reluisante du personnage. Mettant en relief la duplicité et le cynisme du cinéaste, Michael Sadler en trace un portrait au vitriol. Ces faits méconnus du grand public jettent une ombre sur ce génial metteur en scène.

La mise en scène de Christophe Lidon est subtile joignant la parole à l’image.

Les comédiens brillent par l’excellence de leur interprétation garantissant une qualité supplémentaire au spectacle.


L'Affiche

Je ne suis pas un grand cinéphile. Je ne connais pas vraiment Alfred Hichcock, à part les films les plus connus. Il faut dire que dès que j’ai une soirée libre, je vais au théâtre. Mais ce spectacle, c’est justement la rencontre entre les deux. Alors j’ai sauté sur l’occasion en réservant ma place et j’ai découvert un spectacle d’une grande qualité qui rend un très bel hommage à l’art de raconter des histoires. Mais pas que !

Le principe est génial : on est dans un hôtel où Hitchcock raconte son prochain film et propose donc de jouer les scènes. Grâce à une projection en fond, on est très rapidement immergé à l’intérieur d’un film. Mais cela va plus loin : l’auteur explique son œuvre en direct et met en scène sous nos yeux sa comédienne. Je n’avais jamais vu une telle mise en abyme croisant les deux arts. Ce qui est encore plus malin, c’est qu’on est doublements scotchés à l’histoire : à celle du film qui est raconté, mais aussi à celle de la raison pour laquelle il raconte ce film. C’est totalement captivant.

Éric Prat est un Hitchcock sensationnel ! Quelle précision ! Mais Melanie Page et Marjorie Frantz n’ont pas à rougir à ses côtés : ils forment un trio particulièrement convaincant. Ils passent d’un personnage à l’autre avec une grande fluidité et surtout sans jamais perdre le spectateur. Tout est clair et limpide.

Outre l’hommage au cinéma, au talent, à la confiance, à la liberté et au génie d’Hitchcock, ce spectacle va surtout le dénoncer. Tiré de faits réels, on y voit un réalisateur cruel qui tente à plusieurs reprises d’agresser sexuellement Tippi Hedren, une jeune actrice de trente ans sa cadette. Et cela s’est réellement produit. Elle le repoussa et sa carrière en fut brisée. Comme nous le précise Melanie Page aux saluts, c’est l’une des premières qui osa en parler. C’est le début de Me Too, une cinquantaine d’années plus tôt. Cette pièce est donc aussi un hommage vibrant au courage de Tippi Hedren, et je crois que c’est surtout celui-ci que, personnellement, je vais retenir.


Libre Théâtre

Nous sommes au début des années 60, à Hollywood.
Hitchcock est à la fois au sommet de la gloire, et à un tournant de sa carrière. Le début de la fin ?
Il réunit dans sa luxueuse chambre d’hôtel sa scénariste JP Allen et son actrice vedette Tippi Hedren pour la lecture du scénario d’un film un peu mystérieux : l’histoire fantastique de Mary Rose, inspirée d’une œuvre de l’auteur de Peter Pan. Hitchcock semble projeter dans ce projet qui lui tient à cœur une problématique très personnelle, fantasmatique… et psychanalytique.

À partir de cette trame narrative déjà fascinante, le dramaturge Michael Sadler compose une pièce sophistiquée, basée sur le fameux principe du théâtre dans le théâtre, ou en l’occurrence du cinéma dans le théâtre : la réalité de la situation qui se joue dans cette chambre d’hôtel se mêle à la fiction fantastique décrite par le scénario lu et interprété par les trois personnages. Et qui plus est, les fantasmes bien réels du « maître du suspense » s’expriment sans retenue à travers cette lecture… au détriment de sa comédienne fétiche devenue une proie.
Christophe Lidon s’empare avec succès de ce texte brillant pour nous livrer un spectacle haletant, à la fois profond et drôle, qui nous dévoile aussi une facette méconnue et plutôt sombre du mythe hitchcockien, entrant en résonance avec la problématique très actuelle soulevé par le mouvement Me Too. Autre temps, autres mœurs. Aujourd’hui, ce monstre sacré n’aurait-il pas fini ses jours en prison ?
La pièce est magnifiquement servie par Éric Prat, Melanie Page et Marjorie Frantz, tous trois excellents dans leurs rôles respectifs, et par toute l’équipe artistique.

Du beau et grand spectacle comme on a plaisir à en voir à Avignon et ailleurs.

Le billet d'Olivier
Hitchcock & Mary rose de Michael Sadler dans une mise en scène de Christophe Lidon sur la scène du Théâtre des Gémeaux à Avignon est l’histoire d’une frustration sur fond de # MeToo.
Une histoire basée sur des faits réels.

Nous retrouvons à l’heure du petit déjeuner Alfred Hitchcock alias Eric Prat, plus vrai que nature, assis dans son fauteuil club de sa suite du Château Marmont en train de visionner un rush.

En compagnie de sa scénariste JP Allen, sous les traits de Marjorie Frantz, Alfred Hitchcock attend impatiemment l’arrivée de sa muse Tippi Hedren, idéalisée par Melanie Page, pour lui remettre le scénario du film qu’il tente de monter depuis des décennies : Mary Rose, dans le cadre d’une lecture privée.

Un scénario inspiré de l’histoire fantastique de Mary Rose, par l’auteur de Peter Pan, J.M. Barrie, qui met en lumière les liens profonds entre l’univers intime d’Hitchcock et les thèmes centraux de son œuvre.

Une frustration qui nourrit un dialogue entre ce maître du suspense et cette histoire de disparition très mystérieuse. Rendez-vous compte Mary Rose, est une jeune femme qui disparaît sur une des îles Hébrides avant de réapparaître vingt-cinq années plus tard sans avoir vieilli ni gardé le moindre souvenir de son absence. Une suspension obsessionnelle du temps qui constitue le cœur émotionnel de la pièce originelle.

Un parallèle entre Hitchcock et Barrie peut se glisser dans leurs univers : certains thèmes majeurs parmi lesquels on peut retrouver une disparition inexpliquée, le rapport entre la mémoire et l’oubli, la présence de fantômes comme figure psychologique ou encore l’impossibilité de retenir le temps.

Des thèmes qui annoncent des films comme Vertigo, portant l’imaginaire d’Hitchcock à son paroxysme tout en jouant un état et non une intention.

Pourquoi cette obsession qu’Hitchcock porte à cette histoire ? Serait-ce un artiste hanté par une œuvre impossible ? Plus généralement pourquoi certaines histoires nous poursuivent-elles toute une vie ?

Une pièce qui navigue habilement entre réalité documentaire et imaginaire portée par les superbes vidéos de Léonard qui parfois donnent l’impression que Mary Rose devient le fantôme personnel d’Hitchcock dans une atmosphère de mélancolie, passant an second plan son suspense légendaire.

Ce thème du vieillissement est omniprésent délivrant un spectacle suspendu entre rêve et deuil.

Dans une tension constante, la mise en scène de Christophe Lidon, assisté de Mia Koumpan, utilise habilement, dans un bel équilibre, les jeux de transparence, les projections, et les lumières de Cyril Manettaqui rappellent l’esthétique des films d’Hitchcock pour rendre la complexité du réalisateur. Les musiques de Cyril Giroux intensifient cette atmosphère scénographique passant du bureau feutré d’un studio hollywoodien et l’île mystérieuse de Barrie. Le tout conserve, dans une fluidité remarquable, la dualité entre la réalité et les hallucinations : le deuil d’une œuvre impossible et les obsessions qui consument l’artiste.

Les comédiens d’une grande justesse, nous livrent une partition sans fausse note. Nous sommes suspendus à leurs lèvres. Eric Prat incarne à la perfection le cynisme du maître du suspense à la libido inassouvie. Marjorie Frantz dans un équilibre de funambule est impressionnante d’élégance dans l’art de tenir tête à Hitchcock et Mélanie Page à la fragilité mystérieuse et insaisissable, joue de façon crédible le fantasme de la blonde d’Hitchcock qui la conduira à sa perte.

Une pièce raffinée, intelligente, émouvante pour un hommage réussi au maître du suspense.

 



 


Galerie photos

au Théâtre des Gémeaux à 16h20

du 4 au 25 juillet 2026
relâches  8, 15 et 22 

Hitchcock & Mary Rose