Acte 2

L'Île des esclavessaison 2024-2025

extraits de presse

Un vrai petit bijou. La mise en scène de Christophe Lidon est particulièrement bien réussie.

L’interprétation est impeccable, et ce, dès l’entrée du public où les acteurs sont déjà sur le plateau. La complicité avec le spectateur est alors parfaite.

La Provence

Christophe Lidon a insufflé un air vivifiant à ses comédiens et comédiennes. Sa distribution est parfaite. Chacun est à sa place. Ils donnent parfaitement corps à leur personnage, qu’ils soient ceux de Marivaux ou de Alane. Ainsi les passages entre le dehors-dedans, scène-coulisse, se déroulent sans que l’on perde le fil.

L’œil d’Olivier

Quelle jonglerie et quelle réussite ! Audace et finesse. Retrouver les classiques est un bonheur, les faire dialoguer avec notre époque est une jubilation supplémentaire. Allez-y les yeux fermés pour ne les rouvrir qu’à la magie du théâtre, une fois installés sur les gradins !
SNES FSU

Christophe Lidon a signé une bien intéressante mise en scène, et les comédiens sont excellents et imprégnés par leur rôle, c’est drôle, grinçant, amusant, et surtout fort bien interprété !
Théâtre Passion



Je ne te ressemble pas, moi, je n'aurais point le courage d'être heureux à tes dépens.


Accoutumé au jeu de l'inversion des rôles, Marivaux invente une utopie réjouissante dans « L’île des esclaves » : voici une république où les maîtres sont corrigés de leurs défauts et les valets reconnus comme des humains à part entière ! Le siècle des Lumières, comme souvent, nous éclaire et rend partiellement possible une belle illusion … L'égalité. La valeur d'un homme ne doit-elle pas se mesurer à la noblesse de son cœur ? Qu’en est-il dans la coulisse, quand les acteurs sont confrontés aux mêmes injustices ? Dans cette troupe, la loge est elle aussi une île de comédie, mais qui sont les « esclaves » ? Qui sont les dominants ? Luttes de pouvoir et luttes d’ego, éclats d’orgueil et éclats de rire… La raison peut-elle s’imposer ?


de Marivaux

mise en scène et scénographie Christophe Lidon

avec
Valérie Alane
Thomas Cousseau
Armand Eloi
Morgane Lombard
Vincent Lorimy

adaptation Michael Stampe
texte additionnel Valerie Alane
costumes Chouchane Abello Tcherpachian
lumière Cyril Manetta
musique Cyril Giroux
assistante mise en scène Mia Koumpan

production François Volard Acte 2
Création CADO Orléans Centre national de création Orléans - Loiret
avec le soutien du Théâtre du Val d'Osne, Ville de Saint-Maurice
Galerie photos


La Provence
Un vrai petit bijou.

"Le pouvoir imposerait-il intrinsèquement l’abus ?" C’est la question centrale de cette adaptation de la pièce de Marivaux, renchérie des textes de Valérie Alane, également interprète. Une réadaptation libre et moderne, dans laquelle le texte de Marivaux s’entrecroise avec des références actuelles. Une île mystérieuse où les rôles de maîtres et esclaves sont inversés. Mais dans les coulisses du spectacle les mêmes enjeux émergent, l’injustice s’y joue aussi.

Alors comment faire régner l’égalité quand le pouvoir s’inverse ? La mise-en-scène de Christophe Lidon est en tout cas particulièrement bien réussie, avec des jeux de lumières qui distinguent et délimitent, sans caricatures, la scène et les coulisses fictives. Le jeu permanent avec le public en fait un spectacle audacieux mais sans excès, en ajoutant avec malice et parcimonie de nombreux éléments comiques.

Côté acteurs, l’interprétation est impeccable, et ce, dès l’entrée du public où les acteurs sont déjà sur le plateau. La complicité avec le spectateur est alors parfaite. Les costumes, signés Chouchane Abello, ainsi que le décor constitué d’une toile imitant avec brio le mouvement des vagues, ne font qu’ajouter au charme et à l’élégance de la mise en scène.


L'oeil d'Olivier

Pour aborder la comédie philosophique de Marivaux sur les relations entre maîtres et valets, sur le pouvoir et ses dérives, Christophe Lidon a eu la bonne idée d’imaginer que les acteurs de la troupe, en toute bonne foi, se rebellaient également contre leur directeur-metteur en scène. Ce bel hommage au théâtre est à découvrir sans faute à la Condition des soies, pendant le Festival Off d’Avignon.

Dès que l’on pénètre dans la salle, on est saisi par la puissance du décor. Le metteur en scène Christophe Lidon aime soigner ses scénographies. Des voiles, qui rappellent celle d’un navire sont suspendues dans les airs. Sur le cyclo du fond, une toile peinte ouvre notre horizon sur l’infini de la mer. Les vagues viennent s’échouer sur une plage abandonnée de tout humain. On est vraiment sur l’île…

Une mise en abîme

Puis l’on remarque qu’à un bout de la salle, un comédien lit pour lui-même un texte pendant que les autres s’affairent, l’un à la mise en place de ses accessoires, l’autre à sa robe qu’il faut lacer (magnifiques costumes de Chouchane Abello Tcherpachian). Ils se préparent à jouer. On sent la fébrilité de cet instant magique où les personnages ne sont pas encore arrivés dans leur chair et dans leurs esprits. Cette cérémonie de l’entre-deux mondes, le quotidien et la pièce à interpréter sont comme une cérémonie que les acteurs vivent chacun à la manière. On sent qu’une petite tension trouble cette troupe prête à affronter les spectateurs. La révolte n’est pas loin… Ils en ont après leur directeur et metteur en scène (génial Thomas Cousseau) qui s’est attribué le personnage de Trivelin. Pris dans les difficultés financières dues à la baisse des subventions, il n’arrive plus à payer leurs « gages » et leur parle de moins en moins bien. Subrepticement, entre les scènes, les règlements de compte et prises de bec s’enchaînent pour notre plus grand plaisir.

Cette partie n’est pas de Marivaux, mais de Valérie Alane (Mister Cauchemar, Zéro s’est endormi, Irruption). L’autrice est une comédienne, une enfant de la balle qui connaît bien le monde du théâtre. Son texte additionnel est excellent. Il n’entache en rien la pièce parce que le metteur en scène, avec la complicité de Michael Stampe (FX, L’art de Suzanne Brut, L’installation de la peur, La légende d’une vie), l’a judicieusement entremêlé au texte original. Ce croisement de fils entre le XXIe et le XVIIIe siècle montre que, si le monde a bougé, certaines choses n’ont pas changé. Et la question demeure : « Le pouvoir entraînerait-il intrinsèquement l’abus ? »

L’incessant naufrage du monde

Une tempête a jeté des naufragés sur les rives d’une plage. Très vite, ils identifient le lieu où ils se sont échoués. C’est L’île aux esclaves, là où, il y a bien des années, une révolution a bouleversé l’ordre politique. Selon les lois de cette république, maîtres et valets doivent échanger leurs conditions. Ainsi Iphicrate (candide Armand Eloi) devient l’esclave de son valet Arlequin (impayable Vincent Lorimy), Euphrosine (irrésistible Valérie Alane), la bonne de sa suivante Cléanthis (touchante Morgane Lombard). Si la Révolution française n’est pas loin, Marivaux n’en pose pas les jalons. N’en faisons pas non plus un Marxiste avant l’heure ! En abordant le rapport maître/esclave, ceux fondés sur un paternalisme des plus classiques, l’auteur incite plutôt ses contemporains à se comporter avec générosité et responsabilité.

Dans la dispute entre les comédiens et comédiennes, on retrouve les dysfonctionnements des rapports. La colère des comédiens contre l’autorité abusive du Patron, celle des comédiennes qui aimeraient bien qu’un jour on ne les maltraite plus par des mots et des réflexions… Rappelons que dans sa pièce La Colonie, Marivaux avait inventé une île (encore !) où les femmes avaient eu l’idée de prendre le pouvoir ! En dénonçant les institutions de la société de son époque, pouvait-il imaginer qu’elles feraient, trois siècles plus tard, encore écho ?

Un théâtre populaire exigeant

Christophe Lidon a insufflé un air vivifiant à ses comédiens et comédiennes. Sa distribution est parfaite. Chacun est à sa place. Ils donnent parfaitement corps à leur personnage, qu’ils soient ceux de Marivaux ou de Alane. Ainsi les passages entre le dehors-dedans, scène-coulisse, se déroulent sans que l’on perde le fil. Ce n’est pas la première fois qu’il montre cet espace, entre la création et la représentation. En 2021, il nous avait régalés avec son Dom Juan – répétition d’un jour. À la tête du Cado d’Orléans, Centre national de création Orléans-Loiret depuis huit ans, l’artiste est au service du théâtre. Un univers qu’il aime profondément et connaît parfaitement. Pour cette année, ce grand habitué du festival Off d’Avignon a décidé, plus que jamais de célébrer l’art dramatique et les artisans qui le font vivre, avec L’île des esclaves et Agathe Royale, deux pièces qui glorifient notre appétence pour le théâtre.

Le monde libertaire

Nous voici au 3ème millénaire et voilà que MARIVAUX, fort de son ancienneté, auréolé de sa réputation d’auteur classique, bercé par le siècle des lumières, nous fait signe. Eh bien, soulignons-le d’emblée, ce qui ressort de la mise en scène de Christophe LIDON, c’est la modernité de sa pièce la plus courte (1 acte et 11 scènes) l’Île des esclaves. Il est vrai que le terme modernité est aussi vieux que le monde !

Oui cette pièce nous parle sans doute parce que nous n’en aurons jamais fini avec la Commedia dell’arte, avec Molière et ces histoires de valets et maîtres ridicules et parce que les personnages ont cet avantage sur nous de ne pas mourir et de continuer à nous interpeller siècle après siècle au nom de la Comédie humaine. Que penser de cette Île aux esclaves sinon qu’elle est totalement utopique. Un maïtre Iphicrate, une maitresse Euphrosine, deux esclaves, Arlequin et Cléanthis, victimes d’un coup du sort deviennent à la suite d’un naufrage les hôtes d’une Île des esclaves dont le gouvernement représenté par Trivelin a pour mission de renverser les rôles entre esclaves et maitres et d’éduquer ces derniers coupables de comportements odieux.

Marivaux se demande ce qu’il adviendrait des uns et des autres s’ils échangeaient leurs rôles dans la société. Le dénominateur commun entre un dominé et son dominant ne peut être que leur origine humaine. Dans cette pièce ce sont les esclaves devenus maîtres qui se révèlent les plus humains parce que devenus libres, épouser les comportements de leurs maîtres déchus ne les intéresse pas. Par ailleurs, le repentir d’Iphicrate. et d’Euphrosine est trop conventionnel pour être convaincant. En vérité, Marivaux déplace sur des rapports paternalistes entre valets et maîtres la question de la domination d’une classe sociale sur une autre. « La différence des conditions n’est qu’une épreuve que les dieux font sur vous : je ne vous en dis pas davantage » (Trivolin scène 11)

Une conclusion de nature à faire bondir ceux qui rêvent de révolution sociale. Les quelques allusions à la République, la cité idéale selon Platon de cette pièce philosophique, sociale et humaniste ne passent pas inaperçues mais elles sont juste évoquées.

Il s’agit d’une comédie qui reprend les archétypes de la commedia dell’arte, tout en faisant passer les idées de liberté, de justice défendues notamment par Voltaire et Montesquieu. À noter que les personnages d’Arlequin qui jubile de pouvoir se moquer d’Iphicrate et celui de Cléanthis qui clame son indignation « Voilà de nos gens qui nous méprisent dans le monde, qui font les fiers, qui nous maltraitent, qui nous regardent comme des vers de terre, qui sont trop heureux dans l’occasion de nous trouver plus honnêtes qu’eux. » s’avèrent bien plus forts que ceux d’Iphicrate et Euphrosine.

Christophe LIDON s’aligne sur l’air du temps de Marivaux, voyant dans l’Île des esclaves une comédie, voire une satire sociale mais assurément pas un pamphlet révolutionnaire. Ce qui n’empêche pas le clin d’œil. Sont insérées dans la pièce avec habilité des scènes de dissension entre comédiens.nes et metteur en scène de façon à exprimer que les rapports de force entre dominés.es /dominants.tes sont toujours d’actualité.

On parle de théâtre dans le théâtre ou de mise en abyme. Quoiqu’il en soit, il en résulte une mise en scène très alerte avec une équipe de comédiens.nes vraiment épatante.

Petit bouchon de champagne qui pète que cette Île des Esclaves en plein festival. Pour vous rafraichir les idées !

Sudart

La mise en abyme réussie de ce petit bijou de Marivaux sur les rapport domìnés dominants qui s'inverse, invite a une réflexion sur le monde contemporain ou ces types de rapport sont toujours d'actualité. La mise en scène extrêmement sobre, seuls les costumes rappellent le 18eme siècle, structure l' espace-temps dans les crises et combats d'ego toujours d' actualité. Les comédiens rendent les personnages attachants y compris ceux les plus antipathiques au départ de l' intrigue. Ils sont justes dans les deux registres 18eme et contemporain. Cette fable morale incite a la réflexion tout en proposant une vision assez reconfortante de l' humanité ou la résilience devient la vertu dominants.

Très Beau spectacle accessible aux plus Jeunes.

SNES FSU

A l’aube des Lumières, avant même qu’on ait branché les sunlights de la Raison émancipatrice, Marivaux imagine une comédie où le propos subversif est si fort qu’il faut l’atténuer par une transposition temporelle et géographique. Nous sommes donc au large d’Athènes, démocratie partielle et esclavagiste, sur une île où des esclaves en fuite ont jadis fondé une République sans esclavage administrée désormais par leurs descendants. À la suite d’un naufrage, des nobles y échouent sans bagages mais avec serviteurs. Ils sont accueillis avec respect et fermeté par un représentant de cette République fictive mais vraiment libre, égalitaire et fraternelle. On leur annonce qu’ils vont être instruits à l’égalité politique et corrigés de leur barbarie de nobles par l’épreuve : obligation leur est faite de prendre la place de leurs domestiques qui deviendront leurs maîtres mais dans les règles du pays. Utopie politique à méditer…

Jusqu’ici tout va bien. Pas pour ces maîtres déstabilisés par l’inversion des rôles qu’on leur impose mais pour nous qui retrouvons avec jubilation la langue éclatante et la farce sociale de Marivaux.

Mais quoi, sommes-nous face à la scène ou côté coulisses ? Les acteurs de la pièce se mettent à faire des entrées comme s’ils sortaient de scène et se dépouillant de leurs rôles, ils deviennent des comédiens se disputant au sujet de l’autoritarisme de leur directeur de compagnie ou du retard de versement des salaires. Les compagnies de théâtre n’échappent pas aux conflits d’autorité ou d’argent qui émaillent nos existences sociales.

Le moyen technique de cette double scène est des plus élémentaire mais parfaitement efficace : une grande tenture tombante. C’est beau le théâtre dans la simplicité ! Alternativement donc, la scène devient coulisse et inversement sans que jamais le spectateur ne s’y perde puisque les personnages et le jeu diffèrent grandement. Chaque acteur quitte momentanément son personnage marivaudien pour en endosser un autre dessiné par Michael Stampe pour l’adaptation et Valérie Alane pour les textes. La voilà, la belle trouvaille de Christophe Lidon qui a osé cette mise en (double) scène : monter Marivaux en y ajoutant une mise en abîme ou « mise en coulisse » à la fois contemporaine et totalement dans l’esprit de Marivaux. En effet, dans ce va-et-vient sur une même scène entre la comédie et son adaptation, les comédiens changent de personnages et de rôles sous nos yeux. Quelle jonglerie et quelle réussite ! Audace et finesse. Retrouver les classiques est un bonheur, les faire dialoguer avec notre époque est une jubilation supplémentaire.

Sur ces « deux scènes en une » Valérie Alane, Thomas Cousseau, Arnaud Eloi, Morgane Lombard et Vincent Lorimy font preuve d’une belle et double énergie au service d’un jeu précis et juste. C’est un peu comme si le spectateur recevait un cadeau : deux pièces en une. Deux raisons d’aimer le théâtre : pour son attachement au grand répertoire d’hier et pour son courage dans l’invention. Une raison supplémentaire : certaines salles sont à elles seules des personnages aussi insolites qu’envoûtants, c’est le cas de La Condition des Soies en Avignon.

Allez-y les yeux fermés pour ne les rouvrir qu’à la magie du théâtre, une fois installés sur les gradins !

 
Critique Théâtre Clau

Réjouissant, Pétulant, Eloquent.

Marivaux samuse Sur l'Île des esclaves, dans cette république fictive au large dAthènes, les rôles sinversent. Les maitres deviennent les esclaves de leurs esclaves, seule la transformation des cœurs pourra les libérer. 

Lorsque nous pénétrons dans la salle, un comédien fait les cents pas un livre à la main  devant un magnifique décor, une grande tenture représentant la mer. Puis ont lieu des va et vient entre les coulisses et le plateau. 

Des discussions s'enchaînent concernant : lautorité et la misogynie de leur metteur en scène, les retards de paiements de leur salaire…..Voici une belle mise en abîme.

Grace aux talents des comédiens et à la mise en scène magnifiquement orchestrée de Christophe Lidon, nous passons avec aisance de la fiction de Marivaux aux règlements de compte de la compagnie, texte écrit par Valérie Alane. Dans ce double jeu, la pièce prend une ampleur plus contemporaine.

Les costumes de Chouchane Abello Tcherpachian sont dune belle esthétique, la lumière et la musique de Cyril Manetta intensifient les émotions.

Les comédiens, Valérie Alane, Thomas Cousseau, Armand Eloi, Morgane Lombard ,Vincent Lorimy jouent avec talent et finesse, ils glissent  avec justesse d'un rôle à l'autre.

Joli moment de théatre.


La Revue du spectacle

Marivaux aurait-il anticipé notre monde contemporain sans le savoir ?

À la suite d'un naufrage, Iphicrate et Euphrosine échouent sur une île avec leurs esclaves, Arlequin et Cléantis. Le responsable des lieux met en garde : dans cet endroit, l'ordre établi à Athènes n'a plus cours, maîtres et esclaves doivent échanger habits et condition afin de recevoir une leçon d'humanité. Ravis, les deux anciens valets en profitent pour se venger des misères qu'ils ont subies, mais ils sont vite rattrapés par leur bon cœur, ce qui provoque un revirement inattendu …

Accoutumé au jeu de l'inversion des rôles, Marivaux invente ici une utopie réjouissante : une république dans laquelle les maîtres sont corrigés de leurs défauts et les valets et les soubrettes reconnus(es) comme des êtres à part entière !
Où la comédienne Valérie Alane, aussi autrice, est-elle aller puiser avec la complicité de Michael Stampe cette idée si originale de mixer ainsi ce superbe texte de Marivaux, mi-satirique, mi-sentimental du XVIIIème siècle, avec la réalité et le contrepoids contemporain ? Y aurait-il du vécu personnel là-dedans ? Ou toute autre chose ?

Christophe Lidon : "Puisque le théâtre est bien le lieu où les spectateurs peuvent endosser une autre condition que la leur et se mettre aisément, par le jeu de l'imaginaire, à la place d'autrui, quoi de plus plaisant que de s'emparer aujourd'hui de cette fable pour mettre en perspective les thèmes majeurs abordés dans cette œuvre avec notre situation contemporaine qui n'a aucunement effacé les périls et les tourments liés aux rapports de classe et au déchaînement des vanités et des égoïsmes".

Entre 1724 et 2023, les choses n'auraient donc définitivement pas changé ? Inquiétant s'il en est…. Et dans le milieu du théâtre non plus ? Diantre ! Il s'agit là pourtant d'un univers où la vraie vie revisitée devrait être plus fluide et moins tumultueuse…
Que nenni, à bien y regarder. L'utopie morale et sociale de "L'Île des esclaves" écrite en 1725 serait-elle toujours d'actualité ? Il semblerait que oui à en juger par l'exceptionnelle représentation proposée par la pièce et surtout par la manière dont les comédiennes et les comédiens s'en sont emparés.

À nos yeux, cette mise en abyme relève d'un rare trait de génie, car le spectateur ne perçoit pas immédiatement que le texte de Marivaux est ainsi intelligemment entremêlé aux propos plus contemporains des personnages. Cela pourrait dérouter, mais, ce moment de bulle estompé, le jeu sans failles des comédiennes et des comédiens nous emporte et nous conquiert tout à fait. Les costumes d'époque, conçus avec brio par Chouchane Abello Tcherpachian, font place comme par magie dans l'imagination du public à des tenues plus contemporaines tant le texte est ingénieusement écrit et interprété.

Christophe Lidon : "Dans la loge du théâtre semblable à une île, qui sont au juste "les esclaves ? Qui sont les dominants ? Lutte de pouvoir et lutte d'ego, éclats d'orgueil et éclats de rire. La raison peut-elle s'imposer".

Les exigences et la qualité pour ce metteur en scène, à la tête du Cado d'Orléans depuis huit ans (Centre national de création Orléans-Loiret), sont absolument nécessaires à la transmission du théâtre et il semblerait que les tensions et les rivalités évoquées dans la pièce ne soient pas d'actualité dans sa troupe à en juger par la fidélité de son équipe artistique et technique.

"L'Île des esclaves" à la Condition des Soies, interprétée de mains de maîtres par l'ensemble des cinq comédien(nes), est un véritable bijou théâtral avignonnais à ne rater sous aucun prétexte. À ce sujet, Beaumarchais qualifiait déjà ainsi la pièce de Marivaux, sensible de toute évidence au thème des jeux de rôle dont elle parle. Aurait-il eu de son côté quelque expérience personnelle semblable ? Ou glorifiait-il l'écriture seule ? Ou les deux à la fois ?

Nul ne le saura jamais, et peu importe cela dit, car la réalité contemporaine d'Avignon 2023 est là : un texte philosophique puissant porté par cinq comédiennes et comédiens ô combien talentueux(ses) qui, dès le début de la représentation, donnent déjà le ton d'une tension probable : tout le monde est très remonté contre le directeur et metteur en scène, interprété avec brio par Thomas Cousseau, lequel rencontre des soucis de subventions et sème au sein de la troupe une tension palpable. Mais il faut jouer… Jouer, jouer ! Contre vents et marées. 
Vincent Lorimy en Arlequin est virevoltant, Armand Éloi en Iphicrate naïf à souhait, Valérie Alane, puissante féministe à sa manière, est bouleversante de justesse et d'énergie et Morgane Lombard, séduisante et percutante.

Marivaux, toujours spectateur d'une société en pleine transformation, aurait-il anticipé notre monde contemporain sans le savoir ? En tout cas, Christophe Lidon, fidèle à son esprit de compagnie depuis ses débuts, nous livre ici une bien jolie mise en scène, anticipatrice aussi à sa manière.

Théâtre Passion

La « servante » éclaire la scène, un comédien lit un extrait des « voyages de Gulliver », une comédienne sort son portable, lautre balaie, enfin sommes-nous chez Marivaux ?

Ma foi oui, une troupe de comédiens jouent « L’île des esclaves », une belle toile de fond illustrera les différentes scènes, pour linstant cest le naufrage et Arlequin et son maître Iphicrate parviennent enfin sur une île, oui mais là tout va changer, le valet devient maître et abuse de son pouvoir.

Euphrosine et Cléanthis font de même, mais ces échanges ne se font pas sans larmes ni révolte. Oui, mais Trivelin est aussi le chef de troupe, et il a bien du mal à se faire respecter et entendre par les comédiens ! Là aussi remontrances, discussion sans fin sur largent, la manière de traiter les collègues.

Marivaux lavait bien écrit, les changements de situation et de rôles ne sont pas si simples, et les mauvaises manières reprennent vite le dessus, quelque soit la perruque ou le costume que lon porte !

Enfin Christophe Lidon a signé une bien intéressante mise en scène, et les comédiens sont excellents et imprégnés par leur rôle, cest drôle, grinçant, amusant, et surtout fort bien interprété !



en tournée automne 2024
L'Île des esclaves