Acte 2

Dom Juan - Répétition en courssaison 2022-2023

extrait de presse

 

Christophe Lidon, propose avec son Dom Juan – répétition en cours, un spectacle de toute beauté qui nous plonge au cœur même des étapes de la création.

Entouré d’une troupe remarquable, Maxime d’Aboville s’y révèle magnifique dans le rôle-titre. Autre bonne idée, et il y en a dans ce spectacle, est d’avoir distribué Marc Citti dans Sganarelle. Il forme avec d’Aboville, un duo qui marche très bien. Passant de la tendresse d’un grand frère à l’exaspération d’un servant, avec dextérité et sincérité, Citti est un des plus remarquables Sganarelle que j’ai pu applaudir. Là, où on ne l’attend jamais, Christelle Reboul, montre à nouveau l’étendue de son art. Passant par toute une palette de nuances, elle est une Elvire magnifique, vibrante jusqu’à la folie.

Marie-Céline Nivière - L'Oeil d'Olivier



note du metteur en scène


Cette période si particulière de mise à distance de chacun met en lumière une urgence pour notre futur proche : user du théâtre pour nous rapprocher dès que cela sera possible, nous retrouver, ensemble, consolider nos liens précieux et en tisser de nouveaux dans cet espace unique et fédérateur de rencontres humaines et artistiques.

Re-ouvrir les portes du Théâtre ne suffira pas ; trouver les moyens de partager un théâtre vivant, lumineux, exigeant et populaire s’impose, plus que jamais, comme une nécessité enthousiasmante. 

Dans ce contexte inédit, je veux faire renaître l’envie de théâtre, redonner à tous les publics l’accès à un théâtre porteur de sens et d’émotions partagées, en leur proposant d’entrer avec moi dans le processus de création du prochain spectacle du CADO : Sur le plateau, huit comédiens, le metteur en scène, et un texte…

 

Pas n’importe lequel : « DOM JUAN ». Un texte mythique, le chef d’œuvre de Molière, tout à la fois comédie débridée et analyse fine des comportements humains.

 

Mon ambition est de propulser le public au cœur de cette construction magique que constitue l’élaboration d’un spectacle vivant, élément par élément, amener chaque spectateur à participer à l’intimité du choix d’un décor, d’un costume, d’un son, d’un départ en musique, mais aussi et surtout de la construction psychologique des personnages, la mise à nu des ressorts émotionnels, la mise en action des corps, les déplacements…

Pour cela, la représentation à laquelle le public sera convié met en scène la troupe en répétition.

Ainsi chacun sera, non pas spectateur d’une représentation finalisée de « DOM JUAN », mais témoin de la création du spectacle.

 

Le rideau rouge se lèvera en répétition, sur l’un de ces moments intenses où l’équipe artistique, sous l’impulsion et la vision de son metteur en scène, voit son travail basculer dans la magie du théâtre… vivant !


Christophe Lidon


de Molière

imaginé, mis en scène et scénographié par Christophe Lidon

avec Maxime d’Aboville, Marc Citti,
Jean-Marie Galey, Valentine Galey, Gregory Gerreboo,

Mathieu Métral, Rose Noël, Christelle Reboul

textes additionnels Michaël Stampe
lumière Cyril Manetta
musique Cyril Giroux
costumes Chouchane Abello-Tcherpachian
assistante mise en scène Valentine Galey

Création CADO
Centre National de Création, Orléans - Loiret
avec l’aide des Théâtres de Maisons Alfort-Théâtre Claude Debussy et Necc-Espace Charentonneau


Galerie photos

L'Œil d'Olivier

Lidon dévoile avec finesse les coulisses de Dom Juan.

Pour l’ouverture de la saison du Cado d’Orléans, Christophe Lidon, metteur en scène et directeur du lieu, propose avec son Dom Juan – répétition en cours, un spectacle de toute beauté qui nous plonge au cœur même des étapes de la création. Entouré d’une troupe remarquable, Maxime d’Aboville s’y révèle magnifique dans le rôle-titre.

 

Le Cado, centre dramatique de création Orléans Loiret, est un théâtre de la décentralisation qui a une spécificité. Avec le soutien du département et de la ville, il propose depuis sa création en 1988, une saison théâtrale qui se veut à la fois divertissante et exigeante. Et cela marche ! Il suffit de voir la fréquentation assidue d’un public fidèle, issu des 74 communes du Loiret. Après ces mois de fermeture pour cause de pandémie, Christophe Lidon, qui tient de main de maître la barre de ce beau navire depuis 2015, convie le public à des retrouvailles grandioses. Et les applaudissements chaleureux qui clôturent la soirée montrent que les spectateurs, des collégiens aux anciens, sont enchantés par ce bel instant de partage. Car le spectacle vivant réside sur ce principe même, sur l’échange. Et le théâtre doit « rester une école de curiosité ».

 

Metteur en scène, jusqu’au bout des doigts

En homme curieux et passionné, Christophe Lidon ne cesse, depuis ses débuts, de me charmer par sa puissance scénique, par la manière qu’il a de mettre en image une œuvre. Il a une intelligence du texte, qu’il soit classique ou contemporain, une façon subtile et sensible de diriger les acteurs, de leur insuffler l’âme qui forge les grandes troupes. Il sait lire une pièce, y puiser toute sa richesse, faire vivre les personnages, du plus grand au plus petit. Marqué par le film, Looking for Richard d’Al Pacino, cela faisait quelques années qu’il tournait autour de l’idée, de plonger dans cet abîme vertigineux qu’est le théâtre dans le théâtre. Avec son Dom Juan – répétition en cours, il réussit parfaitement cet exercice périlleux, et excitant, qu’est de dévoiler le processus de création tout en montrant l’œuvre de Molière.

 

L’heure du filage

À l’arrivée des spectateurs, le plateau nu est déjà occupé par les comédiens, qui s’échauffent, se préparent, traînent leur trac, se concentrent chacun à sa manière. Dans la salle où trône la table du metteur en scène, Valentine Galey, assistante, arrive, donne des notes à chacun, vérifie, puis range la servante, cette lumière qui vielle toujours. Marc Citti s’allume une cigarette. Dans la salle, cela râle un peu. Non, c’est interdit ! Ai-je même entendu derrière moi ! la comédienne lui fait éteindre son mégot. Et comme un pied de nez, lui qui s’apprête à devenir Sganarelle, regarde le public et, avec les mots de Molière, fait l’éloge du tabac ! Le metteur en scène, Christophe Lidon, entre, salut la troupe. Nous assistons à un filage, ce temps nécessaire pour régler les différents détails, notamment la coordination entre les changements de scène, de décors, d’habillements… Il donne des consignes à la régie, aux comédiens. 

 

Une répétition au cordeau

À part quelques arrêts sur des points précis, comme une scène dite de différentes manières ou des indications de déplacement qui changent le sens de la compréhension, le processus de création n’envahit pas. Il est juste montré comme un éclairage subtil. Pas d’improvisation, tout est pensé par Lidon, écrit par Michael Stampe. Les spectateurs écoutent et découvrent tout cela avec appétence. Car de cet endroit de la création, ils n’en connaissent pas le processus et ils aiment le découvrir, du lever de rideau aux saluts, deux instants magiques que le metteur en scène a traité brillamment.

 

Du Lidon dans le Molière 

Pas d’inquiétude à avoir, la pièce de Molière est là. Et comme toujours avec Lidon, elle porte en elle des résonances qui touchent et nous font redécouvrir l’œuvre. Quelle excellente idée que d’avoir proposé le rôle de Dom Juan à Maxime d’Aboville ! On sort des sentiers battus du jeune premier ténébreux qui par sa beauté fait chavirer les cœurs. Ainsi, le metteur en scène appuie sur la notion que la séduction ne passe pas que par le physique, cela va bien plus loin. Ce Dom Juan veut aimer jusqu’à plus soif parce qu’il veut être aimé, lui qui ne l’a pas été enfant. Il puise son charme dans les mots, les attitudes, trépigne si on lui résiste. Il dévore les femmes, la vie, se moquant des règles et des gens, parce que sans cela, tout est vain.Le comédien, né à Abidjan et « moliérisé » en 2015 pour sa performance dans The Servant, est redoutable dans ce personnage, l’illuminant de mille facettes et d’une force carnassière surprenante. 

 

Une belle distribution 

Autre bonne idée, et il y en a dans ce spectacle, est d’avoir distribué Marc Citti dans Sganarelle. Il forme avec d’Aboville, un duo qui marche très bien. Passant de la tendresse d’un grand frère à l’exaspération d’un servant, avec dextérité et sincérité, Citti est un des plus remarquables Sganarelle que j’ai pu applaudir. Là, où on ne l’attend jamais, Christelle Reboul, montre à nouveau l’étendue de son art. Passant par toute une palette de nuances, elle est une Elvire magnifique, vibrante jusqu’à la folie. Et pour parfaire ce travail, on peut compter sur le talent et la justesse de jeu de Jean-Marie Galey, Grégory Gerreboo, Mathieu Métral et Rose Noël. La troupe dans son ensemble donne à ce spectacle une âme où l’art théâtral est à la fête.

 

Marie-Céline Nivière – Envoyée spéciale d’Orléans


Toute la culture

Christophe Lidon, directeur du CADO, nous convie à la répétition publique de son Dom Juan de Molière. Dans Dom Juan – répétition en cours, le duo Maxime d’Aboville (Dom Juan) et Marc Citti (Sganarelle) est inoubliable.

 

Christophe Lidon explique : Dom Juan pour moi rend hommage au Théâtre, ce lieu où l’on retrouve son âme et ses battements de cœur. Dans ma version, il n’y a pas moins de Dom Juan et plus de répétition, ou vice-versa. Vous aurez la pièce dans sa totalité et sa splendeur avec ce personnage qui nous renvoie un miroir noir dans lequel nous sommes obligés de plonger. Dans une mise en abîme au goût du jour, le spectacle imaginé pendant les mesures sanitaires (il a même été reporté, causant des sueurs froides à l’équipe), nous pousse à réfléchir sur le spectacle vivant, les artistes, leur métier et le fondement de leur art.

 

Un spectacle vivant

La scénographie légère mais à l’esthétique puissante laisse la part belle à l’acting. Nous retrouvons le Molière plaisantin, anti-clérical, anti-médecins, laïque et amoureux de la vie. La pièce est dite. Parfois le metteur en scène, Christophe Lidon lui-même, intervient pour répondre aux questions d’un acteur, pour rappeler les intentions et avec son plaisir. Les scansions de la répétition en cours enrichissent le rythme et l’humour. Nous sommes au milieu d’un spectacle très vivant.

 

L’histoire est connue. N’écoutant que son plaisir Dom Juan enchaîne les conquêtes. Ses victimes deviennent des jouets de sa rhétorique de séducteur. Son serviteur Sganarelle, faussement loyal, s’inquiète de l’amoralité de son maître et voudrait l’extraire de sa pente dangereuse, tandis que son père voudrait le bannir. Rien ne semble sauver Dom Juan de la récidive. Il se moque de tous, de ses victimes, de Sganarelle, de son père et du Commandeur. Prisonnier de son principe de plaisir massif et exclusif il ne se dépasse que dans un au-delà de ce principe de plaisir que par une répétition compulsive aussi enivrante que mortifère.

 

Molière à l’époque emprunte le personnage au théâtre espagnol. Dom Juan à l’origine rustre devient un débauché éclairé et cultivé. Il forme avec Sganarelle un duo édifiant. Le libertin se brûle dans la quête d’un individualisme qui percute l’ordre religieux et s’accommode mal avec l’égalité homme-femme. La pièce se situe à la pliure entre l’archaïque patriarcat religieux, la religion et l’actuel mouvement #metoo. De cette équation, Dom Juan pratique un jusqu’au-boutisme funeste. Mais hilarant.

 

Maxime d’Aboville lumineux

Au premier chef, le projet de Christophe Lidon est de célébrer le théâtre. Le religieux, le destin tragique du héros et la statue du commandeur sont là en filigrane. Il s’agit d’abord de célébrer les mots de Molière, son ironie et le jeu des comédiens. Ils sont tous merveilleux. Christelle Reboul est stupéfiante en Elvire. Jean Marie Galey est truculent en pauvre paysan. Rose Noël est ébouriffante en sa fiancée Mathurine. Valentine Galey,Grégory Gerreboo, Mathieu Métral finissent le cocktail d’un casting parfait.

Et il y a le duo Maxime d’Aboville (Dom Juan) et Marc Citti (Sganarelle). Les deux compères se répondent dans une harmonie rare. Et puis il y a Maxime d’Aboville, un comédien qui est beau parleur, séducteur et cabotin de naissance. Il est un Dom Juan inoubliable. Ses petits sauts, ses petits cris de fausses indignations appartiennent désormais à l’histoire du personnage.

Que du bonheur avec du théâtre classique qui émerveille.

 


Esprit paillettes

Directeur du CADO à Orléans, Christophe Lidon invite ses spectateurs aux répétitions de l’une des plus fascinantes pièces de Molière, Dom Juan. La pièce a été créée ce mois-ci à Orléans et partira dans la foulée en tournée.

Après la période du COVID-19 qui a bouleversé notre société et notre rapport-même au spectacle vivant, Christophe Lidon a souhaité apporter au spectateur un nouveau regard, une nouvelle façon de vibrer au théâtre.

 

Et quoi de mieux qu’une pièce de Molière pour nous secouer et nous divertir en même temps. C’est ainsi qu’est née l’idée de mettre en scène la pièce à travers le prisme de la « répétition en cours » ou ce que les gens du théâtre appellent aussi « le filage », ce dernier moment avant que le spectacle n’appartienne complètement au public. Et que des partis pris de mise en scène, au fond, soient scellés.

 

Or mettre en scène un filage est une façon très ingénieuse de créer encore de la liberté d’expression et de scénographie dans la représentation. Une liberté factice puisque, bien sûr, les moments d’improvisations ont été écrites. Mais le metteur en scène crée ainsi une autre relation avec son public, en même temps qu’avec ses comédiens puisqu’il est lui-même en quelque sorte comédien, chef d’orchestre de cette

« répétition » en cours.

 

Cela donne lieu à des moments d’hésitation de la part des comédiens, des propositions de jouer autrement la scène. On est plongé dans les affres d’un spectacle qui va se jouer peut-être avec l’absence d’un comédien, remplacé par l’assistante…

 

L’hypocrisie est un vice à la mode

Mais ce parti pris de raconter cette pièce autrement n’empêche pas que le texte soit joué et entendu, bien au contraire. Il facilite même sa compréhension.

 

Ainsi les comédiens jouent leurs rôles avec beaucoup de naturel et de fluidité, dans une scénographie bel et bien présente. Elle invite au rêve avec ses grands panneaux encadrant chaque acte. Les costumes sont là et en même temps, le plateau reste quasi vide pour créer le mouvement et stimuler notre imaginaire. La musique aussi participe à la magie des scènes, fidèle à l’atmosphère tour à tour comique et dramatique de la pièce, jusqu’à son dernier acte édifiant.

 

Dom Juan, personnage puissamment moderne, refuse jusqu’à la mort de croire en Dieu. Il est littéralement ce personnage « sans foi ni loi » qui fascine son valet Sganarelle autant qu’il le répugne. C’est un personnage « de vent », sans cesse en mouvement, sans cesse fuyant. Aristocrate, il ne respecte pourtant jamais la rigueur morale de sa caste. Il affiche une grande civilité, voire même un apparent code d’honneur, pour mieux s’éviter de l’embarras et de payer ses dettes.

 

Maxime d’Aboville incarne parfaitement ce « grand seigneur méchant homme », en cela qu’il arbore une vraie autorité et un charme naturel attendu par le haut rang social de son personnage, tout en révélant une « méchanceté », un cynisme sans fond. Molière, après le Tartuffe qui lui avait été interdit de jouer après seulement quelques représentations, poursuit ici son exploration de l’hypocrisie humaine.

 

Sganarelle est un être à la psychologie fascinante : il est à la fois secrètement admiratif de son maître et semble chercher à le copier, tout en étant aussi bien souvent dans la critique, même si sa couardise naturelle l’empêche de se rebeller pleinement de son maître. Il profite aussi des privilèges de son maître. Marc Citti est parfait dans ce personnage roué, joyeux et opportuniste, qui lui permet de déployer toute une palette d’émotions dans un rythme constant. Sur scène, Molière s’était réservé le rôle de Sganarelle et probablement parce que le personnage du serviteur en dit aussi beaucoup sur la société de son époque.

 

Christelle Reboul est une magnifique et souveraine Done Elvire, dans l’expression sincère et totale de ses sentiments bafoués. Autour de ces trois personnages principaux, il y a toute cette troupe de comédiens investis dans l’illustration du grand dessein de Molière qui est de « corriger les mœurs par le rire ».

 

C’est un spectacle, multi-facettes, inventif et généreux que nous offre ici Lidon et sa troupe, qui ne tardera pas, à l’image de celle de Molière, de prendre l’école buissonnière et exigeante à la fois de la tournée.


 



festivals d’été 2022
tournée automne 2022
Dom Juan - Répétition en cours