Acte 2

Madame ZolaSaison 2020-2021

Un pur moment de bonheur !!! Une salle pleine, sous le charme !!!

Sorties à Paris

Un spectacle comme on aime, intéressant et sensible.
Une interprétation impressionnante et remarquable qui nous captive et nous émeut tout le long.

Spectatif

 

Deux formidables comédiens, vous dis-je ! 

C'est un spectacle incontournable de cet automne.

De la cour au jardin


la pièce

1908. Une rencontre aussi improbable que pittoresque entre Alexandrine, veuve d’Émile Zola, et un étonnant apothicaire réputé pour ses potions magiques. Ce tête-à-tête amène Madame Zola, personnage haut en couleurs, à évoquer son homme, leur vie commune qui a façonné son œuvre, les mœurs incroyablement libres d’un homme public craignant pourtant le scandale, l’Affaire Dreyfus, la condamnation, l’exil, la réhabilitation… Alexandrine Zola, femme passionnée, anticonformiste et injustement méconnue sort de l’ombre écrasante de son mari, Émile…

Catherine Arditi, Molière 2017 de la comédienne pour "Ensemble"
Pierre Forest, Molière 2017 du comédien dans un second rôle dans "Edmond"


d'Annick Le Goff
mise en scène Anouche Setbon

avec
Catherine Arditi
, Pierre Forest

décor Oria Puppo
costumes Juliette Chanaud
lumières Laurent Béal
musique Michel Winogradoff
assistante mise en scène Sophie Gubri

Production Petit Montparnasse, Acte 2

Sorties à Paris
Une pièce de Annick LE GOFF, dont j’avais déjà remarqué le style éblouissant dans « Madame de … Vilmorin » au même Petit Montparnasse.

Pour avoir lu, il y a peu, une biographie de Emile Zola, j’y ai tout retrouvé.

Quelle excellente idée de faire parler son épouse au soir de son entrée au Panthéon.

Annick LE GOFF, nous régale, nous fait rire, sourire et réfléchir.

Une très jolie Mise en Scène de Anouche SETBON - assistée de Sophie GUBRI. Deux interprètes merveilleux, l’extraordinaire Catherine ARDITI et Pierre FOREST, applaudi aussi souvent. (« Le Roi se meurt » ou « Edmond »).

Un pur moment de bonheur !!! Une salle pleine, sous le charme !!!

 

Web Théâtre Gilles Costaz

Pas simple d’être la femme d’un grand homme ! Ce n’est pas à la portée de toute épouse d’accepter le rôle de l’ombre. Alexandrine Zola, petite blanchisseuse, modèle pour des peintres en manque de nudité, se faisait silencieuse quand son mari écrivait les volumineux épisodes des Rougon-Macquart. En plus, l’illustre romancier n’était pas fidèle. Il entretenait à quelques mètres de chez lui une femme plus jeune et les deux enfants nés de cette union. Mais Alexandrine avait bon cœur. Après la mort d’Emile (asphyxié par l’oxyde de carbone d’un chauffage peut-être mal réglé : accident ou crime ?), elle aida cette autre famille de tout son amour.

Quand la pièce d’Annick Le Goff commence, Alexandrine est veuve. Les restes d’Emile sont même déjà au Panthéon. Elle prend un certain plaisir à son veuvage. Enfin libre ! Mais elle n’en oublie pas Emile. Elle se confie à elle-même puis à un pharmacien qui vient lui déposer des remèdes pour soigner ses petites douleurs. Jusqu’où ira cette relation, d’abord distante et même rude ? Le texte d’Annick Le Goff est un juste portrait de deux solitudes, particulièrement bien documenté sur ces années 1900, aussi élégant dans l’acidité que dans la tendresse. La rencontre manque un peu d’enjeu pugilistique. Les moments d’échange sont calmes. Chacun est dans l’attente.

La mise en scène d’Anouche Setbon privilégie le détail. Les mots portent, mais tout autant le silence et ce qu’expriment les dentelles blanches, les tentures grises, la méridienne vieux rose, le vieux téléphone noir et doré. Catherine Arditi est Alexandrine dans une volupté gourmande et néanmoins discrète du rôle : elle a arrondi l’apparence du personnage mais aiguisé ses sentiments. Belle composition. Dans un rôle d’une égale importance mais moins mythique, Pierre Forest donne de la force à son personnage avec un sens de la discrétion nourri d’arrière-plans et d’arrière-pensées. Auteure, acteurs et metteur en scène ont ici l’art du médaillon.


Reg'arts

Tout le monde connaît Émile Zola, romancier à succès, journaliste, critique d’art, chef de file incontesté du naturalisme mais l’on connaît beaucoup moins sa femme Alexandrine Zola qui pourtant participa amplement à la survie de l’œuvre de son illustre époux.

Annick le Goff en a pourtant fait un portrait admirable, servi par une écriture subtile, posant ici et là des touches passionnées, des élans d’anticonformisme, une écriture de rupture parfois autoritaire, excessive mais souvent drôle sous couvert d’une profonde solitude et d’un désarroi palpable avec l’excellente idée de la mettre face à Fleury, sorte de confesseur, de psy amateur, apothicaire charlatan de son état à qui elle va dévoiler les secrets d’une vie de couple hors du commun. 

L’action se passe au lendemain du transfert des cendres de Zola au Panthéon, six ans après sa mort, c’est donc un deuxième enterrement qu’elle vient de vivre, choc émotionnellement fort qui va lui faire revivre le film en noir et blanc de sa vie passionnée dans un tourbillon de souvenirs. Elle, qui fut lingère sous le nom de Gabrielle, modèle d’Édouard Manet où elle figure en arrière-plan du Déjeuner sur l’herbe, deviendra Alexandrine en épousant Zola. Elle va se hisser par amour à la hauteur de son écrivain de mari, l’un des plus célèbres de son époque. Passionnée, trompée une seule fois mais avec deux enfants illégitimes qu’elle adoptera, jalouse, exubérante, elle le suivra jusque dans l’affaire Dreyfus jusque dans son exil à Londres après le procès pour diffamation suite à l’article « J’accuse » paru dans l’Aurore. Elle criera au meurtre pourtant jamais prouvé après l’intoxication mortelle mais suspect de son Émile. Troublante au début, la relation avec Fleury et Alexandrine deviendra presque complice sans doute pour soigner les maux tourmentés de leur couple respectif au passé et au présent.

Dans le confort d’un intérieur bourgeois et guidée par une mise en scène très juste et bien amenée, Catherine Arditi incarne à la perfection cette femme fragile et volontaire, elle est tout simplement Madame Zola avec le talent de servir passionnément ce très beau texte sans aucune fausse note face à Pierre Forest impérial dans son rôle d’herboriste illuminé, imbu de sa personne qui peu à peu fera craquer sa carapace. C’est un très beau moment de théâtre historique mais qui fait surtout passer de l’ombre à la lumière une femme d’exception.

 

Spectatif

Voici une friandise théâtraleinattendue et immanquable, servie par deux très grands interprètes nous offrant le récit à l’élégance délicieuse d’une rencontre instructive et complice. Une douceur alerte et tendre traverse les répliques intenses et parfois tempétueuses. Le charme opère, nous sommes cueillis. Une kyrielle de surprises attachantes nourrit chaque moment. Nous restons captifs, en attente de la suite, dans l’espoir que l’histoire ne se termine pas trop vite.

Madame Zola, c’est la magnifique Catherine Arditi, fulgurante et émouvante figure de femme singulière, un personnage exceptionnel pour une comédienne exceptionnelle. Catherine Arditi incarne avec une habileté fine et inouïe cette femme forte et fragile à la fois, à la truculence franche et directe, plein de tendresse et d’empathie pour l’autre. Une femme qui a su s’accommoder de la vie aussi dure qu’elle fut à ses débuts et qui s’est montrée une combattante redoutable aux côtés de son mari Émile Zola dans ses révoltes politiques dénonciatrices puis ensuite pour la reconnaissance de l’œuvre de l’illustre écrivain après sa mort.

Aux côtés de madame Zola, pour soigner sa toux mais finalement pas que, monsieur Fleury, l’apothicaire-herboriste-chercheur, piqué de psychanalyse avant l’heure, c’est l’impressionnant Pierre Forest. Le soignant attentif, le confident discret, l’ami devenu. Il se dégage de son jeu une sympathie et un dévouement sincères pour Alexandrine Zola, sa patiente impatiente. Son interprétation est d’une telle crédibilité que son personnage devient l’ami que l’on aimerait connaitre, comme celui qui accompagne madame Zola dans les moments difficiles où la confiance confie à l’autre ce que chacune et chacun en attend et obtient.

Tous les deux composent et jouent une partition riche, délicate et sensible qui au-delà de l’aspect documenté et passionnant du récit est une très jolie démonstration d’amitié qui se crée. L’émotion se tisse peu à peu et passe la rampe pour venir nous toucher.

L’écriture alerte et descriptive d’Annick Le Goff dessine une femme malicieuse et charmante, au courroux aussi vif que son écoute est active et compréhensive, et un homme passionné par ses recherches, meurtri dans son intimité. Mais elle décrit aussi une relation superbe entre les deux personnages, une relation pétillante et chaleureuse qui créent un univers feutré dans lequel les confidences s'échangent et le respect mutuel se remplit. L’histoire dans l’Histoire n’est pas oubliée, le récit est jalonné d’étapes et de thèmes majeurs de la vie et de l’œuvre de Zola, sans jamais omettre la place décisive occupée par son épouse.

La mise en scène d’Anouche Setbon colore les répliques et les situations de nuances veloutées où vives, selon les temps du texte. Une direction de jeux qui donne à l’interprétation toute la place nécessaire pour vivre et nous montrer l’intensité et la verve des sentiments d’admiration, de compassion, de compréhension, d’affection et d’humanité qui animent madame Zola et monsieur Fleury. Une belle mise en vie d’un beau texte.

Un spectacle comme on aime, intéressant et sensible. Une interprétation impressionnante et remarquable qui nous captive et nous émeut tout le long. Un très beau temps de théâtre que je conseille vivement.


Jean-Philippe Viaud

Quand Catherine Arditi entre en scène, à peine cachée derrière sa transparente voilette noire, elle s’empare déjà de l’âme et du caractère de Madame Zola. Attentif et réceptif sur mon banc de spectateur, je sens dès cet instant, une fusion s’opérer entre la comédienne et la veuve du célèbre Emile. Catherine Zola et Alexandrine Arditi, ne font qu’une, et c’est là toute la force et la réussite de cette page de vie, mi-réelle mi-romancée, qu’importe, j’y crois et la salle aussi. Puis il y a ce drôle de pharmacien, qu’incarne Pierre Forest, tendre et mystérieux à la fois avec sa cliente au tempérament plein et entier. Ils forment un succulent duo, riche en caractère, sentiment et élégance. Le texte finement élaboré d’Annick Le Goff et la mise en scène affiné et fluide, d’Anouche Setbon, procurent l’équilibre parfait au récit. On vibre, on rit, on grimace quand ça titille, et moi perso, je prends tout ce qu’ils nous offrent avec appétit et plaisir. Heureux.

 

De la cour au jardin
Nous la voyons déchirer des lettres qu'elle juge indécentes, des courriers enflammés que lui a adressés naguère un certain Paul Cézanne.Voici l'une des nombreuses épatantes scènes de cette passionnante pièce d'Annick Le Goff. Oui, Alexandrine Zola, veuve depuis peu du grand homme, va se pencher sur son passé.En s'adressant à feu son mari, qu'elle vient d'accompagner au Panthéon. Mais les choses ne vont pas aller de soi. Parce que bien des mots vont avoir parfois du mal à franchir ses lèvres.
Des mots qui expriment l'amour, la souffrance, des mots qui vont nous dire l'histoire de cette femme injustement méconnue, et qui a contribué à sa façon à l'œuvre du grand auteur.Des mots qui vont pouvoir être formulés notamment grâce à la présence d'un « apothicaire », M. Fleury.
Annick Le Goff a inventé de toutes pièces ce pharmacien un peu guérisseur, peut-être et surtout "précurseur" de l'interrogation analytique. C'est là l'une des grandes réussites dramaturgiques de cette pièce, la rencontre de ces deux personnages, l'un historique, et l'autre imaginaire.

Leurs deux histoires, en s'interpénétrant, vont permettre à cette parole d'être accouchée, à la maïeutique de fonctionner, et permettre ainsi à Mme Zola de nous raconter sa bouleversante histoire. De très nombreuses formules ciselées tirent bien des émotions aux spectateurs, dont de nombreux rires, car l'on rit souvent.
Deux formidables comédiens (je pèse l'épithète) vont interpréter ces deux personnages !
Mais quelle bonne idée a eu la metteure en scène Anouche Setbon de les associer !
Une merveilleuse alchimie opère entre Catherine Arditi et Pierre Forest.
Ces deux-là nous donnent une leçon de comédie. Purement et simplement.
Melle Arditi est cette femme au caractère trempé, qui ne mâche pas ses mots.
Dès la première phrase, la comédienne nous attrape et ne nous lâchera plus.
Impossible de ne pas être passionné par ce qu'elle nous dit, et la façon dont elle nous le dit.

Certes, elle en impose en veuve autoritaire, mais elle nous bouleverse à certains moments. (Je vous laisse évidemment découvrir par vous-mêmes ces scènes.)

Voilà qu'une larme perle sur sa joue... Je vous assure qu'à ce instant-là, votre serviteur n'en menait pas large. Ses regards, ses répliques qui fusent face à son partenaire, ses adresses à feu son Emile (elle scrute alors le fond de la salle), ses ruptures sont autant de grands moments de comédie.
Fleury, c'est Pierre Forest. Lui aussi est parfait dans ce rôle qui demande beaucoup de subtilité.

De sa belle voix de basse, tout en bonhommie, il incarne ce pharmacien, aux étranges préparations (les amateurs d'escargots, de belladone se régalent...) et aux étonnantes méthodes. Il est l'autre partenaire de cette confrontation à fleurets mouchetés.
Lui aussi procure beaucoup d'émotions. Il m'a beaucoup touché, avec son histoire faisant écho à celle de sa « cliente ». Il incarne cet homme, plein d'empathie, désireux sincèrement d'aider Mme Zola.

Il est drôle lui aussi, dans sa façon d'apporter la contradiction, tout en finesse, sans avoir l'air d'y toucher.
Deux formidables comédiens, vous dis-je !

La mise en scène d'Anouche Setbon est fluide et millimétrée, avec une attention toute particulière envers la distance qui sépare les deux comédiens.
La parole est libérée alors que les deux sont très proches, les rapports plus tendus lorsqu'ils sont chacun de leur côté. Les changements de place de Pierre Forest-M. Fleury durant les séances où Catherine Arditi-Mme Zola parvient à exprimer ce qu'elle a enfoui, ces changements de place sont jubilatoires. Je n'aurai garde d'oublier de mentionner les somptueux costumes d'époque de Juliette Chanaud ainsi que les délicates lumières de Laurent Béal. Aux saluts, les spectateurs scandent leurs applaudissements. De nombreux bravi fusent, venant très logiquement saluer la prestation des deux comédiens.
Courez toutes affaires cessantes au Petit Montparnasse, afin de découvrir le destin de cette femme injustement méconnue.
C'est un spectacle incontournable de cet automne.

 

Le Billet de Bruno

« Madame Zola » d’Annick Le Goff dans une mise en scène d’Anouche Setbon au théâtre du Petit Montparnasse (décidemment aux théâtres Montparnasse beaucoup de pépites en ce moment) est un voyage hors du temps pour une dame d’exception méconnue.

Annick Le Goff avec finesse, générosité et passion met dans la lumière une femme de l’ombre qui a marqué son époque. Une femme qui fut le modèle de célèbres peintres impressionnistes comme Auguste Renoir, Edouard Manet (où elle figure à l’arrière-plan du célèbre tableau du « Déjeuner sur l’herbe ») ou encore Paul Cézanne avec qui l’orage gronda… Madame Zola ou Gabrielle Meley ou encore Alexandrine Zola, c’est l’histoire d’une jeune femme qui avait tout, comme nous dirions de nos jours, pour mal tourner.

Issue d’un milieu plus que modeste, une enfance très difficile, une mère qui décède très tôt du choléra, elle devient lingère à 14 ans. Cette jeune fille, blessée par le manque d’amour maternel, forgea son caractère au fil du temps pour naviguer entre la fragilité et la force afin de combattre les affres de la vie. Vie dont elle gardera son franc-parler aux fortes couleurs, une héroïne dont Zola aurait pu en faire un sujet de ses romans. Un Emile Zola qu’elle rencontre dans sa jeunesse, qui sera son unique passion, qu’elle soutiendra avec ferveur dans tous ses combats, comme par exemple celui de l’affaire Dreyfus, mais avec qui elle n’aura pas eu d’enfants.

Le destin a parfois des détours imprévus, précédemment à cette rencontre, avec une grossesse non désirée, elle aura eu la triste nouvelle de perdre sa fille le jour de ses vingt ans, une fille qu’elle aura abandonnée deux semaines auparavant…et le chapitre restera clos. Une évolution de milieu social impressionnante, la fille de la rue formera, tout en conservant ses couleurs, avec son Emile, un couple bourgeois qui recevra l’élite de l’Art parmi lesquelles la littérature, la peinture. Ces réceptions feront l’objet de toutes ses attentions lors de ses repas hebdomadaires, riches en mets délicats dans une profusion totale.

L’histoire commence le jour du transfert du cercueil de son mari Emile Zola au Panthéon. Madame Zola en revient fatiguée, chamboulée, cette ex fille de la rue se retrouva au côté d’une ribambelle de ministres : que de chemin parcouru. Elle soliloque, s’adresse directement à son mari dans un dialogue imaginaire et commence à faire une sorte de bilan de vie où la haine côtoie l’amour, une sorte de thérapie bien avant l’heure qu’elle communiera avec son apothicaire, pharmacien devrais-je dire, à qui elle aura commandé un remède pour supprimer une toux qui la persécute…jusqu’où cette présence serait réelle…

Une présence dans un premier temps qui devient vite irritable mais qui au fil des rencontres deviendra bienfaisante : un soulagement notoirement bénéfique pour les deux protagonistes. Chacun se confiera à l’autre par petites touches pour trouver le chemin de la raison, le chemin de la vie. Pour l’un cela sera le combat de la mémoire, de l’œuvre dans sa postérité, pour l’autre cela sera les mésaventures du mariage avec ses soubresauts.

La mise en scène délicate d’Anouche Setbon, soulignant juste ce qu’il faut de ce dialogue surprenant, irréel, troublant, sera l’objet de cette « psychanalyse » avant l’heure, une exploration de l’inconscient libératrice… (pour mémoire ce mot est apparu en 1896 et l’action se situe en 1908).

Une mise en scène attentionnée mise en valeur par les costumes deJuliette Chanaud, complétée par les lumières discrètes deLaurent Béal où nos deux artistes évoluent dans le décor d’Oria Puppo.

Pour réussir une telle entreprise, il fallait deux comédiens d’exception :

Catherine Arditi, au grain de voix particulier, nous envoûte avec son regard qu’il est impossible de détourner. Ses paroles campent toutes les émotions avec élégance, sincérité jusqu’à la larme. Comment rester insensible à la vie de cette femme livrée avec tant d’amour, tant de passion, par une comédienne à la forte personnalité. Elle manie la tendresse et la virulence comme personne.

Pierre Forest que je n’ai pas eu la chance de voir dans Edmond fut une découverte pour moi sur scène. Une psychanalyse avec une telle voix, je dis oui tout de suite.

Il a une présence sur scène incroyable, en opposé à sa stature impériale, son jeu est léger, subtil, afin de pouvoir répondre à toutes les attaques de Madame Zola.

Catherine Arditi ne pouvait rêver mieux pour affronter sa vie de Madame Zola que la bonté incarnée de Pierre Forest. C’est un pur bonheur de les voir converser ensemble.

Derrière un grand homme se cache une femme et Alexandrine Zola confirme le dicton.

Annick Le Goff dans un bel humour, une belle lumière, lui rend hommage avec un certain panache, sublimé par la présence sur scène de l’admirable Catherine Arditi : de cette nature, de sa vie elle en fait un personnage de roman à la Zola.

Un conseil allez découvrir ce pan de l’histoire méconnu avec toutes ses anecdotes tirées de la biographie d’Evelyne Bloch-Dano : vous en ressortirez comblé.

 

Froggy's Delight

Selon l'adage "derrière chaque grand homme, se cache une femme" et tel est le cas pour l'écrivain et journaliste Emile Zola avec sa figure de l'ombre, Alexandrine Meley, sa compagne qui faisait bouillir la marmite à l'époque des vaches maigres.

Une maîtresse femme qui après avoir obtenu, de haute lutte, le mariage après un "long collage", se faisait appeler Alexandrine Emile Zola, dont le parcours d'enfant du ventre de Paris, très tôt orpheline, qui avait bien "roulé sa bosse" de grisette à modèle en femme libre du 19ème siècle, a intéressé Annick Le Goff à la suite de la publication de la biographie rédigée par Evelyne Bloch-Dano sous le titre  "Madame Zola ".

Pour présenter un biopic théâtralisé ressortant davantage à l'évocation et éviter tant l'aspect statique du monologue que celui artificiel de la reconstitution, Annick Le Goff a opté pour une partition fictionnelle mettant en présence Madame Zola, veuve éprouvée par le transfert au Panthéon de la dépouille de son mari six années après ses funérailles, et des difficultés respiratoires, et son pharmacien Monsieur Fleury.

Toutefois, un pharmacien peu ordinaire car apothicaire adepte des médecines naturelles avec des potions improbables de sa composition et, surtout, enthousiasmé par le développement des sciences psychiques qui va s'ériger en psychanalyse amateur en mettant la dame sur le divan.

La situation s'avère cocasse avec une confrontation sans animosité entre la matrone volubile qui n'a pas sa langue dans la poche et use d'un franc parler qui n'appelle ni accepte, ni la contradiction ni même la réplique sinon un assentiment et un matois placide.

Et la partition que son auteure qualifie à juste titre de "pas de deux" est soutenue par des dialogues enlevés sans verbiage inutile qui font mouche pour tracer, à l'aune d'une sélection d'événements significatifs, le portrait d'une femme devenue "gardienne du temple" aux traits de caractère affirmés.

Dans un décor esquissé de cabinet de travail avec méridienne conçu par Oria Puppo valorisé par les lumières de Laurent Béal, Anouche Setbon assure une mise en scène rigoureuse et sans esbroufe avec la collaboration de Juliette Chanaud pour les costumes et les inserts musicaux de Michel Winogradoff.

Avec discernement, Pierre Forest ne verse pas dans la caricature pour camper son personnage d'apprenti accoucheur des âmes tout en évitant le numéro d'acteur pour laisser la part belle à sa partenaire.

Catherine Arditi, magistrale de maîtrise de son art, magistrale de maîtrise de son art, trouve dans cet opus un rôle sur mesure - et à sa mesure - lui offrant une belle amplitude de jeu de la gouaille à l'émotion.

 

Rue du Bac

Madame Alexandrine Zola (Catherine Arditi) rentre de l’intronisation de son mari Emile au Panthéon. Dans sa maison, elle attend la venue de Monsieur Fleury (Pierre Forest), le pharmacien qui lui apporte des remèdes de sa confection les plus expérimentaux pour son asthme. Avant son arrivée, comme à l’accoutumée depuis le décès de son époux, elle lui parle et lui raconte les divers moments de la cérémonie. Pour elle, c’est son mari qui honore la France d’être ainsi placé au côté de Victor Hugo, alors qu’elle aurait tant souhaité trouver sa place près de son époux à sa mort. Heureusement, Monsieur Fleury finit par arriver et elle par se confier, devant l’écoute attentive de cet homme qui la comprend. Tel est le début de « Madame Zola » qui se joue au Petit Montparnasse.

Cette rencontre va faire revivre les mots d’Emile Zola, à travers sa plus fervente admiratrice. Ne dit-on pas que derrière tout grand homme se cache une grande femme ? Celle qui avait connu Manet ou Cézanne (pour lequel elle conserve une haine non dissimulée) se retrouve à citer des passages de différentes œuvres du romancier (dont le sublime « J’accuse » pour l’affaire Dreyfus) pour expliquer des passages de sa vie ou pour calmer son petit chien.

Catherine Arditi brille sur scène dans son interprétation d’une femme amoureuse, brisée par la vie, par la trahison, par la jalousie et pourtant toujours prête à rendre le plus bel hommage à celui qui partagea ses jours et ses nuits pendant tant d’années. Derrière la pudeur de la femme qui a souffert, elle s’ouvre peu à peu à cet homme qui l’écoute sans la juger, qui semble la comprendre, elle qui dut faire avec les convenances.

Face à elle, Pierre Forest, avec le charisme qu’on lui connaît, nous peint un personnage plein d’empathie, amoureux en secret de cette femme qui pleure un temps qui n’est plus et des douleurs passées. Par son oreille attentive, des mots bien choisis, il lui permet de se dévoiler peu à peu et se détacher de son carcan.

Humour, nostalgie, complicité, émotion, se mêlent dans le texte d’Annick Le Goff si bien mis en vie par deux comédiens au sommet de leur art. Les décors nous installent dans le confort d’une maison du début du XXe siècle. On apprécie le téléphone d’époque, la méridienne et le rideau de fond de salle. La mise en scène d’Anouche Setbon est juste et pleine de cette belle simplicité qui met en valeur les artistes.

« Madame Zola » est un beau moment de théâtre, un retour sur un grand auteur et sur celle qui l’a aimé, le récit d’une séduction qui ne s’avoue pas. C’est beau et touchant et ça fait du bien.

 

Allegro Théâtre

A son arrivée chez elle, après la cérémonie - qui se déroula en 1908 c'est-dire six ans après sa mort - au cours de laquelle les cendres d'Emile Zola ont été transférées au Panthéon, Alexandrine, sa femme, prise d'une méchante toux appelle Fleury, son apothicaire. Cet homme est réputé pour les recettes dont il est l'inventeur. Même si elle se montre parfois d'une humeur de dogue, Alexandrine peu à peu, se confie à celui qu'elle considère avec une sympathie qui va en s'accentuant. Alors qu'elle parle, allongée sur un divan, il a, lui, pris l'habitude de s'asseoir derrière elle, comme le font à cette époque les apprentis psychanalystes. Mine de rien, Fleury pousse madame Zola à aller au fond des méandres de sa mémoire. Et de se souvenir qu'au yeux de la mère de l'écrivain, elle n'était pas d'assez haute condition. Elle en arrivera à se délester d'inavouables secrets. Et l'on en apprend de belles. De là à se demander si elle n'inspira pas le personnage de Nana... Il apparaît petit à petit qu'Alexandrine et Fleury (dont elle tient à ce qu'il jette, lui aussi le masque) ont en partage d'avoir connu une vie conjugale mouvementée. Haï par les nationalistes parce qu'il avait fini par prendre fait et cause pour Dreyfus, Zola fut l'objet de menaces et même de tentatives de meurtre. Elle n'en mena, elle-même, pas large. Si le spectacle de bout en bout accroche c'est que l'écriture d'Annick Le Goff est d'une clarté et d'une saveur peu courantes. Anouche Setbon, la metteuse en scène a de plus trouvée en Catherine Arditi, tantôt franche du collier, tantôt toute de sensibilité une Alexandrine (Coco dans les moments d'intimité avec celui qui deviendra son mari) attachante au possible. Face à elle Pierre Forest compose avec un talent aussi discret qu'éprouvé un homme dont les remarques avivent ou apaisent des tensions qui font échos aux siennes.

France Net Info

Un décor sobre, une mise en scène fluide, Alexandrine Zola et Monsieur Fleury, un herboriste-apothicaire-psychanaliste, tous deux divinement interprétés dans cette pièce brillante. Les textes sont intelligents, rythmés et souvent plein d’humour. L’on découvre ici, celle qui sur terre s’adresse à son défunt mari. Elle le nomme Loulou par tendresse, râle par amour, le tance pour ses frasques, se rappelle les bons moments, mais également les plus amers. Nous entrons dans l’intimité de ce couple illustre. Alexandrine Zola est généreuse, passionnée et haute en couleurs. Nous découvrons plus en détails des anecdotes de la vie de l’auteur de Nana, de ses combats qui furent aussi ceux de son épouse. Finalement, elle le dit « Émile aurait-il été Zola sans moi ? »…. Un excellent moment théâtral.

 

Arts Mouvants

1908. Émile Zola entre au Panthéon, à côté de Victor Hugo.
Madame Zola, Alexandrine de son prénom, ouvre la porte de leur appartement. Elle revient de cet hommage posthume et s'adresse à son homme comme s'il pouvait l'entendre. Alexandrine retrace le parcours d'une vie à deux. A travers le prisme de la vie d'Alexandrine Zola, Annick Le Goff conte la vie de l'écrivain, du couple qu'il forme avec Alexandrine et dessine aussi le portrait d'une époque.Elle mêle une histoire intime et littéraire à la grande histoire. Alexandrine, la petite lingère, a bâti une gloire avec son mari : « Est ce que tu aurais été célèbre sans moi ? ». L'Assommoirleur apportera le succès financier et assoira la notoriété de Zola. Côte à côte. Ensemble. Avec une générosité touchante, Catherine Arditi nous emporte dans cette histoire de la vie d'une femme forte, qui a toujours été aux côtés de son mari.
Une vie d'acceptation et de profond soutien. C'est auprès de son apothicaire, M. Fleury, qu'elle s'épanche et qu'elle raconte. Venu soigner sa toux, il annonce les prémices de la psychanalyse. Il l'invite à s’allonger sur sa méridienne et l'écoute.  L'écriture subtile d'Annick Le Goff permet de cerner toute la complexité d'une femme qui a porté à bout de bras les tourments et les sacrifices d'une vie de l'ombre. Du dialogue entre Catherine Arditi et Pierre Forest naît une profonde affection palpable dans leur intonation et dans leur attitude. L'alchimie opère. La mise en scène d'Anouche Setbon ancre la pièce dans une réalité qui nous touche tous. D'une gloire extraordinaire, elle met en scène une vie qui parle à chacun. Qu'elle parle de souffrances intimes ou de l'affaire Dreyfus, l'intensité est tout aussi palpable. Catherine Arditi capte l’émotion et le recul d'une femme lucide, et porte la grâce d'une sagesse émouvante.
« Sans moi il n'y aurait pas d'Émile Zola ». Catherine Arditi convainc dans l'évocation de la vie de Madame Zola, faite d'acceptation et ... de bonheur !

 

R42, culture gourmande

C’est Annick Le Goff qui a eu l’idée d’écrire cette histoire basée sur la biographie d’Evelyne Bloch-Dano sur Alexandrine Zola, l’épouse dans l’ombre du géant Emile Zola totalement méconnue et qui l’a proposé à la merveilleuse Catherine Arditi pour qu’elle campe cette Madame Zola qui était une femme d’exception. Elle a eu une vie digne d’une héroïne d’un des nombreux romans de son époux : orpheline à 7 ans, elle sait à peine lire et devient blanchisseuse à 14 ans mais elle va se hisser dans la société pour devenir l’épouse d’un des écrivains les plus célèbres et devenir une femme embourgeoisée. Avec une vie riche en rebondissements, elle répond aux coups du sort avec une passion et un anticonformisme rare à cette époque.

Ainsi nous sommes en 1908 et les cendres d’Emile Zola ont été transférées au Panthéon ce jour, Alexandrine est chamboulée, c’est comme enterrer son mari une seconde fois, des souvenirs pénibles ressurgissent et c’est Fleury son pharmacien qui va recueillir ses propos sur ses secrets de famille. Autant Madame Zola et sa vie sont bien réelles, autant le personnage de Fleury (l’excellent Pierre Forest) est totalement inventé par l’autrice pour créer un dialogue plein de vie et d’échanges piquants. Leurs échanges ressemblent un peu à des séances de psychanalyse (science balbutiante à cette époque). Une relation particulière basée sur la confiance prend naissance au cours de ces échanges qui révèleront aussi la nature de Fleury.

La complexité de la personnalité de l‘héroïne est mise en valeur grâce à la mise en scène intelligente d’Anouche Setbon et aux lumières de Laurent Béal. Alexandrine oscille entre enthousiasme et dépression, elle invective à travers des soliloques autoritaires son défunt mari puis sombre dans une tristesse incommensurable. Une interprétation magistrale de la part des deux comédiens contribue à nous captiver au sujet de cette femme.

Oui c’est vraiment une découverte de la vie d’Alexandrine Zola qui est proposée et qui mérite d’être approfondie car le personnage est complexe et passionnant.


Théâtre Passion

On entend des aboiements, une femme élégante, tout de noir vêtue, parle gentiment à son fidèle chien Fanfan, la cérémonie l’a épuisée. C’est Alexandrine Zola, elle a conduit son illustre époux Emile au Panthéon, nous sommes en 1908, Zola est mort six ans plus tôt, dans des circonstances étranges, Alexandrine est la seule rescapée. Ils ont été intoxiqués, le conduit de cheminée était bouché…

Alexandrine va et vient dans la pièce, elle parle à Emile comme s’il était présent, lui parle de la cérémonie, elle tousse beaucoup et appelle donc M. Fleury le pharmacien. Celui-ci, affable, sympathique, avec des potions de sa composition, qui laissent perplexe Alexandrine, mais bon, c’est un brave homme, et petit à petit, ils parlent, de leurs vies respectives.

Elle le houspille, trouve étrange, cette manie qu’il a de lui parler alors qu’elle est allongée sur le divan et lui assis derrière ! Il lui parle de sa femme, Alexandrine évoque sa jeunesse et sa fille qu’elle a abandonnée, faute d’argent, une blessure à jamais ouverte. Emile avait sa double vie, elle a fini par accepter les enfants d’une autre, voilà une belle âme. Des enfants qui le lui rendent bien.

Elle se fâche aussi avec Fleury, il va un peu trop loin, sans le savoir elle évacuera son mal-être, avec un homme curieux de nouvelles pratiques “psychologiques”.

Le texte est brillant, drôle, répliques à vif, bien entendu, le duel Arditi - Forest est de haute volée. Catherine Arditi est drôle, émouvante, face à Pierre Forest, acceptant tout par pure amitié, nature et bon vivant.

Une pièce intéressante, sur un personnage méconnu mais combien courageux. Les grands hommes avaient tous un point commun, le génie certes, mais aussi la faiblesse des maris adultères !

A voir sans hésiter !


ManiThea

Alexandrine, l’épouse d’Émile Zola a vécu dans l’ombre de ce grand homme pendant près de quarante ans.

Mme Zola est un personnage complexe qui pourrait tout aussi bien avoir été créé par son illustre mari tant l’histoire de sa vie est riche et romanesque. Elle est d’abord élevée par sa mère puis, à la suite du décès de celle-ci, elle rejoint la nouvelle famille de son père. Alexandrine a dix ans et sa belle-mère lui fait vivre un enfer. Très jeune, elle travaille comme lingère et elle est forcée, faute de moyens financiers, d’abandonner à l’Assistance publique sa fille naturel. Elle sera également modèle pour Paul Cézanne, c’est d’ailleurs par son entremise qu’elle rencontrera Zola. Sa vie avec l’auteur ne sera pas de tout repos non plus, d’abord compagne officieuse puis finalement femme officielle, elle le soutiendra en toutes circonstances.

Une vie riche en évènements et une personnalité pleine : Alexandrine Zola est passionnée, excessive et jalouse mais également fragile et foncièrement bonne.

La pièce se situe après la mort de Zola, lors du transfert de ses cendres au Panthéon. Alexandrine parle à son défunt mari mais également à son débonnaire apothicaire (Pierre FOREST excellent) à qui elle se confie. La personnalité complexe de cette femme de caractère rend le contenue de la pièce vivant, rempli d’anecdotes et d’histoires attachantes.

Catherine Arditi est une parfaite Mme Zola, à la fois généreuse, lumineuse et entière.

Le texte subtile et drôle d’Annick Le Goff et la mise en scène fluide de Anouche SETBON rendent l’ensemble très agréable. Très jolis costumes de Juliette CHANAUD.

Une pièce intéressante et délicate. On en sort en ayant envie de relire Nana, le bonheur des dames et les autres…


Carré Or

Une très belle découverte

Que de chemin parcouru, entre la petite grisette parisienne du 19ème siècle devenue cette grande bourgeoise en ce début du 20ème siècle !

1908, les cendres de son illustre époux sont transférées dans le Temple de la Gloire : Le Panthéon « Aux grands hommes, la patrie reconnaissante. »

Or derrière les plus grands Hommes entrés dans l’histoire, se cachent souvent une épouse ou une compagne jouant dans l’ombre un rôle prépondérant dans l’ascension de ces derniers. Ces femmes demeurent inconnues, voir ignorées du grand public.

Evelyne Bloch-Dano s’est intéressée à raison à la personnalité de l’épouse du grand Zola : Alexandrine Annick le Goff, Autrice, a su adapter cette biographie pour la scène, avec beaucoup de finesse et d’originalité, misant sur 4 tableaux, façon « séances de psychanalyse ». Anouche Setbon en a réalisé avec brio la mise en scène, mettant en lumière toute la complexité du personnage d’Alexandrine Zola, sur une musique originale de Michel Winogradoff.

Orpheline très jeune, Alexandrine est au fil du temps : apprentie fleuriste, blanchisseuse, modèle pour peintres, dont certains deviendront célèbres, tels que Cézanne, Manet…

Puis sa rencontre avec ce petit journaliste : Emile Zola. Sa vie en sera à jamais chamboulée.

Après cinq longues années de fiançailles, elle devient enfin Madame Zola et met aux oubliettes ce prénom d’emprunt : Gabrielle !

Catherine Arditi, immense comédienne. Molière en 2017 de la meilleure comédienne dans un spectacle de théâtre privé : « Ensemble » interprète magistralement cette petite dame tout de noir vêtue, veuve du grand écrivain passé à la postérité. Ne tenant pas en place, conservant intacte cette même passion pour les grandes causes politiques, généreuse à souhait, impatiente et terriblement drôle. Alexandrine vit désormais seule avec son chien, mais demeure à jamais la gardienne de l’œuvre littéraire de feu son génialissime époux : Zola. Se livrant en permanence à un incroyable monologue, s’adressant à Emile, comme si ce dernier était toujours de ce monde ! Ces soliloques créent des situations absolument comiques !

Alexandrine a désormais enfoui la hache de guerre, oublié les scènes de jalousie en apprenant la double vie de son Emile et l’existence en sus de deux enfants illégitimes : Denise et Jacques. Deux innocents, qu’elle finit par aimer comme ses propres enfants !

Alexandrine Zola a toujours été excessive et peut ainsi aimer et défendre jusqu’au boutisse ses idées et les êtres qui lui sont chers. Accepter que la maîtresse de son mari : Jeanne Rozerot soit à ses côtés lors de la cérémonie au Panthéon et que les enfants de cette dernière, portent le nom de Zola confirment une générosité de cœur forçant l’admiration ! Le décor d’Oria Puppo nous plonge dans une ambiance freudienne : Une chaise derrière un fauteuil Récamier sur lequel s’allonge Alexandrine pour confier au psychothérapeute de service, Fleury, apothicaire de son métier, ses souvenirs les plus intimes, ses souffrances et son terrible secret : Avoir abandonnée sa fille Caroline à l’Hôpital des Enfants trouvés.

Une plaie toujours ouverte ! Privée de maternité, le couple Zola recherche longtemps cette enfant, mais Caroline est décédée peu de temps après son adoption. La culpabilité de cet abandon l’obsède, elle possède pourtant toutes les qualités de cœur pour élever et choyer des enfants.

Alors son existence est vouée à l’homme de sa vie : Emile, à son œuvre littéraire Le soutenant sans jamais faiblir, l’affaire Dreyfus en est une parfaite illustration.

Finalement, les enfants illégitimes de son époux deviennent les siens !

Pierre Forest, récompensé en 2017 : Molière du comédien dans un second rôle de la pièce d’Alexis Michalik : Edmond est dans la pièce de « Madame Zola », cet apothicaire aux inventions pharmaceutiques les plus saugrenues, adepte de la méthode Coué. Un peu gauche, terriblement morose et de surcroît cocu ! Il est en quelque sorte le miroir d’Alexandrine. Comme elle, il est trompé, comme elle il souffre.

Finalement le psychothérapeute livre à Alexandrine ses tourments.

Allez applaudir ce duo magnifique que forment Catherine Arditi et Pierre Forest au Théâtre du Petit Montparnasse. Vous serez conquis par le franc parler et le bon sens populaire d’Alexandrine Zola.

En pénétrant dans l’intimité des Zola, l’œuvre de ce grand écrivain prend en quelque sorte un autre éclairage.

 

DMPVD : Théâtre - Spectacle - Culture

Cette pièce surprend Madame Zola à son retour du Panthéon où Emile Zola vient d’être enterré, ce qui la contrarie énormément. Notamment à cause du fait qu’elle n’a pas obtenu l’autorisation de faire percer une fenêtre pour éclairer sa tombe…, et qu’elle ne l’aura plus pour elle toute seule.

Souffrante, elle attend son apothicaire, M. Fleury, qui en quatre séances et sous prétexte de lui apporter des potions de son cru pour la soigner, va expérimenter cette nouvelle forme de thérapie que l’on appelle la psychanalyse. Leurs échanges seront riches en confidences, l’une sur ses relations avec son célèbre époux, l’autre sur ses déboires conjugaux. Nous apprendrons que Zola a eu deux enfants d’une autre femme et qu’Alexandrine, d’abord profondément blessée, les prendra sous son aile et les aimera comme s’ils étaient les siens. Et qu’elle a tenu seule sa maison et géré leurs affaires pendant l’exil forcé d’Emile Zola, partit précipitamment se réfugier à Londres après la publication de son long plaidoyer : « J’accuse », au moment de l’affaire Dreyfus.

J’ai beaucoup apprécié le jeu tout en nuances de Catherine Arditi, à la fois combative et fragile, et celui de Pierre Forest, plein de sollicitude et de douceur. Ce sont de merveilleux comédiens qui nous font vivre de jolis moments de théâtre. Je ne peux que vous encourager à aller assister à ce face à face où l’on découvre Zola, et surtout sa surprenante femme, grâce à un éclairage plus intime.


SNES 

Si Zola est bien connu, Madame Zola l’est bien moins. On sait juste que, venue des bas-fonds, elle s’est hissée à la hauteur d’un des écrivains les plus célèbres de son temps, qu’elle l’a soutenu dans son combat dans l’affaire Dreyfus, qu’elle a travaillé à la survie de son œuvre après son décès et qu’elle a eu la générosité d’adopter les deux enfants qu’il avait eu de sa maîtresse Jeanne. Après avoir lu la biographie qu’Évelyne Bloch-Dano lui a consacrée, Annick Le Goff a eu l’idée de faire d’Alexandrine Zola l’héroïne d’une pièce aux dialogues enlevés. Catherine Arditi s’est intéressée à cette femme volontaire, énergique, indépendante et généreuse et a accepté de l’incarner.
Après avoir accompagné les cendres de son mari au Panthéon, comme un second enterrement où on l’aurait dépossédée de cet époux aimé et admiré, Madame Zola se laisse envahir par ses souvenirs. La conversation avec son petit chien ne lui suffisant pas, elle fait appel à Monsieur Fleury, son pharmacien. Il commence sa cure par des médicaments insolites, escargots couverts de chocolat par exemple. Peu à peu elle va lui confier ses tourments, ses chagrins. La psychanalyse naissant à cette époque, Annick Le Goff s’est amusée à faire de Monsieur Fleury écoutant les confidences de Madame Zola une sorte d’analyste avant l’heure. Mais comme entre eux se noue une relation d’amitié empreinte d’humour, il va, lui aussi, raconter à Madame Zola les tourments de sa vie de couple.
La metteuse en scène Anouche Setbon a joué de l’évolution de la relation des deux personnages. Dans son salon bourgeois, Madame Zola, en robe noire, parle à son petit chien dont on entend les aboiements hors scène, puis téléphone à Monsieur Fleury. Celui-ci se présente, embonpoint de notable, froid, professionnel et persuadé de la scientificité de ses remèdes d’apothicaire, dont doute un peu Madame Zola. Au fur et à mesure des scènes, il va s’asseoir derrière elle pour écouter Alexandrine, allongée sur une méridienne, dévoiler les petits secrets de sa vie avec son grand homme de mari. Encouragé par la franchise de sa patiente, lui aussi va parler de sa vie conjugale. Mais à la fin c’est lui qui présente sa note !
Catherine Arditi incarne bien les différentes facettes du personnage d’Alexandrine Zola. Volontaire, indépendante, ne s’en laissant pas compter et disant les choses telles qu’elles sont, elle est drôle, pleine de vie et de réparties, mais elle laisse aussi entrevoir les failles d’Alexandrine, son chagrin d’être une femme trompée. Pierre Forest lui donne la réplique avec humour et sensibilité.
Un duo qui permet de sortir de l’ombre une femme passionnée, anticonformiste et trop souvent oubliée. Presque toujours derrière l’ombre d’un grand homme, il y a une femme !

 


Galerie photos

actuellement
au Théâtre Montparnasse
du mardi au samedi à 21h00
matinée le dimanche à 17h00

en tournée

de Septembre à Décembre 2020

Madame Zola