Acte 2

Machiavel Montesquieu Dialogue aux enfersSaison 2012 - 2013


Une haute partie de théâtre.
Le Figaro

 Interprétation convaincue, et par moment farceuse, arbitrage impartial et très attentif du metteur en scène. 
Le Monde

  


 

Aux enfers, Machiavel et Montesquieu se rencontrent et s’affrontent dans un dialogue politique brillant. Tout semble les opposer : la force et la ruse pour l’un ; le droit et la Constitution pour l’autre. Maurice Joly dénonce ici les formes modernes de domination qui maintiennent la servitude en supprimant la conscience de cette condition.

Dans l'histoire des idées politiques consacrées au pouvoir, les écrits de Machiavel et de Montesquieu occupent une place centrale. Tout ou presque les oppose. Pourtant leur œuvre sont liées l'une à l'autre en ce qu'elles montrent les multiples facettes du pouvoir. C'est en 1865 que Maurice Joly a tenté de restituer le passionnant dialogue que ces deux grands penseurs auraient pu nouer si les siècles ne les séparaient. Il voulait ainsi dénoncer les excès du régime de Napoléon III. Cela lui valut aussitôt la prison. 150 ans plus tard, cette réflexion sur la démocratie demeure d'une étonnante pertinence et ses échos en sont troublant.
 

À partir du 7 mars au Ciné  13 théâtre




De Maurice Joly

Adaptation : Pierre Fresnay & J.M. Charton
revisitée par Pierre Tabard & Fabienne Périneau

Mise en scène : Hervé Dubourjal

Direction artistique : sous le regard de Catherine Sellers

Avec : Jean-Paul Bordes
et en alternance Jean-Pierre Andréani et Hervé Dubourjal

 

 



LE PROJET

Après Pierre Fresnay et Julien Bertheau (lecture au Théâtre de la Michodière en 1968), puis François Chaumette et Michel Etcheverry au Théâtre de l’Atelier dans les années 80, Pierre Tabard a rencontré le Dialogue aux enfers entre Machiavel et Montesquieu de Maurice Joly. Il a immédiatement désiré monter le texte et le jouer avec Pierre Arditi.

Il y eut d’abord une lecture publique - jubilatoire - à la Maison Jean Vilar, pendant le Festival d’Avignon  2001.

Malheureusement, lors de l’année 2002, ni Pierre Arditi ni Pierre Tabard ne furent libres ni l’un ni l’autre.

Et en 2003, Pierre Tabard n’a pas eu le temps.

Au cours des expositions-hommages qui lui ont été consacrées (d’abord à Montpellier où le Théâtre Lakanal est devenu Théâtre Pierre Tabard, puis au Théâtre 14-Jean Marie Serreau  à Paris), j’ai demandé à des acteurs-amis de lire certains passages de ce Dialogue.

Devant l’enthousiasme des spectateurs, j’ai décidé de reprendre la “Compagnie Pierre Tabard” et de m’employer à faire vivre ce texte qu’il aimait.

Catherine Sellers

 


laterrasseHervé Dubourjal, Jean-Paul Bordes et Jean-Pierre Andréani reprennent le texte de Maurice Joly dans l’adaptation qu’en cosigna Pierre Tabard avec Fabienne Périneau. Un sommet politique et théâtral !
La force et la ruse pour l’un, le droit et la constitution pour l’autre. Le premier affermissant le despotisme par la manipulation, le second se réjouissant de l’abolition des privilèges et réclamant la séparation des pouvoirs. Le double portrait que fait Maurice Joly de ces deux grands théoriciens politiques que furent Machiavel et Montesquieu relève, sinon de la caricature, au moins d’une lecture un peu hâtive d’oeuvres bien plus complexes que ce que la postérité a retenu de leurs auteurs.
Mais « si son Machiavel et son Montesquieu expriment des idées souvent éloignées de celles défendues par ces deux célèbres modèles, remarque le metteur en scène Hervé Dubourjal, cette épreuve des masques est une épreuve de vérité. » En effet, Maurice Joly signe avec cette pièce un pamphlet contre Napoléon III, et trouve le moyen, en ressuscitant les morts, de les faire parler en lieu et place des vivants.
Montesquieu est le masque de Joly, qui s’oppose aux gabegies du tyranneau, et « Machiavel, ce sera Napoléon III qui peindra lui-même son abominable crime », confie le dramaturge. Mais en inventant cette improbable situation au bord d’une plage déserte des Enfers, et en créant ce « dialogue politique brillant, au style époustouflant, à la dialectique fine et à l’humour dévastateur » (Hervé Dubourjal), Maurice Joly décrit des cœurs autant que des intelligences, et des personnages plus complexes qu’ils n’en ont d’abord l’air. Reprise souvent depuis sa création, adaptée par l’immense Pierre Tabard, cette pièce est l’occasion pour des comédiens souples, précis et fins, de retrouver ce renard et ce lion qu’ils ont déjà interprétés avec succès il y a quelques saisons.
Catherine Robert
 
 

figaroJeux du cynisme et de la politique
Lorsqu’il composé le dialogue tendu qui oppose l’Italien Machiavel (1469-1527) au Français Montesquieu (1689-1755), Maurice Joly, avocat à Paris, avait en tête le pouvoir de son temps et s’en prenait clairement à Napoléon III. Le texte fut publié anonymement à Bruxelles en 1865.
Il a depuis intéressé bien des hommes de théâtre et la première adaptation du Dialogue aux enfers entre Machiavel et Montesquieu fut composée par Pierre Fresnay et Jean-M. Charton. Des années plus tard, François Chaumette et Michel Etcheverry le jouèrent. Puis Fabienne Périneau travailla à une nouvelle version avec Pierre Tabard qui rêvait de le jouer en compagnie de Pierre Arditi. Aujourd’hui, c’est Catherine Sellers qui veille. La mise en scène d’Hervé Dubourjal est tendue, précise. Dans les lumières de Cédric Simon, deux comédiens de haute vertu, sensibles, mobiles, dans l’intelligence profonde du débat que propose Maurice Joly, Jean-Pierre Andréani Montesquieu, l’écrivain de
l’Esprit des lois, et Jean-Paul Bordes, Machiavel, l’auteur du Prince, livrent sous nos yeux ce combat feutré mais terrible, par-delà le temps et les mentalités de leurs temps.
Athlétique et solaire, Jean-Paul Bordes est un Machiavel déterminé et joueur face à Jean-Pierre Andréani, plus ténébreux, un Montesquieu comme en retrait devant la vitalité audacieuse de son interlocuteur, mais qui ne laisse rien passer car il est clairvoyant et se fait une haute idée du rôle du politique.
Rien d’austère dans ce beau face-à-face auquel Hervé Dubourjal donne une tenue classique et grave sans oublier la souplesse du jeu, l’humour. On perçoit, par-delà ce que Maurice Joly adressait à son temps, ce qui peut convenir à notre société et à la manière dont le pouvoir en use avec les citoyens. Et c’est ce que le metteur en scène donne à voir, à entendre, sans jamais éteindre la jubilation de cet entretien ouvert qui renvoie à des questions essentielles et demeure une haute partie de théâtre.
Armelle Héliot
 

lemondeQuand « l’Esprit » vint au « Prince »
Une rencontre imaginaire entre Montesquieu et Machiavel
Deux messieurs en complet-veston se croisent sur une plage. Une plage, c’est à dire loin de tout. Le soir tombe. Ils rêvassent. Ils s’abordent. On dirait un peu des ombres. Ils parlent d’ombres. Ils ont lu, l’un Montesquieu, l’autre Machiavel.
Ils se prennent au jeu. Ils se déguisent, passent des vêtements d’époque. Et Montesquieu, monarchie modérée, constitution, parlement, provoque Machiavel, républicain presque anarchiste, du moins très rouge. Le combat n’est pas fait de collages de citations exactes des deux philosophes. Les textes ont été remaniés, revisités, par un troisième larron, le vrai auteur de ce Dialogue aux enfers entre Machiavel et Montesquieu. Le peu connu Maurice Joly, né plus tard, en 1829, mort (par suicide) en 1878. Avocat.

La douzième année du règne de Napoléon III, en 1865 ; il publie ce Dialogue, pamphlet déchaîné contre l’empereur. Dès que paru, le livre est saisi, détruit, et l’auteur expédié en prison.
Dans ce texte, tout défile, l’Etat, les lois, la Constituante, la sécurité, l’armée, la presse, le droit de réunion, le budget. Maurice Joly, sous la tunique de ses devanciers, donne libre cours à sa haine du pouvoir absolu, et de ses ruses. En 1968, Pierre Fresnay, séduit par ce texte, le « revisite » et le joue. En 2001, c’est Pierre Tabard qui l’adapte à son tour. Il ne s’agit donc pas d’une œuvre d’origine, mais métissée, sang-mêlé. Elle est d’autant plus curieuse, le choc de la politique des siècles suscitant une lecture forte en reliefs et en couleurs. On dirait un conte délirant, tant les choses ont disparu, du moins changé. Et on est saisi aussi, tant les techniques du pouvoir et de l’Etat sont ça et là restées les mêmes, depuis Machiavel.
Interprétation convaincue, et par moments farceuse, de Jean-Pierre Andréani (Montesquieu) et Jean-Paul Bordes (Machiavel). Arbitrage impartial et très attentif du metteur en scène Hervé Dubourjal.
Michel Cournot

quotidienmedecinPoétique de la politique
Pierre Tabard et Fabienne Périneau avaient adapté il y a quelques années ce beau texte publié en 1860 par un avocat soucieux de démocratie. Hervé Dubourjal met en scène Jean-Pierre Andréani et Jean-Paul Bordes.
Né en 1829, avocat, Maurice Joly fit paraître anonymement à Bruxelles son « Dialogue aux enfers entre Machiavel et Montesquieu » qui devait rapidement être interdit car, par le truchement des deux grandes figures de penseurs de la politique, cet homme épris de démocratie, de justice, de loyauté, critiquait les hommes alors au pouvoir.
Sous le masque de Machiavel, c’est Napoléon III qui s’exprime et explique comment on peut maintenir dans la servitude quand on prétend pourtant à un Etat éclairé. Il raconte, devant un Montesquieu plus loyal, comment on peut même faire perdre toute conscience de cette servitude au peuple.
Bien sûr, il ne s’agit en rien d’une leçon simplement politique. Rien d’austère. On est au cœur d’un grand texte littéraire et Hervé Dubourjal, qui signe une mise en scène sobre, tendue, précise, dirigent deux comédiens sensibles et audacieux en même temps, Jean-Pierre Andréani et Jean-Paul Bordes, ne l’oublie à aucun moment.
C’est Pierre Tabard, le regretté Pierre Tabard, qui avait, il y a quelques années repris la première adaptation de ce texte. Avec Pierre Arditi, il le lut dans le cadre du Festival d’Avignon, mais jamais ils ne purent le jouer sur une scène.
On est donc très heureux de retrouver « Machiavel-Montesquieu, dialogue aux enfers ». Catherine Sellers a veillé sur cette production modeste et forte et dans les lumières de Cédric Simon, Hervé Dubourjal guide avec finesse les élans, les retournements. Il a bien choisi ses interprètes.
Il n’y a pas de ressemblance physique, mais de cette vraisemblance qui aide au théâtre dans ce genre de proposition. Car Maurice Joly, s’il vise Napoléon III, ne s’écarte jamais de la vérité des pensées, des écrits de Montesquieu et de Machiavel.
Bordes, avec sa blondeur, son côté athlétique, compose un Machiavel solaire et déterminé, cynique face au Montesquieu de Jean-Pierre Andréani, plus discret, profond, sourdement inquiet devant les audaces et la cruauté de son compagnon des enfers… C’est beau, haut, cela donne de fortes émotions de jeu et d’intelligence, et c’est théâtral. Et puis c’est à méditer car, au-delà de Napoléon III, nous pouvons réfléchir à la société libérale d’aujourd’hui…

pointIl faut oublier ce qu’on sait de Machiavel et de Montesquieu si l’on veut savourer les arômes politique et philosophique de ce texte publié anonymement à Bruxelles en 1865.
C’est un violent réquisitoire contre Napoléon III. Un brûlot républicain contre le régime impérial, né d’un coup d’Etat. Le livre sera interdit et son auteur Maurice Joly, jeté en prison. On le lit aujourd’hui autrement : devant le libéral baron de La Brède, qui défend la souveraineté populaire et les libertés contre l’absolutisme, Machiavel semble nous réciter le manuel du parfait dictateur avec des relents rouge et brun. Vous calomniez les hommes pour vous donner « le droit de les opprimer » s’indigne l’auteur de « L’esprit des lois ». Joly oppose crûment la force et le droit, le réalisme de la Renaissance et l’angélisme des lumières, comme on oppose le cynisme à la naïveté, comme si Machiavel personnifiant le Prince était un scélérat, et Montesquieu (presque) un imbécile. Est-ce gênant ? pas plus (et pas moins) que quand Dumas repeint le cardinal de Richelieu en démon : c’est de la science politique écoutée aux portes de la légende.
Un théâtre d’ombres qui met en scène deux doctrinaires virtuoses, le démocrate et le despote. Le Florentin (Jean-Paul Bordes) fanfaronne, s’empourpre, à la lisière de l’épilepsie. Dopé à la mandragore, il gagne par KO quand il relève à son challenger que, sous le nom de Badinguet, sa noire utopie s’est déjà réalisée sur terre. Devant lui, Montesquieu (Jean-Pierre Andréani), qui tremble et transpire sous sa  rhingrave semble aussi effaré, aussi piteux que Jimmy Carter découvrant la méchanceté des hommes, Joly convainc, mais n’est-ce pas à rebours de ce qu’il croyait dénoncer ?
F. F. – 3/11/2005
 

webtheaDans la pénombre des enfers, Machiavel et Montesquieu se rencontrent. En habile avocat, Montesquieu déclare tout de go à l’Italien que le monde a changé et que la démocratie a triomphé. Machiavel le laisse parler puis, posément, brillamment, sournoisement, lui démontre le contraire : les tyrans sont toujours en place et le discours républicain cache mal l’éternel triomphe de la dictature personnelle qui a seulement changé de face. Tous deux ont été de géniaux penseurs politiques et tous deux aimeraient l’avoir emporté dans la postérité. Mais peut-on détrôner Machiavel ? Ce dialogue de 1865 fut interdit dès sa parution et son auteur flanqué en prison : l’avocat Maurice Joly raillait le pouvoir de Napoléon III. C’est bien plus tard que le texte fut transposé au théâtre : on l’entendit dans la bouche de Pierre Fresnay, puis de François Chaumette… A présent, à l’initiative de Catherine Sellers qui, avec son mari Pierre Tabard, avait conçu une nouvelle transposition, le dialogue revit, sans Pierre Tabard, mort brutalement, mais avec des acteurs ayant travaillé dans sa compagnie : Jean-Paul Bordes, Hervé Dubourjal et Jean-Pierre Andréani.
Dubourjal a conçu une mise en scène dépouillée où Machiavel et Montesquieu sont vêtus de noir dans le noir. Une obscurité d’enfer, mais relative puisqu’on distingue un coffre clair où les personnages s’installent ou viennent prendre les hochets de leur pouvoir. Jean-Paul Bordes, l’un de nos plus grands acteurs, joue Machiavel tout en roueries, en détachements et en éclats sourds. Il est toujours entre la nuit du monde et la lumière des mots. Pour le personnage de Montesquieu, les hasards de la soirée font qu’il est tantôt interprété par Dubourjal, tantôt par Jean-Pierre Andréani. C’est Dubourjal que nous avons vu, acteur vif, net, coupant, s’appuyant avec une allégresse secrète sur le caractère juridique et discursif de ses répliques. Jean-Pierre Andréani, que nous avions vu il y a quelques années à la création du spectacle au Lucernaire, donne une image plus sensible, moins tranchante de l’auteur de L’Esprit des lois. Les deux comédiens sont à égalité, avec des personnalités différentes. Tous trois sont judicieusement endiablés dans ce brûlot d’antan qui reste un explosif lancé à nos trop confiantes démocraties.
Gilles Costaz – 30 avril 2012



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