Acte 2

Albert et Charliesaison 2023-2024

 
la pièce

Aucun savant n’a connu de son vivant la célébrité d’Einstein, aucun artiste la célébrité de Chaplin. L’un représente l’œuvre la plus complexe, l’autre l’œuvre la plus accessible. Tout semble les opposer. Et pourtant ils avaient en commun une totale indépendance, une profonde humanité, l’humour, l’amour de la musique... Tous deux furent exposés aux bouleversements majeurs de leur siècle et se montrèrent très concernés par les conséquences que cela aurait pour leurs semblables. Ils se sont rencontrés à plusieurs reprises mais jamais, semble-t-il, dans de très bonnes conditions... Cette pièce propose d’y remédier en organisant, à des moments charnières, des rendez-vous propices au théâtre.
d'Olivier Dutaillis

mise en scène 
Christophe Lidon

avec 
Daniel Russo, Jean-Pierre Lorit, Elisa Bénizio

décor Catherine Bluwal
costumes Chouchane Abello-Tcherpachian
lumières Cyril Manetta
vidéo Léonard
musique Cyril Giroux
assistante à la mise en scène Mia Koumpan
Galerie photos


Le Figaro
C'est drôle. Albert Einstein sympathise avec Charlie Chaplin sans avoir vu ses films. Il est davantage fasciné par les particules de lumière que diffusent les projecteurs dans les salles obscures. Il y a une exception : Les Lumières de la ville que le réalisateur l'invite à découvrir en avant-première à Los Angeles, le 30 janvier 1931. Une photographie en noir et blanc projetée au-dessus du plateau du Théâtre Montparnasse montre les deux grands hommes côte à côte en nœud papillon.

L'échange est fameux : « Ce que j'admire le plus dans votre art, observe Albert Einstein, c'est son universalité. Vous ne dites pas un mot, et pourtant, le monde entier vous comprend. » Chaplin réplique : « C'est vrai, mais votre gloire est plus grande encore : le monde entier vous admire, alors que personne ne vous comprend. »

Le romancier Olivier Dutaillis relate les entretiens entre les deux figures légendaires dans une pièce sobrement intitulée Albert et Charlie. Nous sommes dans le bureau d’Einstein, à Princeton, superbe décor de Catherine Bluwal. Crinière blanche sur le crâne, Daniel Russo prête sa dégaine et ses baskets au physicien allemand (chapeau aux maquilleuses), tandis que Jean-Pierre Lorit joue Charlot, le célèbre vagabond. « Il faut faire appel à votre imagination, je suis Charlie Chaplin ce soir » prévient l’acteur vétu d’un élégant costume.

Admiration réciproque

On apprend que l’amitié entre le lauréat du prix Nobel et la vedette hollywoodienne n’a pas été évidente. Pour Chaplin, son ainé de dix ans est un modèle. Mais le pre de la théorie de la relativité s’est enfermé dans une vie solitaire après la mort d’Elsa, sa seconde épouse en 1936.

Au fil des rencontres qui se déroulent à trois reprises, de 1938 à 1952 (trois ans avant la mort ‘Einstein), malgré leurs différences, les deux génies se rapprochent insensiblement. S’admirent, se livrent, s’inquiètent de la montée du nazisme et des conséquences de la guerre. Albert Einstein évoque la bombe atomique, Charlie Chaplin son film Le Dictateur qui ne séduit d’abord pas son comparse. La gravité du contexte historique est atténuée par la présence d’Hélène, la femme à tout faire du savant. Etonnante Elisa Benizio, la fille de Corinne et Gilles Benizio, le duo burlesque Shirley et Dino. Bavarde et alerte dans la peau du personnage, elle entend protéger son « maître » des instructions extérieures. Ses réflexions à l’adresse du public sont autant de joyeuses bouffées d »’oxygène. Elle dériderait un cactus ! Christophe Lidon, le metteur en scène l’a bien compris. Qui la fait intervenir comme une institutrice qui réprimande deux enfants de sa classe. On apprend des choses en s’amusant.


Spectacles séléction
1938. L’un des plus grands scientifiques de l’histoire reçoit l’un des plus grands cinéastes du XXe siècle dans sa résidence de Princeton. Albert Einstein et Charlie Chaplin sont heureux de se revoir. Ils évoquent leur rencontre sept ans plus tôt lors de la sortie des Lumières de la ville. Le physicien ne garde aucun souvenir du film. Les poussières qui papillonnaient autour du projecteur étaient bien plus intéressantes à observer ! Après bien des vicissitudes, tous deux exilés aux Etats-Unis, ils s’accordent à penser qu’avec Hitler « c’est plus facile de se passer de l’Europe ». Le cinéaste est encore adulé du public mais le cinéma muet est moribond. Il cherche un sujet « fort, brûlant, sensible » et caresse le projet d’une comédie sur le dictateur. 
Seul dans sa maison avec la fidèle Hélène qui guette le moindre de ses désirs, Einstein a été écarté des travaux menés par ses confrères scientifiques. Surveillé par le FBI, il mène ses recherches dans la plus grande solitude, même s’il considère qu’on ne fait plus de grandes découvertes après 40 ans, même s’il reçoit plus de lettres d’insultes que d’admiration.
« Vous allez le trouver bien changé », le prévient Hélène lors de la visite suivante. En effet, Albert a vieilli, Son grand regret est d’avoir écrit la fameuse lettre à Roosevelt qui contribua à déclencher le projet Manhattan. Il croyait alors les allemands plus avancés sur la bombe que les américains. Charlie a finalement tourné Le Dictateur. Le succès est encore au rendez-vous mais il sent que lorsque le public le lâchera, ce sera la fin. 
Albert qualifie sa vie sentimentale de fiasco. Charlie, très critiqué pour la sienne, vient tout de même de trouver l’amour de sa vie. Mais la chasse aux sorcières organisée par MacArthur l’inquiète. 
La dernière visite est celle des adieux. Sa liberté de plus en plus menacée, Charlie est venu prévenir son ami de son départ définitif. Il embarque incognito sur un bateau le lendemain pour s’installer en Suisse, décidé à ne jamais revenir aux Etats-Unis. Il laisse toute une vie derrière lui et un Albert malade qui se dit universellement connu mais totalement seul, l’esprit dorénavant tourné vers la métaphysique.
Olivier Dutaillis remporte haut la main l’adhésion du public avec cette comédie pleine d’humour mais aussi d’amertume. Elle est aiguillonnée par la mise en scène et la parfaite interprétation de Daniel Russo (Albert) Jean-Pierre Lorit (Charlie) et Elisa Benizio, formidable Hélène, qui insuffle un rythme bienvenu à chaque apparition.  

Coup2théâtre

♥♥♥♥

Aucun savant n’a connu de son vivant la célébrité d’Einstein, aucun artiste la célébrité de Chaplin. L’un représente l’œuvre la plus complexe, l’autre l’œuvre la plus accessible. Tout semble les opposer. Et pourtant ils avaient en commun une totale indépendance, une profonde humanité, l’humour, l’amour de la musique…

Tous deux furent exposés aux bouleversements majeurs de leur siècle et se montrèrent très concernés par les conséquences que cela aurait pour leurs semblables. Ils se sont rencontrés à plusieurs reprises…
Olivier Dutaillis nous propose une vraie pépite : la confrontation de deux personnalités essentielles que tout oppose – Albert Einstein (Daniel Russo) et Charlie Chaplin (Jean-Pierre Lorit) – face aux grands évènements de leur temps (la montée du nazisme, l’après Seconde guerre mondiale, le maccartisme). En plus de l’intérêt historique, on découvre des pans de la personnalité des deux protagonistes. La gouvernante d’Einstein (Elisa Benizio) apporte une pétulance bienveillance et une belle dose d’humour.

Christophe Lidon lui offre un bien joli écrin : bureau du physicien meublé avec goût avec des meubles 1930. Sur tout le mur de face, un immense tableau noir recouvert entièrement de formules écrites nerveusement à la craie. En fond, sont projetées de magnifiques illustrations teintées de poésie sans oublier la bande sonore arrangée par Cyril Giroux qui nous accompagne d’un bout à l’autre de la représentation.

Quant à l’interprétation des trois comédiens, elle est vraiment excellente, magistrale même.  

 

Le Figaro Magazine

Rencontres au sommet

Si on sait que le plus grand scientifique du XXème siècle et le plus grand artiste de son temps se sont réellement croisés, tout le monde ignore ce que se sont dit Albert Einstein et Charlie Chaplin. Qu’à cela ne tienne, Olivier Dutaillis imagine leurs conversations à Princeton, dans le bureau du prix Nobel. Trois dates symboliques – 1938, la montée du nazisme dans toute l’Europe ; 1945, la bombe atomique à Hiroshima ; 1954, le maccarthysme – pour trois rencontres au cours desquelles les deux hommes confrontent leurs pensées les plus intimes, leurs inquiétudes, mais surtout leurs doutes.

Christophe Lidon met en scène un Daniel Russo impeccable en Einstein revenu de tout et un séduisant Jean-Pierre Lorit, qui prête ses traits au virevoltant Chaplin. Deux exilés, deux génies, observant, navrés, l’évolution du monde, fulminant contre la folie des hommes sans jamais se départir de leur indépendance d’esprit et de leur légendaire impertinence. Heureusement, la gouvernante d’Albert calme les ardeurs ! Elisa Benizio incarne la fidèle Hélène, faussement autoritaire, toujours dévouée. Elle apporte une note de fraîcheur et de drôlerie dans cette comédie plus désenchantée qu’il n’y paraît.


Le billet de Bruno

Albert et Charlie d’Olivier Dutaillis dans une mise en scène de Christophe Lidon sur la scène du Théâtre Montparnasse est une rencontre savoureuse aux dialogues pittoresques entre deux génies du XXème siè
cle.

Christophe Lidon habitué à mettre en scène des personnages historiques comme par exemple Mazarin, Clémenceau, Monet ou encore Jeanne d’Arc, a pris un certain plaisir à mettre en scène la confrontation de deux hommes à la forte personnalité, en exposant devant un public conquis la vision humoristique proposée par Olivier Dutaillis.

Une vision intime de deux célèbres cerveaux opposés dans leur vision du monde, sous l’aspect d’une comédie qui donne à réfléchir sur le sens de la vie et livre moult anecdotes qui rendent encore plus attachants ces deux génies qui chacun dans leur domaine nous ont fascinés : Albert Einstein et Charlie Chaplin dit Charlot. Deux êtres d’exception à l’humour totalement différent mais joliment complémentaire.

Le très beau décor de Catherine Bluwal, éclairé à bon escient par Cyril Manetta, agrémenté des précieuses vidéos de Léonard, contribue largement à nous plonger dans cette atmosphère à la fois scientifique, avec les murs recouverts de formules mathématiques du bureau d’Albert à Princeton, et la poésie d’un acteur-réalisateur avec ce globe terrestre qui nous évoque tant de souvenirs, en passant par un piano attaché à la partition de Schubert, la tête à l’envers, sur des musiques de Cyril Giroux.

Olivier Dutaillis a su vulgariser cette confrontation en y ajoutant un personnage qui d’un premier abord pourrait sembler secondaire mais qui au contraire à une place de choix, celui d’Hélène, la gouvernante, secrétaire, infirmière et bien d’autres qualificatifs, du Professor Albert, qui tel un feu follet apporte une gaîté, un brin de folie, exploités à merveille par Christophe Lidon, assisté de Mia Koumpan, et interprété d’uen façon magistrale par Elisa Benizio. Avec son délicieux petit accent, elle fait exploser dans ses papotages, notamment avec le public, des bulles de rire en sauvant les situations qui pourraient être dramatiques, telle une mère qui couve sa progéniture sous ses ailes protectrices.

L’un, Albert, plongé dans son monde scientifique, qui va rarement dans les salles obscures, portant particulièrement un intérêt à la poussière qui traverse le faisceau de lumière du projecteur, et l’autre, Charlie, qui a gardé ses yeux d’enfant pour montrer aux adultes la réalité du monde qu’ils traversent.

Des rencontres qui vagabondent sur trois périodes clés, trois cycles de vie au bouleversement de l’ordre mondial : 1938 avec la montée du nazisme et son dictateur, 1947 avec la bombe atomique d’Hiroshima, et 1952 avec le maccarthysme dans sa chasse aux sorcières dont Charlie en fera les frais jusqu’à son exil en Suisse.

Une réflexion sous-jacente, une vision effrayante de notre société où l’on saperçoit que malheureusement rien ne change…

Des épisodes qui fourmillent d’anecdotes « éducatives », créant una atmosphère émotionnelle, réconfortante, où le combat de chacun dans leur différences et leurs domaines de prédilection contribue à améliorer notre qualité de vie. Comme celle d’Albert qui sous couvert d’un refus de la discipline ne porte pas de chaussettes ou celle de Charlie qui dans une preuve d’amour épouse les actrices de ses films, l’une chassant l’autre…

Un Albert qui déplore l’anéantissement de la pensée pendant que Charlie défend bec et ongles son film du dictateur, son acte de résistance, devant un Einstein farouchement opposé, le tout dans un émerveillement partagé.

A la question de la pertinence de l’utilisation de la bombe atomique, Albert répond : on ne pourrait plus écouter Mozart. La folie des hommes est sans limite !

Mais aussi de la légèreté avec cette complicité dans la musique de jazz qui les réunit dans un moment où la pensée s’évade vers la Suisse, l’oasis de l’Europe.

Une partie de verre de vodka russe viendra aussi libérer les esprits en trinquant au FBI, marqueur de la propagation de rumeurs non fondées qui détruisent les vies d’honnêtes citoyens.

Une conclusion pragmatique d’Albert, qui porte à réflexion : Quand je travaille, je me demande comment Dieu a créé le monde. Je veux connaître ses pensées … Tout le reste n’est que détails.

Une mention particulière pour les costumes et perruques Chouchane Abello Tcherpachian qui ont transformé Daniel Russo dans le rôle d’Albert. Une sobriété de jeu, loin de ses rôles dans ses comédies loufoques, qui nous libre une autre facette surprenante de ce comédien à la renommée indiscutable.

Une écoute et une présence magnifiques rehaussées par un humour corrosif face à Charlie, interprété par Jean-Pierre Lorit à l’exil pétillant et malicieux. Son sourire éclatant donne de la lumière à cette histoire qui fera date dans les annales.



en tournée Janvier à Mars 2024

au Théâtre Montparnasse
à partir du 18 Janvier 2023
du Mardi au Samedi à 21h00
le Dimanche à 15h30
Albert et Charlie