Acte 2

L'OppositionSaison 2020-2021

Philippe Magnan ne se contente pas de jouer Mitterrand. Il est Mitterrand. Dans toute sa ruse et son machiavélisme. Cyrille Eldin est lui aussi très convaincant dans le rôle de Rocard.
Le Figaro 

Il y a du jeu du chat avec la souris dans « l’Opposition ».
Chaque fois que « Hamster érudit » (surnom de Rocard chez les scouts) croit pouvoir quitter le ring en vainqueur, la patte griffue de Raminagrobis l’y ramène.

L'Obs

Le résultat est brillant.
Télérama

Passionnante comédie de la vie et du pouvoir.

FIP

Pièce savoureuse et passionnante.

Duel à fleurets mouchetés, choc d’idées, corps à corps d’ambitions, poker menteur.

L’Express

Savoureux, rythmé et inventif !

Un duel politique magnifique comme on les aime. Et comme il n'en existe plus…

Le Point

Duel féroce à fleurets certainement pas mouchetés...

Courant 1980, Mitterrand et Rocard se sont rencontrés rue de Bièvre pour « s’entendre » sur celui des deux qui représenterait le parti socialiste en 81 pour la présidentielle...

note du metteur en scène

C’est de la fiction mais l’entretien entre les deux a bien eu lieu et cela a permis à l’auteur d’en imaginer sa teneur en allant piocher chez l’un et l’autre tous les écrits, interviews, déclarations qui ont nourri les dialogues de la pièce. Tous les mots prononcés l’ont été mais en d’autres lieux et en d’autres circonstances… Et c’est au talent de l’auteur que nous devons cette reconstitution à la langue riche, incisive et percutante. Ce qui est beau au théâtre, c’est l’affrontement. C’est la possibilité pour des comédiens d’interpréter des personnages complexes dans des situations riches et là, nous sommes servis. Si l’issue nous en est connue, le suspense et l’intérêt ne faiblissent jamais et le chemin qu’emprunte chacun des adversaires pour arriver à ses fins nous surprend à chaque instant. Nous sommes dans les coulisses de la politique, souvent cachées, où les destins se nouent, les ambitions s’expriment et les caractères se cristallisent.

Éric CIVANYAN



de Georges Naudy
mise en scène Éric Civanyan

avec 
Philippe Magnan, Cyrille Eldin

scénographie Edouard Laug
costumes Régine Marangé
assistante à la mise en scène Sylvie Paupardin

production Théâtre de l'Atelier, François Volard Acte 2, Serge Paumier Productions
coproduction Le Radiant Bellevue Caluire-Lyon



PHILIPPE MAGNAN EN FRANÇOIS MITTERRAND
Comment avez-vous été associé à ce projet ?

J’avais déjà eu l’occasion de jouer le rôle de François Mitterrand à deux reprises. La première fois, au cinéma, dans L’Affaire Farewell, film réalisé par Christian Carion et inspiré de l’histoire vraie d’un espion russe passé à l’Ouest, dans laquelle Mitterrand avait joué un rôle certes secondaire mais déterminant. Deux ans plus tard, Serge Moati, voulait réaliser un docu-fiction sur les trois premières années de ce premier septennat. Ce téléfilm, Changer la vie, fut diffusé le 10 mai 2011 et l’expérience fut tout à fait passionnante. Travailler avec Moati, qui fut un des proches de Mitterrand, nous a apporté beaucoup d’informations très précieuses et constitua pour moi une expérience profonde qui m’a laissé un souvenir vif et ému. Quand Éric Civanyan m’a contacté, l’écriture brillante de Georges Naudy et sa manière judicieuse de présenter ces deux tempéraments très opposés, ces deux psychologies et ces deux conceptions très différentes de la politique a emporté mon accord.

Comment Mitterrand et Rocard apparaissent-ils dans cette pièce ?

On surnommait Mitterrand le Sphinx, comme s’il posait des énigmes dont il refusait de livrer la solution. Un journaliste a décrit la relation qu’il entretenait avec Rocard avec ces deux mots : le mépris et la haine. Je crois que le terme d’opposition, qui donne son titre à la pièce, est beaucoup plus juste, avec l'avantage supplémentaire d'être à double sens. Rocard y apparaît comme un technicien, issu de l’Inspection générale des finances, à la vision concrète et pragmatique. Mitterrand est plus idéologue, plus politique. Prenant de la hauteur, il parle des dolmens, des pierres levées, des arbres, des forces de l’esprit dont on doit s’inspirer. Cet aspect de sa personnalité me fait étrangement penser à cette phrase de De Gaulle : « Ensuite, regardant les étoiles, je me pénètre de l'insignifiance des choses.»

Cette opposition est-elle un dialogue ou une confrontation ?

Leur rencontre est un dialogue, mais en même temps on a l’impression fallacieuse que Mitterrand n’écoute pas ; il semble plus dégagé, plus indifférent et se réjouir même d’être énigmatique. Comment concevoir une dialectique entre ces deux voies parallèles ? Comment tracer ces voies qui finissent par se croiser alors qu’elles n’auraient pas dû y parvenir, un peu comme dans cette autre géométrie où les parallèles finissent parfois par se rejoindre et se rencontrer. Il y a, dans tous les sens du terme, du jeu dans cet échange. Mitterrand désarçonne et désarticule sans arrêt un Rocard qui essaie de recoller les morceaux pour finir piégé et comme hypnotisé. Georges Naudy s’est inspiré de propos qui ont été dits, prononcés ou écrits par l’un et l’autre et il les insère dans une organisation dramaturgique tout à fait remarquable, à l’instar de celle d’une pièce classique : unité de temps, de lieu et d’action pour une rencontre qui a duré effectivement environ 1h30.

Difficile, ou non, de jouer un Sphinx ?

Il est toujours difficile de jouer une pièce à deux personnages, surtout lorsque, comme celle-là, elle impose une confrontation toute en tension. Il est aussi très difficile de jouer des figures historiques que les spectateurs ont encore en mémoire. C’est pour cela que je répugne à parler d’incarnation. Il ne s’agit surtout pas d’imitation, mais plutôt d’évocation. C’est par le verbe que ce qui va être joué va permettre de repenser au personnage historique. Et puis c’est aussi aux plus jeunes que s’adresse cette pièce, même s’ils n’ont pas connu les images en direct de ces hommes d'État. La pièce dépasse son inspiration historique : l’opposition qu’elle présente s’inscrit dans la situation des années 80 mais peut aussi bien faire référence à celle d’aujourd’hui. Mitterrand et Rocard sont ici presque comme deux modèles politiques et cette opposition, souvent très drôle, est une comédie passionnante de la vie et du pouvoir.

 

CYRILLE ELDIN EN MICHEL ROCARD

Pourquoi avez-vous accepté de participer à ce projet ?

J’ai un lien quasi ésotérique avec cette pièce, je l’ai vécu comme un signe du destin ! Mon père avait une passion pour Rocard qu’il défendait vaillamment face aux « conspuations » de ses amis. Mon oncle lui était un mitterrandien et mitterrandiste convaincu, admiratif de l’immense culture de cet homme qui respirait la France. Je vivais déjà, au coeur de la cellule familiale, l’opposition mythique que met habilement en mots la pièce de Georges Naudy et... jusqu’au cimetière puisque les cendres de Rocard se retrouvent inhumées près de celles de mon père en Corse.

Dès la première lecture de la pièce, nous avons tous senti que cette rencontre au sommet, construite habilement comme un patchwork de moments vécus et rapportés, générait un réel intérêt. Philippe Magnan pertinent, fin, ironique a autant de palettes de jeu que Mitterrand.

Comment incarner cette opposition ? Le duel est-il joué d’avance ?

Évidemment, nous connaissons tous la fin de cette histoire, la dramaturgie ne repose pas sur un suspens. Elle se déplie plus en profondeur, sur ce qu’ont été ces deux hommes, leurs points forts et leurs faiblesses ; le style contre les idées.
Rocard, le pragmatique, très au présent, engoncé dans son personnage sérieux, sans fantaisie, investi de sa lucidité économique et qui, de toute évidence, est en recherche permanente d’un père. Il peut convaincre mais tente de se convaincre aussi lui-même et tombe parfois dans les pièges du Sphinx. La politique est d’une cruauté absolue.

Mitterrand l’homme d’esprit joue bien sûr mais il est très à l’écoute et cette attention accrue lui donne toujours un coup d’avance.
Cette pièce échappe clairement à son auteur, elle est très bien construite et cet assemblage d’anecdotes, de joutes verbales réunies en une unité de temps et de lieu révèle les apparences trompeuses et permet de se poser beaucoup de questions.

Je travaille mon personnage en m’interrogeant d’abord sur le ressenti, comment vit-on cette situation ? Le texte a sa musique propre, une diction particulière va s’imposer d’elle-même. C’est un homme qui est dans le concret, il y va et il réalise.

Diriez-vous que c’est une pièce politique ?

Oui absolument et c’est aussi une comédie cruelle et déstabilisante. Certaines réparties sont magnifiques, pétries d’humour et d’esprit quand Mitterrand répond à Rocard « On imagine difficilement une avenue Rocard ou même un boulevard portant votre nom. Peut-être, à la rigueur, une impasse... », un exemple parmi d’autres. L’intérêt politique vient surtout de la compréhension en détail de ce qui se joue à ce moment crucial pour la gauche : qui va représenter le parti socialiste à l’élection présidentielle ? Dans une époque où la gauche n’existe plus, c’est important de se replonger dans ces années où elle avait une crédibilité. Et au-delà des considérations politiciennes, c’est avant tout deux hommes intelligents qui se font face ; la lucidité rocardienne et l’ésotérisme mitterrandien font bouger les lignes.