Acte 2

Respiresaison 2023-2024

 

extraits de presse


Parce que l'autrice, Sophie Maurer ne dérape pas dans le pathos et sait entrelacer singulier et universel, son texte soumet à l'époque une question brûlante: qui peut, aujourd'hui, vouloir être de ce monde tel qu'il est ? L'actrice Romane Bohringer engage le combat des mots pour nommer ce qui est, ne rien cacher de la laideur, mais donner corps, tout de même, à l'enchantement d'exister sur cette terre. Elle le fait bien. Mieux que bien. Elle gagne la bataille.
Télérama TTTT

Romane Bohringer est simplement merveilleuse. Une belle voix légèrement voilée, sourde, entêtante. Une présence, une mobilité, une grâce, une beauté tout simplement.  Une fée, une femme face à ce qui pourrait être une tragédie, mais qu’elle affronte, crânement. Sans un mot de plainte. Un beau spectacle, tenu, tendu, tout d’émotion en même temps.

Le journal d'Armelle Heliot

On y retrouve une inspiration d’un "C’était bien" de Jean D’Ormesson, d’un "Peter Pan" de James M. Barrie ou encore d’un "Petit prince" d’Antoine de Saint-Exupéry dans un ensemble exalté. Respire est un spectacle émouvant et de bon ton. On prend une véritable leçon de théâtre.
Le monde du ciné

C’est avec une sensibilité animale et beaucoup de talent que Romane Bohringer se tient devant la salle et, pendant une heure, nous livre avec réalisme le texte finement ciselé de Sophie Maurer. Au rythme parcimonieux de la guitare et du piano joués par Bruno Ralle, la poésie s’en mêle, les mots s’harmonisent, la tendresse, la tristesse, la joie s’entrechoquent. La salle est émue. Ovation…
Word Press

Romane Bohringer fait de cette pâte littéraire un bijou théâtral, rythmé par la guitare et les claviers de Bruno Ralle, sous le regard intelligent de la metteure en scène Panchika Velez. Elle est lionne et tigresse, animale et sensuelle, d’une générosité absolue. Et c’est bouleversant.

Artistikrezo   

 

Romane Bohringer s'identifie à cette combattante de la vie et pour la vie, conteuse pour soutenir et maintenir le souffle de l'enfant et, telle une charmeuse de serpents, pour éloigner la faucheuse. En s'appropriant le texte dont elle délivre les plus infimes nuances et sans surjeu naturaliste ni dolorisme, elle dispense une superbe prestation qui bouleverse le spectateur.
Froggy's Delight 

Un spectacle troublant, profondément émouvant. Un coup de poing en plein cœur !   

Foudart 

Cette conversation imaginaire avec un enfant absent, qui hésite à naître, est un petit bijou de finesse et d’émotion. Romane Bohringer y célèbre la vie avec beaucoup de sensibilité et le spectacle offre un parcours de musique et d’images plein de délicatesse.
Arts-Chipels  

Romane Bohringer porte Respire, Respire habite Romane Bohringer, Romane Bohringer m’a embarqué avant même de prononcer son premier mot. Son jeu est d’une justesse hypnotisante, qui ne tombe jamais dans l’apitoiement ni dans le pathos. Sa voix porte le texte, ponctuée par les interventions musicales de Bruno Ralle.
Je n'ai qu'une vie     

 


de Sophie Maurer

mise en scène Panchika Velez

avec
Romane Bohringer, Bruno Ralle

scénographie et lumières Lucas Jimenez
musique Baloo Productions
collaboration artistique Mia Koumpan

production François Volard - Acte 2

Cette pièce a bénéficé d'une bourse d'écriture de l'Association Beaumarchais-SACD


la pièce

Une nuit durant, dans un couloir de maternité, une mère attend.
Elle espère, désespère, espère de nouveau que son enfant née quelques heures auparavant parviendra à respirer seule.
Derrière la vitre qui les sépare, la mère parle à sa fille, pour tenter comme elle peut de l’attirer vers le monde des vivants.
Une nuit durant, dans ce couloir, une mère attend et vacille entre la rage et la supplique, en animal doutant de ses forces.


note de l’auteure

Ce texte est un appel. Pas à ma propre fille, pas même à un enfant existant. Écrit quand la violence et l’obscurantisme semblaient menacer de tous côtés, il s’adresse à tous ceux d’en- tre nous guettés par l’hésitation – l’hésitation face au tremblement du monde, à l’incertitude, à la difficulté d’être et de persister dans cet être. Il fait miroiter à ces hésitants la joie et la révolte, la liberté et l’amour, et les charmes cachés de tout ce qui loge dans les replis des choses. Il espère entraîner un enfant vers la vie – mais c’est nous tous qu’il cherche à rapter. Ce texte est un appel, et pourrait être un chant.
 

 

note de mise en scène

En lisant ce texte, follement concret et poétique à la fois, j’ai été saisie du début à la fin comme par une vague. Sensation d’être emportée dans un thriller musical. Immédiatement j’ai pensé à Romane Bohringer, dont la voix, le corps et l’immense talent me semblent parfaits pour incarner ce personnage. J’ai ressenti comme une évidence la nécessité d’un accompagnement musical qui ne serait pas une illustration, mais plutôt un personnage dialoguant par instants avec cette femme éperdue d’amour et se battant pour insuffler la vie à son enfant.

Les couleurs du piano et de la guitare, les sons classiques et électros alternent, ou se mélangent. Elio Di Tanna compose et crée l’espace sonore en lien avec Bruno Ralle qui interprète ce partenaire, image masculine mélodique ou dissonante.

L’écriture de Sophie Maurer est étonnante dans la mesure où son texte, construit comme une litanie, nous embarque dans un monde entre la vie et la mort qui nous est totalement familier. Sans complaisance, avec des fulgurances d’humour ou de poésie, elle décline le parcours de cette femme qui combat comme une tigresse, la peur au ventre mais avec une détermination implacable afin d’amener son enfant à accepter sa naissance.

L’issue est incertaine et en découvrant le parcours nous sommes envahis d’empathie et haletants.



 




Télérama TTTT

« Respire ! », ordonne une mère à sa fillette tout juste née et que des machines tiennent en vie. Nuit de veille dans un hôpital. Nuit d’injonction, de promesses et de supplications que la mère, sans relâche, adresse à son enfant pour lui intimer de vivre. Tout est juste dans ce spectacle à l’équilibre parfait : les phrases, le jeu la mise en scène. Parce que l’autrice, Sophie Maurer, ne dérape pas dans le pathos et sait entrelacer singulier et universel, son texte soumet à l’époque une question brûlante : qui peut, aujourd’hui, vouloir être de ce monde tel qu’il est : oppressant, belliqueux, asphyxiant ? Dans un dispositif scénique discret, accompagnée d’un musicien allusif, l’actrice Romande Bohringer engage le combat des mots pour nommer ce qui est, ne rien cacher de la laideur, mais donner corps, tout de même, à l’enchantement d’exister sur cette terre. Elle le fait bien. Mieux que bien. Et gagne la bataille.


Le Figaro

La comédienne interprète à la Scala, à Paris, une femme dont l'enfant est a été mise sous respiration artificielle. Une performance éblouissante.

La tête dans les mains, assise sur une chaise dans le couloir d'une maternité, Romane est une mère dont l'enfant a été mise sous respiration artificielle. « Respire ! », la supplie-t-elle. Cette nuit-là, en dépit de ce que disent les médecins - « il faut vous reposer » -, cette femme dont on ne saura jamais le nom décrit le monde qui attend son bébé. De tout son cœur et de toute son âme, elle espère que son « grelot », son « orchidée », son « panda » parvienne à respirer seule.

Presque rageusement, elle cherche à lui transmettre son énergie vitale, lui donne des raisons de vivre réelles ou imaginaires. Lui fait miroiter des rêves en grand, des voyages lointains et des amours heureuses. Prie Dieu et esprits divers. En rappelant la présence indéfectible de ses anges gardiens, son père et sa sœur qui attendent de bonnes nouvelles à la maison. Elle-même maman, Romane s'est « reconnue » dans Respire, de Sophie Maurer. Ce combat d'une mère ordinaire est un hymne fou à la vie. »

L'actrice porte le spectacle sur ses épaules. Cheveux attachés, pieds nus, en jean, elle occupe le plateau de la Piccola Scala avec une vérité qui force l'admiration. Panchika Velez, qui lui a apporté le texte, signe une mise en scène centrée sur l'actrice. Elle alterne les paroles de la combattante à son nourrisson derrière la vitre et les recommandations du personnel soignant, « je n'entends pas », répète la mère courage accompagnée discrètement par la musique au piano de Bruno Ralle et éclairée par les lumières cliniques de Lucas Jimenez.

Sophie Maurer parle avec sensibilité de « l'hésitation face au tremblement du monde, à l'incertitude, à la difficulté d'être et de persister dans cet être ». De telle façon que le public ne peut que se sentir en empathie avec son héroïne des temps modernes. Mais l'auteur ne tombe jamais dans le pathétique, parsème au contraire cette nuit entre la vie et la mort de touches d'humour salvatrices. Charrie des fleuves d'humanité.

 

Le journal d'Armelle Héliot

Interprète très profonde, elle donne aux personnages qu’elle incarne une sincérité bouleversante. Ainsi dans « Respire », un monologue écrit par Sophie Maurer et mis en scène par Panchika Velez.
C’est à la Scala, dans la petite salle enveloppante qui offre une troublante proximité de spectateurs à interprètes, qu’elle nous attend, en compagnie de Bruno Ralle, compositeur et instrumentiste ici crédité comme « comédien ». Si l’on comprend bien le texte de présentation, Elio Di Tanna (Baloo Productions) aurait mis au point l’espace sonore. Un décor de tubulures et de lumières signé de Lucas Jimenez qui évoque l’hôpital, mais qui n’enferme en rien l’interprète, pas plus que le musicien qui est installé à cour.
Situation étrange que celle qu’a voulue Sophie Maurer : une femme s’adresse à son bébé nouveau-né, une petite fille, qui a un problème respiratoire. Elle est dans une couveuse. Sa vie est en danger. Une heure durant, on est suspendus aux paroles de la maman angoissée qui trouve une cascade de petits noms d’oiseaux (si l’on peut dire), petits noms doux pour tenter de faire tenir ce petit être, comme on le fait pour les adultes traumatisés à qui l’on répète : « ne t’endors pas, ne ferme pas les yeux ».
Pourquoi en dire plus. La direction de Panchika Velez est d’une délicatesse et d’une fluidité fascinantes. Elle a trouvé mille et un mouvements, mille et un détails, qui donnent une chorégraphie harmonieuse à ces moments très moirés, réversibles du terrible au radieux.
On a depuis toujours salué la personnalité forte et tendre à la fois de Romane Bohringer. Elle a toujours été idéale. De chez Peter Brook à aujourd’hui, en passant par son ami Pierre Pradinas, elle est simplement merveilleuse. Une belle voix légèrement voilée, sourde, entêtante. Une présence, une mobilité, une grâce, une beauté tout simplement.
Mais ce qui émeut le plus depuis ses débuts en Romane Bohringer, c’est sa vérité. L’évidence de son incarnation. La vérité, la sincérité, l’engagement. Elle donne au texte un supplément d’humanité. Une fée, une femme face à ce qui pourrait être une tragédie, mais qu’elle affronte, crânement. Sans un mot de plainte. Toute tendue par ce moment où enfin le bébé respirera d’elle-même… On dévoile la fin, mais cela n’enlève rien à la magistrale interprétation. Un beau spectacle, tenu, tendu, tout d’émotion en même temps.


La Revue du spectacle

Romane Bohringer donne vie à "Respire" comme une mère porte un enfant à la vie. C'est dans la simplicité et le dépouillement que Romane Bohringer porte le texte sensible et riche de Sophie Maurer. Un texte, une comédienne, un musicien (piano, guitare ouvrant des espaces sonores délicats) et une mise en scène qui les accompagne sans heurts, sans artifices, soulignant juste les lieux, les ambiances, les temps à l'aide de quelques ambiances lumineuses et des projections le plus souvent floutées comme pour donner de la matière au mur de fond de scène de cette petite salle en forme d'amphithéâtre.

Cette disposition rend les interprètes si proches qu'on pourrait les toucher en tendant le bras. Une intimité propice à cette rencontre avec le personnage qu'interprète Romane Bohringer dans ce monologue qui ne s'adresse pas directement au spectateur, mais à l'enfant qui vient de naître. Sa mère lui parle au travers la vitre qui protège les prématurés sous aide respiratoire du reste du monde. 
Durant une heure, durant une longue nuit sans fin, elle va tendre le fil de la parole pour toucher l'être à qui elle vient de donner naissance et l'attirer à la vie, un flux de mots qu'elle lance comme on jette et rejette mille fois un filin vers celui qui est en train de se noyer au milieu de la tempête. Et c'est exactement cela qui éclate dans cette mise en scène, l'étrange impression qu'une tempête est là, en train de jeter son eau et son vent et sa fureur dans l'indifférence capitonnée du silence de la maternité. 
Romane Bohringer porte, dès les premières secondes et jusqu'au terme du spectacle, cette tempête battant dans son cœur, ses tempes, ses tripes et surtout dans cette manière sans détours d'adresser cette impérieuse volonté de dire.

Dire quoi ? Que dire à l'enfant qui hésite encore à vivre, à respirer par ses propres moyens sans l'aide de la machine, que dire à celui qui n'est encore et surtout qu'un futur possible probable, sa fille en train de presque être ? Dire le monde qui l'attend et ses merveilles, ses amours, ses bonheurs, ses joies ? Dire ce monde qui ne l'attend pas et ses défaites, ses guerres perpétuelles, ses débâcles et ses horreurs toujours renouvelées ? 
Le personnage de "Respire" ne fait pas ce choix. Ses mots décrivent le monde qui attend la nouvelle née sans rien farder. Elle parle autant des étranges violences du passé que des sanglants cataclysmes d'aujourd'hui et ces cycles des civilisations dont la roue semble sans cesse passer du pire au meilleur et du meilleur au pire dans un manège que rien ne semble pouvoir stopper. Cette mère raconte ainsi tout, non pour effrayer son bébé, mais pour lui donner la force du choix, la force de décider de vivre. 
Ce faisant, elle est elle-même la vie, dans tous ses extrêmes. Une vie qui éclate dans ce beau moment où elle se dresse contre la mort qu'elle vit arriver, l'apostrophe, la défie, et la met en fuite. Elle est la vie, toute droite, mais surtout toute cabossée, toute friable, toute impétueuse, pleine de cette belle ivresse de l'existence. 
Sortant du cercle protecteur de l'amphithéâtre de la Piccola Scala, on garde longtemps dans l'oreille le timbre un peu rauque, velouté, de la voix de Romane Bohringer et, dans l'œil, son regard limpide et franc. Une présence grave, tenue, dépouillée, mais qui est comme le murmure de la vie qui accompagne quelque temps.


L'Œil d'Olivier

Nous avions découvert en 2018, ce magnifique texte de Sophie Maurer, lors du Festival des écritures théâtrales d’aujourd’hui, présidée par Louise Doutreligne, en version pupitre, au théâtre de Saint-Maur, alors dirigé par Florence Camoin. Le spectacle devait prendre forme en 2020, mais le monde s’est arrêté de respirer ! Le voilà enfin dans la petite salle de la Scala où l’on savoure chaque mot de cette ode à la vie.

Un couloir d’hôpital, une mère regarde à travers la vitre, la couveuse où sa petite fille qui vient de naître, doit apprendre à respirer toute seule. Dans cet instant, entre chien et loup, où la vie ne tient qu’à un fil, telle Héméra, déesse de la lumière terrestre, cette mère va expliquer à sa fille que le monde des vivants peut être accueillant. La joie se loge dans les recoins et il faut savoir la débusquer ! Jusqu’au petit jour, cette femme s’accroche, comme à la proue d’un navire, à l’espoir que son bébé prendra toute seule cette respiration nécessaire pour pouvoir se lancer dans cette folle aventure qu’est l’existence.

Romane Bohringer s’est emparée des mots de l’auteur avec toute la grâce et le talent qu’on lui connaît. Avec sincérité et une grande tendresse, elle est cette mère qui insuffle la vie à sa petite fille. Ce qu’elle lui dit nous atteint parce que cela touche l’universel et pousse à réfléchir sur notre appréhension du monde. Dans une scénographie de toute beauté, Panchika Velez signe une mise en scène très poétique. La metteuse en scène a eu la belle idée d’adjoindre à la comédienne un musicien, Bruno Ralle. La musique devient un espace sonore qui accompagne ce somptueux Te Deum qui loue la vie.


Le monde du ciné

Respire est une de ses petites merveilles qui naît d’une plume rare. Le texte est tout en force et en finesse. Il est déclamé avec conviction par une Romane BOHRINGER transcendée. La rage au ventre, elle n’est pas simplement comédienne, elle est conteuse. Elle sort ses tripes. Elle se laisse aller avec ferveur et voracité. Il faut reconnaître que le texte, pour y revenir, est beau, intéressant, inspiré et met les virgules et les respirations où cela est nécessaire pour laisser au public le temps de reprendre son souffle. Outre la force qu’elle donne à l’enfant, la prose s’interroge sur le monde avec intelligence, lucidité et forcément, vérité. C’est ainsi qu’il trouvera un écho en chacun des spectateurs. On y retrouve une inspiration d’un C’était bien de Jean D’ORMESSON, d’un Peter Pan de James M. BARRIE ou encore d’un Petit prince d’Antoine DE SAINT-EXUPERY dans un ensemble exalté.

Respire est un spectacle émouvant et de bon ton. On prend une véritable leçon de théâtre.


Toute la culture

Une pièce formidable à ne pas manquer à la Scala Paris : Respire raconte le combat d’une femme une nuit durant dans un couloir de maternité. Romane Bohringer est cette femme, cette combattante. Dirigée et mise en scène par Pachinka Velez, la comédienne nous emplit du texte aiguisé de Sophie Maurer.

Le combat d’une femme abandonnée à elle même

Une nuit durant, dans un couloir de maternité, une mère attend.  Son enfant née quelques heures auparavant ne respire pas sans l’aide d’une machine.  À la naissance, les poumons du nouveau-né sont remplis de liquide, les alvéoles sont collabées, les premières respirations sont pénibles. Elles ne se sont pas produites, l’enfant est en réanimation, la mère est derrière une vitre, demain matin le médecin viendra lui parler, quand le mari sera là, qui est avec la sœur aînée de l’enfant. Qu’elle aille se reposer, il est trop tôt pour… mais… derrière la vitre qui les sépare, la mère parle à sa fille, pour tenter de l’attirer vers le monde des vivants. Les mots de la mère sauront-ils remplacer le respirateur, parviendra-t-elle à respirer seule.  Cette femme forte, lumineuse, entre instinct maternel et tactique mystique ne se taira pas devant la mort qui menace.

Le texte raconte un combat. La pièce s’est appelée un temps Héméra divinité de la mythologie grecque de l’Antiquité qui incarne la lumière terrestre et personnifie le Jour. Une nuit entière, une femme va tenter de faire venir le jour. 

Respire est l’histoire de son combat.

Romane Bohringer impressionne

Sophie Maurer a écrit un texte poésie, un texte chant, un texte impossible à interpréter tant il faut veiller sans cesse à ne jamais ajouter une émotion exagérée. Devant l’enjeu, de vie ou de mort, les manigances sont inutiles ; ni la colère, ni les vitupérations ni la plainte ne sauront se jouer de la terrible menace. Romane Bohringer garantit cette finesse ; elle interprète une mère digne, sans pathos, face à la mort qui rôde autour de sa fille. Elle offre toute sa voix, et son corps à cette mère qui souffre sans ciller, qui crie le vivre à sa fille tout en murmurant son désespoir. Elle parle au ciel, à la mort elle-même, à sa fille. Elle inquiète constamment de se briser, mais ne se brise pas. Le public est aimanté autant par le suspens que par cette femme qui invente indéfiniment des mots comme des armes, qui ne renonce pas une seconde à accueillir son enfant dans un hurlement sourd.

La scénographie imaginée par Pachinka Velez nous place entre ciel et terre. Suspendus aux lèvres de Romane Bohringer, nous flottons au sein de la scénographie. L’enveloppe musicale au plateau de Bruno Ralle finit de fabriquer cette lévitation et notre proximité avec Romane, seule face à nous. 

Une pièce bouleversante dont on ne sort pas indemne. 


Fou d'Art
Entendre ton cri

Lorsque la metteuse en scène Panchika Velez a découvert ce très beau texte de Sophie Maurer, elle a tout de suite pensé à Romane Bohringer... et son intuition fut la bonne, car la comédienne porte merveilleusement ce rôle qui semble avoir été écrit pour elle.

Une nuit durant, dans le couloir d’une maternité...

Une mère face à son nouveau-né qui vient tout juste d'arriver, qui n'a pas encore de prénom, qui ne sait pas respirer... une mère en bataille, espère, désespère et, derrière la vitre qui les sépare, parle à sa fille, lui raconte l'amour, la musique et le monde pour lui insuffler la vie, le désir de vivre.

« Tes poumons, tu les ouvres maintenant. Respire ! après tu feras ce que tu voudras »

Écrit quand la violence et l’obscurantisme semblaient menacer de tous côtés, l'autrice dit que ce texte s’adresse à tous ceux qui, face au tremblement du monde et à l’incertitude, hésitent entre joie et révolte, entre liberté et amour et espère, en cherchant la joie qui se loge dans les replis des choses, entraîner un enfant vers la vie... et nous aussi.

« J’ai ressenti comme une évidence la nécessité d’un accompagnement musical, un personnage dialoguant par instants avec cette femme éperdue d’amour » Panchika Velez, la metteuse en scène qui sait si bien retranscrire les émotions, avec beaucoup de nuances et de subtilités, nous entraînent dans un monde entre la vie et la mort qui nous semble si proche, si familier.

Dans un décor au couleur froide, bleutée, parsemé de paravents en plastique transparent, accompagnée de la musique Jazz-électro de Bruno Ralle, Romane Bohringer est à la fois tendre et combative, drôle et émouvante, poétique et guerrière.

L'histoire d'une femme qui combat comme une tigresse... et qui, avec détermination va tenter d’amener son enfant à accepter sa naissance. Un spectacle troublant, profondément émouvant. Un coup de poing en plein cœur !


Artistik Rezo

Romane Bohringer porte avec magnificence un texte de Sophie Maurer, celui d’une mère à son enfant tout juste né dans une maternité. Accompagné du musicien Bruno Ralle, c’est un moment de théâtre bouleversant mis en scène par Panchika Velez à la Scala de Paris.

Tigresse

Dans le couloir d’une maternité, une femme attend. Ses yeux sont d’une intensité inflexible, son cou est tendu, et ses mains dessinent des cercles, aux couleurs des émotions qui la traversent. Dans le beau décor conçu par Lucas Jimenez, un espace bleuté cerné par des cubes de plexiglass avec au fond un écran de cinéma qui reflète des paysages aux ombres floutées, la comédienne Romane Bohringer est cette femme en jean qui attend comme une vigie que son enfant nouveau-né trouve enfin le moyen de respirer tout seul. Ses poumons ont encore du mal à se déployer et son pronostic vital reste incertain. L’attente insupportable, l’angoisse, se muent en un chant lumineux, philosophique, poétique, un chant d’espoir pour appeler cet enfant à vivre.

Combat de boxe

Loin d’être une complainte, le très beau texte de Sophie Maurer agit comme un combat, une révolte, une colère contre l’état du monde et les dérives sectaires, régressives, de nos sociétés menacées par les catastrophes économiques et climatiques. Comme une tigresse qui met des gants de boxe, cette jeune mère alerte d’abord son enfant sur les dangers qui le guettent une fois plongé dans le monde des adultes, loin de la vague protectrice et chaude du liquide utérin. Bien sûr, c’est un monde terrible qui accueille aujourd’hui les enfants qui naissent, mais n’est-ce pas une raison de plus d’être au monde que de combattre pour un monde meilleur ? Le texte alors se fait lyrique, poétique, drôle et provoquant, passant par toutes les couleurs de notre arc-en-ciel existentiel d’adulte, femme ou homme, responsable d’une vie à naître. Romane Bohringer fait de cette pâte littéraire un bijou théâtral, rythmé par la guitare et les claviers de Bruno Ralle, sous le regard intelligent de la metteure en scène Panchika Velez. Elle est lionne et tigresse, animale et sensuelle, d’une générosité absolue. Et c’est bouleversant.

Froggy's Delight

Monologue dramatique de Sophie Maurer interprété par Romane Bohringer dans une mise en scène de Panchika Velez.

"Respire", verbe à à la deuxième personne de l'impératif présent pour un titre polysémique, injonction, espoir, prière profane ou supplique de la mère pour que le souffle revienne à son enfant nouveau-né placé sous assistance respiratoire. 

La partition monologale écrite par la romancière, dramaturge et scénariste Sophie Maurer relate une lutte acharnée de chaque seconde pour ne pas lâcher le fil de cette nouvelle vie compromise. 

Avec une scénographie minimaliste de Lucas Jimenez, des panneaux translucides, des images projetées et les ponctuations musicales de Bruno Ralle, à la mise en scène, Panchika Velez a opté pour la sobriété en privilégiant la force des mots et des émotions qui tissent ce monologue aux accents parfois lyriques voire poétiques. 

Et l'incarnation avec Romane Bohringer qui s'identifie à cette combattante de la vie et pour la vie, conteuse pour soutenir et maintenir le souffle de l'enfant et, telle une charmeuse de serpents, pour éloigner la faucheuse.

En s'appropriant le texte dont elle délivre les plus infimes nuances et sans surjeu naturaliste ni dolorisme, elle dispense une superbe prestation qui bouleverse le spectateur.

Un fauteuil pour l'orchestre

Le petit plateau de la Piccola Scala est « encombré » de panneaux en plexiglas, d’une chaise également en plastique transparent et à Cour, un musicien attend derrière son clavier, près de sa guitare. Une femme attend également, à Jardin, tapie dans l’ombre. Une mère, une femme, mais aussi une comédienne, que l’on reconnaît à peine une fois qu’elle se montre en pleine lumière. En jean’s, pieds nus, une veste large, confortable, celle avec laquelle pouvoir passer la nuit assise ou debout, à veiller, à penser, à espérer, à s’agacer de désespérer, à jouer avec les mots pour combler le silence de cette nuit qui n’en finit pas, à digresser pour mieux ensuite supplier, encourager, implorer cette chair de sa chair avec laquelle elle ne faisait encore qu’un quelques heures plus tôt, de respirer. Elle utilise et mêle tous les registres : l’interpellation au moyen de ces petits noms caricaturaux de la tendresse, tiré du monde animal et végétal pour l’essentiel, que l’on donne sans avoir peur du ridicule à ceux que l’on aime inconditionnellement, les considérations pratiques et les grandes leçons de vie. Elle fera tout ce qu’elle peut pour que son « petit chat », son « grelot », son « pigeon », son « écureuil », son « suricate » (etc.) porté par cette puissance et résilience de l’amour maternel, trouve le peu de force qui lui manquait pour respirer enfin par lui-même.

Le texte Respire de Sophie Maurer (publié chez Koïné éditions en 2020 sous le titre Héméra ou Respire) ne fait également qu’un avec Romane Bohringer. Sa voix grave, rocailleuse à l’extrême dans les premières minutes du spectacle, s’éclaircit légèrement peu à peu, sans perdre de sa vigueur et de son grain. La diction est parfaite quarante-cinq minutes durant. Jamais elle ne faiblit, jamais elle ne larmoie. Non plus que le texte. Le sujet, grave s’il en est, ne tombe à aucun moment dans le pathos ou le mélo. Et pourtant, qui a déjà passé une ou plusieurs nuits d’angoisse en soins intensifs à veiller son enfant dans le lieu paradoxalement hostile que devient l’hôpital, dont la fonction est pourtant de sauver, protéger, guérir, rassurer, sait combien la crainte de le perdre peut conduire à une forme de dolorisme dans ses délires nocturnes de l’imagination, en particulier quand le corps médical n’y croit plus ou doute même imperceptiblement.

Mais Sophie Maurer n’exploite pas, heureusement, et même refuse toute approche misérabiliste ou ton élégiaque. Elle propose avec Respire une ode à la vie et à l’amour, aussi niaise que cette formule puisse paraître. La mère comme le nouveau-né sont des lionnes, des battantes, des guerrières. La première encourage la seconde, et ouvre les yeux de tous les adultes, qu’ils soient ou non parents, à ce monde où l’on réclame le silence, où l’on étouffe les cris, telle cette technologie autour de la petite enfance qui prépare la vie future qui fait tout pour nous faire taire. Romane Bohringer se déplie, se déploie, après avoir laissé l’impression au début, qui était sans doute quelque chose d’intentionnel, d’être à l’étroit sur le plateau et d’avoir du mal à trouver une gestuelle. Peu à peu, elle rugit, elle est comme le dragon qu’elle évoque, une chimère qui s’enfouit sous terre puis jaillit pour ramener le petit être dans le monde des vivants alors que le jour va bientôt se lever avec toutes « ses promesses », pour qu’il fasse partie de tous ces êtres qui n’ont ni « fléchi », ni « flanché ». Elle nous regarde dans les yeux, comme si l’on pouvait aider nous aussi, se déplace avec une souplesse animale sans jamais cesser une logorrhée étonnante, pour se convaincre qu’elle peut être non seulement une « mère », mais aussi une « maman », qui sera le témoin de toutes ses/ces premières fois. Le premier livre, le premier baiser, le premier combat… En arrière-plan, la musique est toujours présente et soutient avec discrétion le jeu et la volubilité du texte, tandis que sur un écran des projections tantôt réalistes, tantôt abstraites viennent appuyer la narration.


Word Press

Aux confins de la lumière glaciale des couloirs d’une maternité… la pénombre. Là une petite fille tout juste née. Debout, face à elle, derrière la vitre, une mère. Une mère remplie d’un souffle que rien n’épuise, prête à défier la mort. Durant une nuit entière, elle s’adressera à elle, l’invitant à découvrir l’effervescence du monde, l’exhortant à venir les rejoindre, elle, sa sœur et son père. De l’autre côté où un nid d’amour l’attend.

C’est avec une sensibilité animale et beaucoup de talent que Romane Bohringer se tient devant la salle et, pendant une heure, nous livre avec réalisme le texte finement ciselé de Sophie Maurer. Au rythme parcimonieux de la guitare et du piano joués par Bruno Ralle, la poésie s’en mêle, les mots s’harmonisent, la tendresse, la tristesse, la joie s’entrechoquent. La salle est émue.

Ovation…


Arts Chipels

Cette conversation imaginaire avec un enfant absent, qui hésite à naître, est un petit bijou de finesse et d’émotion. Romane Bohringer y célèbre la vie avec beaucoup de sensibilité et le spectacle offre un parcours de musique et d’images plein de délicatesse.
La scène révèle des espaces séparés par des parois de plastique transparent, tandis que l’écran en fond de scène évoque plus qu’il ne définit un couloir d’hôpital blanc, neutre, immaculé. Une femme attend. Elle ne bouge presque pas, statufiée qu’elle est dans cet entre-deux où se suspend sa vie. Une barrière invisible mais omniprésente – on comprend qu’il s’agit d’une vitre – la sépare d’un espace où se trouve un enfant, une petite fille qui hésite encore entre vivre et mourir, crier ou se taire à jamais. Dans un long plaidoyer à une encore-absente, la mère cherche le moyen d’atteindre la petite chose de l’autre côté de la paroi et de l’inciter à choisir le camp des vivants.
Un hymne à la vie et un appel à la résistance.
On la sent exténuée, cette femme, prenant comme autant de coups au plexus les réflexions récurrentes du corps médical destinées à la préparer au pire, à lui faire comprendre que la résignation à l’inévitable est l’autre alternative au combat pour la vie. Pourtant, elle ne baisse pas les bras. Elle se rebiffe, apostrophe l’enfant qui n’est pas encore, cherche l’infime ligne, presque imperceptible, qu’elle pourra franchir pour l’atteindre, lui insuffler cette respiration que le bébé peine à trouver, lui donner l’envie de faire la traversée. Ce qu’on entend, porté par l’émotion à la fois retenue et puissante qui naît de la gestuelle minimaliste de Romane Bohringer, presque immobile, c’est ce combat qu’elle mène pour que la vie triomphe. Privée du toucher et de la vision, c’est par la voix qui enfle et s’anime qu’elle tente cette traversée des enfers pour récupérer cette petite chose qu’elle aime sans la connaître.
Comme un lent apprivoisement…
La faire exister, c’est lui donner un visage, une personnalité, un supplément d’âme. Alors la mère n’hésite pas. Elle convoque toutes les forces de la nature, tous les animaux de la création, tout ce qui vit et palpite pour réveiller l’âme encore endormie. Coquelicot, mandarine, marcassin ou cabri, la fillette s’inscrit dans le grand cycle de la nature et de la vie où toutes les mères chantent à leurs enfants des chansons douces pour les endormir, où elles les rassurent sur le fait que le jour qui meurt ne peut que renaître, et qui les confortent en affirmant que l’homme est un dieu. Poème symphonique, la mise en scène associe les images mentales qui surgissent au fil du récit de la mère, passant du couloir d’hôpital aux rues ou aux toits de Paris, à une musique presqu’en sourdine, en écho, interprétée en live par Bruno Ralle, où alternent et se mélangent piano, guitare et sons électro pour donner, parfois avec des accents jazzy, parfois avec des dissonances, la mesure de ce paysage mental.
Au-delà de la vie à naître
Elle est sur scène face à nous, cette mère qui apostrophe, et nous sommes l’enfant à naître, de l’autre côté de la glace. Nous sommes celui à qui il appartient de mener tous les combats, celui qui saura déceler les trésors cachés sous la surface, affronter le chagrin et trouver le courage de ceux qui n’ont pas flanché. Parce que la vie, c’est ça, ce flux et ce reflux. En même temps que le vol des oiseaux dans le ciel et le bonheur d’être ensemble, le frémissement d’aimer et d’être aimé, il y a les combats, les révoltes, le refus de laisser faire. Enfants d’un monde « d’entre deux guerres » qui vacille sur son assise et où les certitudes appartiennent au passé, nous avons le pouvoir de ne pas nous résigner. C’est le message que fait passer ce saisissant spectacle. La vie a un prix mais cela vaut la peine de le payer… 


Ce qui est

Dans un couloir d’hôpital, une mère attend, une nuit durant. Elle espère, désespère, espère de nouveau que son enfant née quelques heures auparavant parviendra à respirer seule. Derrière la vitre qui les sépare, la mère parle à sa fille, pour tenter comme elle peut de l’attirer vers le monde des vivants. Une nuit durant, dans un couloir d’hôpital, une mère attend et vacille entre la rage et la supplique, en animal doutant de ses forces. 
Respire Sophie Maurer (éditions Koinè, 2020).
J’aurai aimé avoir Romane Bohringer comme meilleure amie ! Je l’ai déjà dit ici-bas (J’avais un beau ballon rouge, Théâtre de l’atelier, novembre 2015). On ne peut qu’aimer Romane Bohringer. Fragile et puissante, appliquée et brouillonne, sophistiquée et sauvage, Romane Bohringer peut tout incarner, à condition que ses personnages aient un tempérament bien trempé. Puisant de tout son être dans des forces astrales ou telluriques qui nous échappent - à nous, humbles spectateurs - la comédienne impressionne par sa qualité de jeu tout en nuances et d’une infinie sincérité.

Dans une mise en scène inventive de Panchika Velez, aux ombres et images projetées, sur la musique poétique de Bruno Ralle, le combat d’une femme, d’une mère, de l’amour, somme toute d’une vie, se donne dans les profondeurs du Théâtre de la Scala. C’est un lieu secret auquel on accède par des méandres souterrains d’un bleu ténébreux. Pendant que le public bavard s’installe sur les bancs de la Piccola Scala, Romane Bohringer est à découvert, trépignante, elle est un taureau dans l'arène. Le noir se fait, le public se tait. L’auteur Sophie Maurer, dramaturge, romancière et scénariste, a-t-elle pensé tout de suite à Romane Bohringer pour interpréter « Respire »? C’est la question que l’on peut se poser tant le texte semble naître d’entre les lèvres, les mains, les yeux et les entrailles de la comédienne. Quelques terrains mouvants d’ailleurs, comme le rapport de cette mère avec sa propre mère, déploient une énergie sombre, écho d'un désespoir pudique et terriblement troublant. La facilité n’a pas sa place, tout est ardu, rocailleux et même violent. Dépassant les frontières de sang et de chair, la mise en abîme de cette mère, qui appelle de toutes ses forces le souffle libre de son enfant, use d'un langage universel. Ne serait-ce finalement qu’un prétexte pour décrire la vision apocalyptique, et bien réelle, des changements de société que nous traversons, presque la fin d’un monde ? Une dégringolade dangereusement rapide dans laquelle nous cherchons tous à quoi nous raccrocher... Sophie Maurer n’épargne rien, ni personne. 

Je n'ai qu'une vie

Respire à La Scala Paris : Romane Bohringer, très juste, dit la nuit d’une femme qui se bat pour que son nouveau-né respire enfin. Un grand moment de théâtre vrai, allez le voir, asseyez-vous au premier rang.

Sur la scène, disposés en pointe, cinq roll up, ces totems qu’on voit dans tous les salons professionnels. Posés en pointe sur la scène, gréés d’un plastique transparent. Derrière l’un, Romane Bohringer assise, qui attend. Derrière un autre, Bruno Ralle, derrière son clavier. Elle se lève, pieds nus. Te voilà.
Respire est l’histoire d’une nuit, dans une maternité. La nuit d’une femme qui vient d’accoucher. La nuit de l’enfant qui vient de naître, c’est une petite fille.
A la naissance, les poumons du nouveau-né sont remplis de liquide, les alvéoles sont collabées, les premières respirations sont pénibles. Elles ne se sont pas produites, l’enfant est en réanimation, la mère est derrière une vitre, demain matin le médecin viendra lui parler, quand le mari sera là, qui est avec la sœur aînée de l’enfant. Qu’elle aille se reposer, il est trop tôt pour… mais…
On ne connaîtra pas le nom de la mère, on ne connaîtra pas le nom de l’enfant. Respire est l’histoire de son combat.
Elle se bat. Elle est loin de son enfant, elle se bat avec son amour, avec sa voix. Un amour qu’elle projette, parfois mêlé de rage. Jusqu’au bout de la nuit, jusqu’au bout de ses forces.
Elle se bat, elle raconte le monde, la vie, le monde qui vit. Ses origines, de l’autre côté de la méditerranée. Son frère masqué de noir. Son mari, sa fille aînée. Des îles. L’autre chemin, celui qui ne va pas vers la vie, quand la mort s’approche, la rage prend le dessus, colère, supplique, tout est bon pour qu’elle passe son chemin. Quand le jour se lève, quand l’hôpital s’anime, le médecin ne comprend pas.
Romane Bohringer porte Respire, Respire habite Romane Bohringer, Romane Bohringer m’a embarqué avant même de prononcer son premier mot. Son jeu est d’une justesse hypnotisante, qui ne tombe jamais dans l’apitoiement ni dans le pathos. Sa voix porte le texte, ponctuée par les interventions musicales de Bruno Ralle.
Sa voix particulière porte le texte de Sophie Maurer, ses yeux le disent, et le sous texte déferle. Je les ai suivis, ces yeux, au fil de la pièce, sans les lâcher. La mise en scène de Panchika Velez est discrète, fluide, au service de cette voix, au service de ces yeux, qui viennent presser le cœur du spectateur, lui serrer les tripes. Il est de l’autre côté de la vitre, il est l’enfant, il reçoit ses mots, en ressent la force, la poésie, et l’émotion devient la sienne.
Parfois, sur le fil de la vie, il suffit de peu de chose. Et de beaucoup de force, d’amour, de rage pour porter ce quelque chose. A tout moment de la vie.
La Piccola Scala est une petite salle en amphithéâtre, intimiste, assis aux premiers rangs le spectateur est à moins de deux mètres de Romane Bohringer. C’est le bon endroit pour savourer ce grand moment de théâtre vrai.

 

 


à La Scala
reprise du 3 février au 1er avril 2023
les jeudis vendredis et samedis à 19h30
Respire